Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Café-débat de Poissy
Restaurant La Mama
le 08 avril à 20H30







"Souriez, vous êtes filmés !
proposé par Jean-Louis
EXISTE -T-IL UNE REALITE VIRTUELLE ?
Recherche sémantique :
L'expression "réalité virtuelle" semble antinomique .
A) D'après le Robert, la réalité est "ce qui ne constitue pas seulement un concept, mais une chose, un fait ; la réalité de la
matière . C'est le caractère de ce qui existe en fait, qui n'est donc pas une invention, une illusion, une apparence . C'est encore ce qui est actuel, donné comme tel par l'esprit : connaissance,
description de la réalité par la science; c'est aussi la réalité intérieure, psychologique et morale .
Le sens le plus courant est celui de "la vie, l'existence réelle par opposition aux désirs, aux illusions, aux rêves .
B)Le virtuel désigne au contraire "ce qui n'est qu'en puissance, qui est à l'état de simple possibilité : possible, potentiel, le marché
virtuel d'un produit ; à l'état virtuel = latent .
En physique, le travail virtuel est le travail des forces appliquées à des déplacements virtuels ou fictifs; particules virtuelles = particules fictives permettant d'expliquer l'interaction entre
les quantons .
En optique, un objet virtuel est un objet formé par l'intersection de rayons convergents issus d'un système d'optique .
En informatique, on parle de mémoire virtuelle, de disque virtuel .
C'est aussi ce qui concerne la simulation de la réalité par des images de synthèse tridimensionnelles : réalité virtuelle, monde virtuel, cybermonde ; musée virtuel, visite virtuelle sur internet
; l'ère du virtuel ."
C) Le verbe exister signifie :
"- avoir une réalité, être . C'est
l'univers, le monde, la nature, le réel .
vivre
avoir de l'importance, de la valeur = compter"
Ainsi, le verbe "exister" s'apparente d'emblée au substantif "réalité"puisqu'exister, c'est avoir une réalité de fait .
A l'opposé, on ne saurait assimiler le virtuel qui est de l'ordre du possilble, donc non réalisé, au réel qui
appartient au fait, qui est actualisé, c'est-à-dire qui s'exprime dans le temps et l'espace . Le virtuel peut ou non s'actualiser. Si le virtuel et le réel semblent antinomiques, il existe
cependant un passage de l'un à l'autre puisque le virtuel peut s'actualiser et devenir réel. Ce qui s'oppose le plus radicalement au réel serait plutôt la fiction.
La langue exprime ces nuances dans les modes de la conjugaison : le réel est le domaine de
l'indicatif qui permet d'actualiser une action ( Je marche = présent, Je marchais, j'ai marché etc = passé, je marcherai = futur ) ; le subjonctif
est le mode du virtuel en tant qu'il exprime la volonté, le sentiment (Je souhaite qu'il vienne= Sa venue est purement virtuelle, l'accent est mis sur le sentiment) . Le subjonctif dans la
pooposition principale exprime le souhait (Vive la France!), le regret, l'ordre( Qu'il entre.), la défense(Que personne n'entre.), l'éventualité (Qu'il puisse arriver le premier me chagrine.), la
supposition (Soient deux triangles...).
D) Limites de ces distinctions :
1) Platon
On a dit que la réalité, c'est ce qui existe . Or, la tradition philosophique nous met en garde contre une
telle affirmation . Dans le mythe de la caverne, Platon dit que ce que nous prenons pour la réalité n'est en fait que des ombres projetées sur la paroie d'une caverne . Nous ne pourrons regarder
la réalité qu'en acceptant un arrachement douleureux à nos illusions . Donc, nos sens nous trompent . Au sommet de la philosophie platonitienne se trouve une réalité intelligible, le monde des
Idées que Platon admet comme seule réalité .
2) Descartes
Les cartésiens ne sont pas plus optimistes quant à la fiabilité de nos sens : Descartes invente le doute méthodique afin de rejeter toute incertitude . On sait qu'in fine, il ne reste que le
fameux cogito .
Or, il est intéressant de remarquer que ce qui est rejeté est bien la réalité sensible puisque nos sens qui, seuls permettent d'appréhender cette réalité, ne sont pas fiables . L'existence de la réalité de fait est réfutée .
La seule certitude est de l'ordre de la spéculation, c'est celle d'une conscience réflexive .
A travers ces deux exemples qui représentent des courants très importants dans la tradition philosophique occidentale, on voit que la réalité sensible peut être mise en question au profit de la
réalité spéculative : on entre dans les domaines de la métaphysique et des mathématiques où la cohérence et la logique du raisonnement sont les garants d'une construction virtuelle .
3) La psychanalyse
C'est une autre réalité qui va acquérir du crédit : il s'agit de notre réalité intérieure, de notre vie imaginaire où nos rêves, nos
désirs, nos illusions vont être considérés comme tout aussi importants que l'actualisation de nos actes . En effet, ces derniers peuvent être déterminés par cette réalité
psychique qui relève pourtant de notre monde imaginaire . Notre monde imaginaire peut également être la seule réalité psychique vécue par une personne : nos désirs peuvent faire l'objet d'une
rêverie mais ne se transformeront pas nécessairement en actes . On peut évoquer dans le même ordre d'idées le phénomène de catharsis qui permet de "purger l'âme de ses passions" sans passer par
un passage à l'acte .
A contrario, le domaine pénal va chercher, par une enquête, à déterminer la culpabilité ou l'innocence d'une personne en établissant la preuve de l'existence
d'actes réels, actualisés . Certes les juges s'intéressent à la réalité intérieure des personnes en prenant en compte des éléments tels que la préméditation, la folie, la passion, pour nuancer
leur jugement. Quoiqu'il en soit, la société punit pour des actes, non pour des pensées .
En revanche, la religion chrétienne s'intéresse davantage à la vie intérieure puisqu'on peut "pêcher"tant en acte et qu'en pensée.
Isabelle
Le langage est-il un moyen de maîtrise et
de domination ?
1) Le langage est-il un moyen de maîtrise et de domination ? orchestré par
Jean-Jacques.
2) Langage et maîtrise.
3) Définitions .

