Les questions autour de l'Homme et la société

Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 19:07

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     Dans les démocraties occidentales, le discours politique s’est construit tout au long de l’histoire selon les codes de la rhétorique grecque d’abord, puis latine. A travers ce discours, se déploie la parole politique, outil privilégié d’accès au pouvoir. C’est par la parole –mais pas seulement, le langage non-verbal étant d’une très grande importance- que l’homme politique convainc et emporte l’adhésion de ses électeurs. Mais à l’intérieur de ce champ, chaque parti politique construit un discours spécifique basé sur l’idéologie qu’il entend servir. D’où cette fameuse « langue de bois » qui permet d’éluder les questions embarrassantes, de parler pour ne rien dire, ou de flatter à peu de frais le futur électeur. Il existe d’ailleurs un générateur de langue de bois à l’ENA. Cela conduit parfois à des syllogismes ou à l’absurde … Le discours politique s’articule selon quelques grands principes et rares sont les hommes politiques qui y dérogent.

            C’est d’ailleurs une des principales fonctions du langage : argumenter et convaincre. Le langage n’est pas le simple véhicule d’un ensemble d’informations mais un acte de nature « intrinsèquement culturelle et sociale » qui est lié au pouvoir que donne le statut social à celui qui parle.  C’est ainsi que le langage s’inscrit dans des relations sociales permettant au locuteur, c’est-à-dire à celui qui parle, d’avoir, par sa parole, « un certain pouvoir sur ses interlocuteurs ». Celui qui parle y est autorisé, et en prenant la parole, il exerce un certain pouvoir de s’exprimer et de faire entendre ses idées –ce qui n’est pas donné à tout le monde.

La plupart du temps, les élus politiques sont portés par leur parti politique qui les a choisis pour le représenter. Cette parole est alors une parole légitime. Il est intéressant de voir comment les « outsiders » sont vite remis dans le droit chemin par l’ensemble de la classe politique. Ségolène Royal, par exemple, en est un parfait exemple. On ne l’entend presque plus.

Le langage politique, le contenu des discours, véhiculent un certain nombre de « représentations idéologiques » qui s’imposent comme étant « la vérité » ; aussi ces discours ont-ils un certain poids puisqu’ils prétendent assigner à chacun sa place dans la société. Je pense ici aux discours moralisateurs, misogynes ou racistes.

 

            La parole politique se déploie aussi selon certains rituels (débats parlementaires, questions au gouvernement, allocutions ou débats télévisés) qui sont des « formes routinières des actes politiques » qui instaure une sorte de « magie sociale à répétition ». D’autre part, le système de la représentativité lui donne une force particulière puisque cette parole et la mienne sont liées, bien que je n’aperçoive pas toujours comment elles pourraient l’être alors même que je suis en total désaccord avec elle. En effet que vaut pour moi la parole d’un homme politique que je n’ai pas choisi ? Ainsi le langage politique est-il intimement lié à l’exercice du pouvoir d’agir, de réformer et de décider de la vie de millions de gens, dont parfois un peu moins de la moitié ne sont pas d’accord le moins du monde avec les réformes proposées. Mais il est lié à un contrat qui est le contrat démocratique.

Le discours politique semble donc se définir comme un comme un genre spécifique dont la fin est l’action politique, dans lequel s’établissent des relations entre les théories, la théâtralité dans « le dispositif scénique où il prend place » , et la rhétorique axée sur la démonstration et la séduction, voire la manipulation. Ce n’est pas un discours exempt de violence, violence qu’il contient parfois (attaques personnelles, racisme, xénophobie etc) et celle qu’il entend réguler. Ce discours aujourd’hui s’est-il embourbé dans de purs effets de style, s’est-il vidé de tout contenu qui ferait sens pour nous, ne vise-t-il qu’à nous manipuler pour asseoir le pouvoir et la richesse de quelques-uns ? Ou est-il encore susceptible de se renouveler et de nous « embarquer » ?

