L'Homme et le Monde

Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 21:28
Peut-on voyager autour de sa chambre ? Bonjour, tout le monde ! C’est moi, Eve. Cela faisait bien longtemps que je ne vous avais pas rendu visite. J’ai beaucoup voyagé de par le cosmos, et je reviens poser mes valises sur notre bonne vieille Terre, comme à l’accoutumée. Vous me parlez de « voyager autour de sa chambre ». A priori, bien évidemment, la réponse est non. Seulement, si certains d’entre vous se posent cette question, c’est qu’elle existe vraiment. Alors, justement, en revenant sur Terre, j’ai pu interroger quelques personnes, contemporaines ou appartenant à l’Histoire. La question est celle de l’opposition entre la capacité physique de se mouvoir ─ ou non ─ et la mobilité et la puissance de l’esprit. On est bien d’accord qu’il s’agit d’un enfermement involontaire, car l’être humain est un éternel voyageur, et en dehors de cela, rien ne nous empêche de nous mettre en route. Voyager, c’est aller voir là-bas ce qu’il y a. Pour réfléchir à cela, il est nécessaire de se détacher du concret : à l’évidence, la maladie, la prison, ou même la routine trop étriquée d’un quotidien désenchanté nous attachent à un lieu précis, contre notre gré, comme la chèvre de Monsieur Seguin. Cet aspect concret n’est cependant pas anodin. J’ai connu un chef Touareg, il y a dix ans, grand spécialiste de la route du Sel, d’une culture et d’une connaissance inouïes concernant tous les pays du Sahel. Un jour où le Tchad vivait des heures sombres de répression policière, il fut emprisonné car dépourvu de carte d’identité digne de ce nom. Lui, si respecté de tous, si connu dans le désert, si habitué au vent et aux étoiles en guise de toit, eh bien cet homme mourut en une semaine. D’un autre côté, si la personne met de côté sa condition physique, elle peut réellement s’évader par la force de l’esprit. J’ai pu, en un temps, rencontrer Marco Polo. Lui qui, emprisonné pendant de longues années, put raconter avec passion à son voisin de cellule ses innombrables voyages. Etaient-ils tous véridiques ? Nul ne le sait. Mais de toute façon, ses années de geôle ont donné naissance à l’un des plus beaux récits de voyage qui aient existé. Se basant sur ses propres souvenirs de voyages, sur les récits de ses oncles, il réussit à convaincre tout le monde qu’il était allé jusqu’en Chine. Plus contemporaine ─ et très étonnante ─ est la vie de la famille Ou. Jeune fille élevée à la cour du roi du Maroc, Malika et sa famille furent enlevées un jour et placées dans une prison très isolée à la suite d’un problème politique. Une prison insalubre, des conditions de vie très misérables transformèrent la vie de cette famille en véritable cauchemar, de plus dans un isolement total (les membres de la familles étaient séparés). Malika, alors adolescente, grâce à une volonté extraordinaire, parvint à communiquer avec sa mère et sa sœur dans la cellule voisine. Chaque jour, elle leur racontait tout ce qu’elle avait appris à l’école auparavant. Puis, elle leur raconta des histoires ; des histoires d’hommes libres, des contes de fées, des récits de voyages. Pendant des années (20 ans). C’est apparemment grâce à cela, en dépit des mauvais traitements, que sa santé mentale, ainsi que celle de sa mère et de sa sœur, ont pu être préservées, à défaut de santé physique. Donc, le voyage, ce serait principalement aller vers une destination, tailler la route pour voir où s’arrête l’horizon ? C’est cela, incontestablement. Mais l’esprit, l’imagination, la mémoire, la culture ? Cela suffirait à nous donner des ailes ? A nous propulser vers une autre dimension ? Ce qui donnerait un voyage idéal, sans contraintes, sans problèmes pratiques ? Cela suffirait même à nous sauver du gouffre, à nous redonner le sens de la vie ? Qu’en pensez-vous ?
Par Café-philo de Poissy - Publié dans : L'Homme et le Monde - Communauté : Cafés-débats
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Mercredi 23 septembre 2009 3 23 /09 /2009 15:20

EXISTE -T-IL UNE REALITE VIRTUELLE ?