Blablabla, blablabla…Le langage, qui a pour fonctions essentielles, l’expression de la pensée et la communication entre les hommes, souffre d’une terrible
ambiguïté. Certains pensent que le langage, à travers ses manifestations, comme la parole par exemple, ne permet pas la maîtrise
du réel. Elucubrations, abstractions inutiles, les écrits comme les paroles sont souvent accusés d’être des prétextes à l’inaction. En ce qui concernerait une quelconque maîtrise, elle serait
maîtrise des éléments formels du langage et donc d’une langue qui permet de pouvoir parler. Le signifiant renvoie bien à un signifié, certes, permet la représentation, mais ne donne pas le réel.
Donc maîtrise oui, mais purement formelle, et domination d’un système, ou d’une structure qui n’impliquent pas d’ action sur eux.
D’autre part le langage n’est qu’un instrument, un moyen en vue d’une fin :
« Saussure définit le langage comme n’étant que la faculté propre à tout homme en tant qu’homme, de pouvoir parler, et de faire usage de la langue. Selon Saussure, le langage, à proprement dit, serait uniquement humain et donc articulé. De plus, cette définition sous-entend que l’homme serait amené à l’utiliser comme un instrument puisqu’il en ferait « usage ». Par conséquent, la seule vocation du langage serait de servir l’individu et, à une échelle supérieure, l’ensemble de la société humaine. Le langage serait donc considéré que par l’usage que l’on en fait, c’est-à-dire seulement comme un moyen. »
Toutefois la maîtrise , dans ce domaine, n’est-elle pas illusoire ? Qu’en est-il des lapsus, et des troubles du langage ? Le langage semble alors échapper à l’individu, le dépasser, et lui montrer un inconnu de lui-même qui est son inconscient.
« Selon Freud, le lapsus serait l’expression d’un désir de l’inconscient et par conséquent, comme le « moi » conscient de l’homme ne peut pas continuellement dominer l’inconscient, celui-ci agirait aux dépens de l’homme, par exemple à travers le langage. De même, les troubles du langage, tels que la dysphasie, illustrent le fait que l’homme ne peut pas toujours maîtriser son expression verbale car ces troubles apparaissent indépendamment de sa volonté et ne parviennent pas à être soignés par l’être humain »
Le langage, à travers sa fonction esthétique, a également un pouvoir d’évocation ; il tente de convoquer des réalités, qui pour échapper à la pensée et à l’expression, n’en sont pas moins vécues par l’écrivain et le poète comme des réalités sensibles seulement à l’intuition.
Le monde n’est pas complètement rationnel, et le langage qui dans ses relations avec la pensée logique et scientifique tente d’expliquer et d’ordonner le réel , échoue parfois à en rendre compte. Il semble y avoir des réalités qui échappent au langage et à sa maîtrise, comme le langage lui-même échappe à la maîtrise de l’homme.
Pourtant le langage, parce qu’il permet la représentation et le concept, rend possible la science et son action sur le monde. Les protocoles d’expérimentation, les lois physiques, les interminables feuilles de calcul ne sont possibles que grâce au langage.
Le langage exprime la pensée, car on ne comprend bien que ce que l’on énonce.Car « prise en elle-même, la pensée est comme une nébuleuse où rien n’est nécessairement délimité. Il n’y a pas d’idées préétablies, et rien n’est distinct avant l’apparition de la langue. »C’est ce que l’on entend couramment. Parfois pourtant, la pensée semble ne se couler qu’avec peine dans le vêtement qu’on lui donne. Wittgenstein disait ainsi que « Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d’après la forme extérieure du vêtement l’on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie ; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu’à permettre de reconnaître la forme du corps. »
De ce langage limité, le monde ne sort-il pas limité lui aussi ?
Et Wittgenstein de rajouter « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. »
Cependant, il y a un domaine où le langage peut assurer une forme de maîtrise et de pouvoir ; c’est celui des rapports sociaux.
Selon Lévi-Strauss, « Le langage est l'instrument essentiel par lequel nous assimilons la culture de notre groupe ». Le lexique, les expressions sont symptomatiques des façons de penser, et de concevoir les relations avec les autres (la politesse par exemple). Il traduit la hiérarchie sociale autant que la provenance des individus.
La fonction de différenciation sociale du langage est plus visible chez les adolescents mais existe également entre les différentes classes sociales ; aussi maîtriser le langage, ses codes, permet de s’élever socialement. On le voit parfaitement dans le film « Ridicule » de Patrice Leconte, ou les saillies et les mots d’esprit sont un moyen d’accéder au pouvoir. Un mot d’esprit peut être aussi meurtrier qu’une flèche.
Et, pour finir, la maîtrise du langage, assure l’accession au pouvoir. Par l’art de la persuasion et de la rhétorique, l’homme peut convaincre les autres, par le mensonge si nécessaire. Mais cette maîtrise, comme toute maîtrise, est parfois éphémère ou illusoire.
Et parfois, comme le dit Pascal, « il est bon d’être interdit ».
Saussure, Cours de linguistique générale, chap IV §1.
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, prop. 4002
1) Poprement et absolument, il est la faculté d'exprimer la pensée
au moyen de sons dans la production desquels intervient la langue (muscle). Faculté qui découle de celle de penser.



Derniers Commentaires