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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /2010 18:22

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          Langage et politique :  Menteur ! Vite dit ! Facile ! Là n’est pas la question. C’est quoi, vrai, pas vrai, c’est quoi l’intention qui dit la vérité du moment ? Comment se faire comprendre ou comment abuser l’électeur pour obtenir son vote ? Il me semble que le langage, c’est ce qui sert à communiquer. Il y a le langage des signes. Le langage du corps. Ce que j’appelle le langage «
animal » ou « canin », (j’y reviendrai), le langage « châtié », le langage « binaire », oui, même en politique ce serait bien : oui, non, oui, oui, oui, non ! On prend des cours pour bien parler.
          Ah, justement, c’est comme les cours de « technique de vente », où on nous apprend à ne dire que ce qui est positif, ou uniquement ce qui intéresse notre interlocuteur ! Où on nous apprend à «s’adapter à notre auditoire ». Je déteste tous ces artifices qui permettent de mieux « coller », de mieux « cibler ». Notre société de communication est devenue tellement « performante » qu’on n’entend plus rien. Il ne suffit plus de se demander : qui parle et à qui ? Mais : Quelle est son intention ? Que s’est il passé dans l’ensemble de la sphère politico-people ? Pour espérer
comprendre une petite partie du message émis.
          J’aime bien le langage « canin ». Un collègue qui entre dans mon bureau, sait immédiatement s’il est le bienvenu ou non. C’est exprimer « par les ondes » mon intention, mon état d’esprit. Ca fonctionne aussi bien en émission qu’en réception, Etre un peu modeste et accepter le verdict de ses capteurs. Il y a les endroits où l’on se salue de loin, et ceux ou l’on s’embrasse cordialement, l’un ne vaut pas mieux que l’autre, c’est comme ça ici, et comme ci là. Nos pauvres politiciens ne peuvent se contenter d’un simple aboiement intellectuel, pour agir. Ces malheureux sont obligés de convaincre, de négocier, définir certaines choses avec une partie, puis essayer de ne pas mécontenter une autre. Et, malheureusement, le
langage ne permet pas de tout faire passer. Un sourire est une promesse, mais dans celui de l’hôtesse qui l’offre, il n’y a pas les mêmes éléments que dans celui du malade en rémission qui accueille son médecin. Le langage ne montre pas son cœur, la science de la communication a déconnecté le langage et le cœur, c’est l’esprit qui dicte sa loi. Mais l’esprit est froid. Le langage est à la communication, ce que l’écrit est à la loi. Froid, dur, il se veut juste, mais n’est que figé. Permet-il de dire sincèrement « Je vous ai compris !» ? Thierry Pellon - le 01/03/2010 (Participant du café-débat)

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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /2010 18:17
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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /2009 07:09

Ça s'passe boul'vard Haussman à cinq heures
Elle sent venir une larme de son cœur
D'un revers de la main elle efface
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe

Pourquoi ces rivières
Soudain sur les joues qui coulent
Dans la fourmilière
C'est l'Ultra Moderne Solitude

Ça s'passe à Manhattan dans un cœur
Il sent monter une vague des profondeurs
Pourtant j'ai des amis sans bye-bye
Du soleil un amour du travail

Pourquoi...

Ça s'passe partout dans l'monde chaque seconde
Des visages tout d'un coup s'inondent
Un revers de la main efface
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe

On a les panoplies les hangars
Les tempos les harmonies les guitares
On danse des étés entiers au soleil
Mais la musique est mouillée, pareil

Ultramoderne solitude  (Alain Souchon)


Lien social : « ensemble des relations personnelles, des normes, des valeurs et des règles communes qui relient les individus » Pierre-Yves Cusset

 

 

Le lien social n’est-il pas plus fragile aujourd’hui, sous la pression d’une société vouée à la consommation, victime d’un individualisme triomphant ? Se défait-il inexorablement dans une société où l’égoïsme et l’indifférence ont remplacé les anciennes solidarités actives (familiales, de voisinage) ?