 


Recherche sémantique :
L'expression "réalité virtuelle" semble antinomique .


    A)  D'après le Robert, la réalité est "ce qui ne constitue pas seulement un concept, mais une chose, un fait ; la réalité de la matière . C'est le caractère de ce qui existe en fait, qui n'est donc pas une invention, une illusion, une apparence . C'est encore ce qui est actuel, donné comme tel par l'esprit : connaissance, description de la réalité par la science; c'est aussi la réalité intérieure, psychologique et morale .
Le sens le plus courant est celui de "la vie, l'existence réelle par opposition aux désirs, aux illusions, aux rêves
.


    B)Le virtuel désigne au contraire "ce qui n'est qu'en puissance, qui est à l'état de simple possibilité : possible, potentiel, le marché virtuel d'un produit ; à l'état virtuel = latent .
En physique, le travail virtuel est le travail des forces appliquées à des déplacements virtuels ou fictifs; particules virtuelles = particules fictives permettant d'expliquer l'interaction entre les quantons .
En optique, un objet virtuel est un objet formé par l'intersection de rayons convergents issus d'un système d'optique .
En informatique, on parle de mémoire virtuelle, de disque virtuel .
C'est aussi ce qui concerne la simulation de la réalité par des images de synthèse tridimensionnelles : réalité virtuelle, monde virtuel, cybermonde ; musée virtuel, visite virtuelle sur internet ; l'ère du virtuel ."


     C) Le verbe exister signifie :
"- avoir une réalité, être . C'est l'univers, le monde, la nature, le réel .
vivre
avoir de l'importance, de la valeur = compter"


Ainsi, le verbe "exister" s'apparente d'emblée au substantif "réalité"puisqu'exister, c'est avoir une réalité de fait .

     A l'opposé, on ne saurait assimiler le virtuel qui est de l'ordre du possilble, donc non réalisé, au réel qui appartient au fait, qui est actualisé, c'est-à-dire qui s'exprime dans le temps et l'espace . Le virtuel peut ou non s'actualiser. Si le virtuel et le réel semblent antinomiques, il existe cependant un passage de l'un à l'autre puisque le virtuel peut s'actualiser et devenir réel. Ce qui s'oppose le plus radicalement au réel serait plutôt la fiction.


     La langue exprime ces nuances dans les modes de la conjugaison : le réel est le domaine de l'indicatif qui permet d'actualiser une action ( Je marche = présent, Je marchais, j'ai marché etc = passé, je marcherai = futur ) ; le subjonctif est le mode du virtuel en tant qu'il exprime la volonté, le sentiment (Je souhaite qu'il vienne= Sa venue est purement virtuelle, l'accent est mis sur le sentiment) . Le subjonctif dans la pooposition principale exprime le souhait (Vive la France!), le regret, l'ordre( Qu'il entre.), la défense(Que personne n'entre.), l'éventualité (Qu'il puisse arriver le premier me chagrine.), la supposition (Soient deux triangles...).


     D) Limites de ces distinctions :

     1) Platon
On a dit que la réalité, c'est ce qui existe . Or, la tradition philosophique nous met en garde contre une telle affirmation . Dans le mythe de la caverne, Platon dit que ce que nous prenons pour la réalité n'est en fait que des ombres projetées sur la paroie d'une caverne . Nous ne pourrons regarder la réalité qu'en acceptant un arrachement douleureux à nos illusions . Donc, nos sens nous trompent . Au sommet de la philosophie platonitienne se trouve une réalité intelligible, le monde des Idées que Platon admet comme seule réalité .


    2) Descartes
Les cartésiens ne sont pas plus optimistes quant à la fiabilité de nos sens : Descartes invente le doute méthodique afin de rejeter toute incertitude . On sait qu'in fine, il ne reste que le fameux cogito .