Un fait divers, relaté dans le Courrier des Yvelines, semblerait le confirmer ou l’illustrer : dans un des immeubles de Beauregard à Poissy , un homme a été retrouvé mort dans son appartement dans un état avancé de décomposition. Il était mort depuis plusieurs semaines et personne ne s’était aperçu de son « absence », ni les voisins, ni la famille.

Peut-être n’avait-il aucune relation de voisinage, et avait-il rompu tout contact avec sa famille, c’est possible.

C’est peut-être cela qui est dramatique, qu’un isolement pareil soit possible. N’être connu,  ni reconnu par personne.

            Nous semblons tous pris dans un réseau de relations familiales ou sociales qui nous préserve de l’isolement, si ce n’est de la solitude. Car on peut se sentir très seul alors même qu’on semble très entouré. Le sentiment de solitude peut naître du manque de communication avec l’entourage, du sentiment de ne pas être à sa place ou d’être incompris(e), comme il peut naître tout simplement de l’angoisse existentielle ; en effet nous sommes nés seuls et nous mourrons seuls. Ce sentiment qui nous étreint et qui fait couler ces « larmes » dont parle Alain Souchon est lié à la conscience de notre finitude, à la complexité de notre humaine condition.

            L’ultramoderne solitude n’est donc pas seulement ce sentiment mais plutôt une situation d’isolement qui peut frapper tout un chacun après un deuil, une séparation ou la perte d’un emploi.

 

L’organisation sociale repose en grande partie sur la séparation des sphères publiques et privées. La sphère publique recouvre « l’ensemble de l’espace ouvert à tous dans la société » par opposition à la sphère privée « dont l’accès et la visibilité sont beaucoup plus restreints », à mi-chemin entre les deux  le monde du travail et des associations où des interactions s’établissent, la sphère privée recouvrant essentiellement la vie familiale et amicale. Il suffit que l’individu perde sa place dans des univers où traditionnellement se nouent et s’entretiennent les relations, voire les deux pour se retrouver terriblement isolé. Cet isolement peut être renforcé par l’âge, la retraite, la perte d’êtres chers et l’éloignement des enfants et des petits-enfants, ou par une difficulté personnelle à communiquer.

L’éclatement des familles dans les années 60-70 , l’indépendance financière des femmes grâce au travail rémunéré, ont laissé plus de liberté à l’individu dégagé de la tutelle parfois pesante des parents et des grands-parents. Cette liberté s’est accompagnée  d’un certain isolement renforcé par l’anonymat des grandes villes.

            Le droit de choisir son travail, son lieu de vie, sa compagne ou son compagnon s’est accompagné d’une plus grande incertitude et d’une plus grande fragilité des individus face aux aléas du destin.

La pression du groupe social est moins forte ; le couple par exemple se forme à partir du sentiment amoureux et se désagrège une fois que ce sentiment a disparu (1), or la cellule familiale est encore à la base de l’organisation sociale, et rien ne vient la renforcer ou la remplacer lorsqu’elle se retrouve défaillante. D’autant plus que les parents sont loin et ne peuvent pas toujours aider leurs enfants dans les périodes difficiles. Et « on sait que des séparations …signifient pour bien des hommes, qui n’obtiennent pas la garde des enfants, une altération significative du lien qu’ils peuvent entretenir avec leurs enfants. Quant aux femmes, les séparations accroissent significativement leur risque d’isolement relationnel ». 

D’une part, l’accroissement des divorces et des familles mono-parentales s’accompagne d’une grande fragilité économique et d’une paupérisation d’une partie de la population- ce sont encore le plus souvent les femmes - d’autre part, ces difficultés économiques peuvent rendre plus sensibles les difficultés relationnelles et accroître l’isolement.