Or, il est intéressant de remarquer que ce qui est rejeté est bien la réalité sensible puisque nos sens qui, seuls permettent d'appréhender cette réalité, ne sont pas fiables . L'existence de la réalité de fait est réfutée . La seule certitude est de l'ordre de la spéculation, c'est celle d'une conscience réflexive .
A travers ces deux exemples qui représentent des courants très importants dans la tradition philosophique occidentale, on voit que la réalité sensible peut être mise en question au profit de la réalité spéculative : on entre dans les domaines de la métaphysique et des mathématiques où la cohérence et la logique du raisonnement sont les garants d'une construction virtuelle .

 


     3) La psychanalyse

 C'est une autre réalité qui va acquérir du crédit : il s'agit de notre réalité intérieure, de notre vie imaginaire où nos rêves, nos désirs, nos illusions vont être considérés comme tout aussi importants que l'actualisation de nos actes . En effet, ces derniers peuvent être déterminés par cette réalité psychique qui relève pourtant de notre monde imaginaire . Notre monde imaginaire peut également être la seule réalité psychique vécue par une personne : nos désirs peuvent faire l'objet d'une rêverie mais ne se transformeront pas nécessairement en actes . On peut évoquer dans le même ordre d'idées le phénomène de catharsis qui permet de "purger l'âme de ses passions" sans passer par un passage à l'acte .


A contrario, le domaine pénal va chercher, par une enquête, à déterminer la culpabilité ou l'innocence d'une personne en établissant la preuve de l'existence d'actes réels, actualisés . Certes les juges s'intéressent à la réalité intérieure des personnes en prenant en compte des éléments tels que la préméditation, la folie, la passion, pour nuancer leur jugement. Quoiqu'il en soit, la société punit pour des actes, non pour des pensées .


En revanche, la religion chrétienne s'intéresse davantage à la vie intérieure puisqu'on peut "pêcher"tant en acte et qu'en pensée.


Isabelle

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : L'Homme et le Monde - Communauté : Les philosophes épars
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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /2009 07:27
Tous les moyens de l'esprit sont enfermés dans le langage, qui n'a point réfléchi sur le langage, n'a point réfléchi du tout. Alain




Le langage est-il un moyen de maîtrise et de domination ?


1) Le langage est-il un moyen de maîtrise et de domination ? orchestré par Jean-Jacques.
2) Langage et maîtrise.
3) Définitions
.

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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /2009 07:21
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /2009 22:51

    


     Blablabla, blablabla
…Le langage, qui a pour fonctions essentielles, l’expression de la pensée et la communication entre les hommes, souffre d’une terrible ambiguïté. Certains pensent que le langage, à travers ses manifestations, comme la parole par exemple, ne permet pas la maîtrise du réel. Elucubrations, abstractions inutiles, les écrits comme les paroles sont souvent accusés d’être des prétextes à l’inaction. En ce qui concernerait une quelconque maîtrise, elle serait maîtrise des éléments formels du langage et donc d’une langue qui permet de pouvoir parler. Le signifiant renvoie bien à un signifié, certes, permet la représentation, mais ne donne pas le réel. Donc maîtrise oui, mais purement formelle, et domination d’un système, ou d’une structure qui n’impliquent pas d’ action sur eux.

D’autre part le langage n’est qu’un instrument, un moyen en vue d’une fin :

« Saussure définit le langage comme n’étant que la faculté propre à tout homme en tant qu’homme, de pouvoir parler, et de faire usage de la langue. Selon Saussure, le langage, à proprement dit, serait uniquement humain et donc articulé. De plus, cette définition sous-entend que l’homme serait amené à l’utiliser comme un instrument puisqu’il en ferait « usage ». Par conséquent, la seule vocation du langage serait de servir l’individu et, à une échelle supérieure, l’ensemble de la société humaine. Le langage serait donc considéré que par l’usage que l’on en fait, c’est-à-dire seulement comme un moyen. »

Toutefois la maîtrise , dans ce domaine, n’est-elle pas illusoire ? Qu’en est-il des lapsus, et des troubles du langage ? Le langage semble alors échapper à l’individu, le dépasser, et lui montrer un inconnu de lui-même qui est son inconscient.

« Selon Freud, le lapsus serait l’expression d’un désir de l’inconscient et par conséquent, comme le « moi » conscient de l’homme ne peut pas continuellement dominer l’inconscient, celui-ci agirait aux dépens de l’homme, par exemple à travers le langage. De même, les troubles du langage, tels que la dysphasie, illustrent le fait que l’homme ne peut pas toujours maîtriser son expression verbale car ces troubles apparaissent indépendamment de sa volonté et ne parviennent pas à être soignés par l’être humain »

 

Le langage, à travers sa fonction esthétique, a également un pouvoir d’évocation ; il tente de convoquer des réalités, qui pour échapper à la pensée et à l’expression, n’en sont pas moins vécues par l’écrivain et le poète comme des réalités sensibles seulement à l’intuition.

Le monde n’est pas complètement rationnel, et le langage qui dans ses relations avec la pensée logique et scientifique tente d’expliquer et d’ordonner le réel , échoue parfois à en rendre compte. Il semble y avoir des réalités qui échappent au langage et à sa maîtrise, comme le langage lui-même échappe à la maîtrise de l’homme.

 

Pourtant le langage, parce qu’il permet la représentation et le concept, rend possible la science et son action sur le monde. Les protocoles d’expérimentation, les lois physiques, les interminables feuilles de calcul ne sont possibles que grâce au langage.

Le langage exprime la pensée, car on ne comprend bien que ce que l’on énonce.Car « prise en elle-même, la pensée est comme une nébuleuse où rien n’est nécessairement délimité. Il n’y a pas d’idées préétablies, et rien n’est distinct avant l’apparition de la langue. »C’est ce que l’on entend couramment. Parfois pourtant, la pensée semble ne se couler qu’avec peine dans le vêtement  qu’on lui donne. Wittgenstein disait ainsi que « Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d’après la forme extérieure du vêtement l’on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie ; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu’à permettre de reconnaître la forme du corps. »

De ce langage limité, le monde ne sort-il pas limité lui aussi ?

Et Wittgenstein de rajouter « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. »

 

 

Cependant, il y a un domaine où le langage peut assurer une forme de maîtrise et de pouvoir ; c’est celui des rapports sociaux.

Selon Lévi-Strauss, « Le langage est l'instrument essentiel par lequel nous assimilons la culture de notre groupe ». Le lexique, les expressions sont symptomatiques des façons de penser, et de concevoir les relations avec les autres (la politesse par exemple). Il traduit la hiérarchie sociale autant que la provenance des individus.

 La fonction de différenciation sociale du langage est plus visible chez les adolescents mais existe également entre les différentes classes sociales ; aussi maîtriser le langage, ses codes, permet de s’élever socialement. On le voit parfaitement dans le film « Ridicule » de Patrice Leconte, ou les saillies et les mots d’esprit sont un moyen d’accéder au pouvoir. Un mot d’esprit peut être aussi meurtrier qu’une flèche.

            Et, pour finir, la maîtrise du langage, assure l’accession au pouvoir. Par l’art de la persuasion et de la rhétorique, l’homme peut convaincre les autres, par le mensonge si nécessaire. Mais cette maîtrise, comme toute maîtrise, est parfois éphémère ou illusoire.

Et parfois, comme le dit Pascal, « il est bon d’être interdit ».

 

Saussure, Cours de linguistique générale, chap IV §1.

Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, prop. 4002

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Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 15:50
 1) Poprement et absolument, il est la faculté d'exprimer la pensée au moyen de sons dans la production desquels intervient la langue (muscle). Faculté qui découle de celle de penser.

2) Par extension :système ou ensemble de signe, phonétiques ou autres et particulièrement visuels, servant à l'expression du sentiment et de la pensée ou à l'indication d'une conduite. Langage par gestes. langage des animaux.

Il y a également un langage intérieur dans lequel les signes ne sont que pensés ou imaginés. (parole intérieure)

Dictionnaire de la langue philosophique, Paul Foulquié. PUF

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