Les célibataires d’un certain âge savent bien qu’on les invite moins que lorsqu’ils étaient en couple parce que cela introduit une dissymétrie dans les relations. En effet souvent la communication s’organise par « paires », voire par sexe. Toute forme de ségrégation n’a pas disparu dans nos sociétés modernes. Il suffit d’observer les conversations mondaines : les femmes « bavardent », pendant que les hommes « discutent » : on retrouverait presque le fumoir du XIXe siècle.

D’après les études d ‘Arbonville et Bonvallet en 2003, la vie solitaire augmente(1). Il est de fait qu’en 2004, 14% des français vivaient seuls contre 6,1% en 1962. Mais vivre seul ne veut pas dire être isolé relationnellement car il y a nombre de célibataires qui ont une vie sociale importante et diversifiée. Ce qui n’est pas toujours le cas des personnes vivant en couple et qui ont tendance à se replier sur la sécurité d’une relation établie.

            Bien sûr, les sociologues observent ces nouveaux comportement et tentent de les analyser, d’isoler certains facteurs, l’amour « kleenex », les ruptures dans les figures traditionnelles de l’engagement, l’individualisme de nos sociétés, toutes chose induisant une grande fragilité du lien social.

 

Cette fragilisation  du lien social est due pour partie à l’acquisition de libertés nouvelles qui ont bouleversé les modèles traditionnels régissant la vie des individus . Ceux-ci ont « peu à peu acquis une capacité à se définir par eux-mêmes », se libérant « des dépendances qui les liaient étroitement au collectif, qu’il s’agisse de la famille, du clan, de la communauté villageoise ou de la société dans son ensemble ». L’individu est donc moins porté par les traditions et les institutions, ce qui peut causer un certain désarroi. Quel modèle adopter ? Quelles valeurs choisir ?

            Pour autant, retournerions-nous en arrière ? Certainement non , si les modèles du passé ont quelques vertus, ils ne sont pas non plus dépourvus de vices. Reste alors à inventer … Les hommes et les femmes qui pianotent devant leurs ordinateurs, qui « tchattent » sont-ils peut-être à la recherche de cela.

Annick.

 

(1)   En 1960, 9,6 divorcés pour 100 mariages, 37 divorces pour 100 mariages en 2001.

Source : Pierre-Yves Cusset « Les évolutions du lien social, un état des lieux »

 

 

Bibliographie

Singly F(de), 2003, Les uns avec les autres. Quand l’individualisme crée du lien., Paris, Armand Colin

 

Le lien social Pierre Bouvier

·                                 Essai (poche). Paru en 09/2005

Depuis quelques années, l'expression fait florès : faire du théâtre dans des banlieues défavorisées ou bien organiser un repas de copropriété, c'est «faire du lien social». On ne saurait préciser plus avant ce que l'on veut dire, sinon le sentiment que les poussées individualistes et communautaires dénoncées de toutes parts traduisent une fragilité de la volonté de vivre ensemble.
Pierre Bouvier, croisant la sociologie et l'anthropologie, cerne cet objet si particulier qu'est «le lien social». Particulier car l'objet a longtemps préexisté au mot. Dès la révolution industrielle et ses effets de paupérisation massive, philanthropes et philosophes se sont inquiétés des effets de destruction des liens sociaux traditionnels. La «question sociale» a été posée, qui reprenait les grandes interrogations d'un Rousseau ou d'un Hobbes sur la violence des rapports entre humains que le marché ne pouvaient réguler. La question prit à ce point de l'importance qu'elle devient l'objet d'une discipline nouvelle, la «science de la société» : la sociologie s'inventa en même temps qu'elle inventa l'expression «lien social». La chose avait trouvé son mot.
Aujourd'hui, devant les transformations des rapports sociaux, sous l'effet notamment des réorganisations imposées par la mondialisation, l'objet à nouveau échappe au mot : des formes de lien social alternatives, fragiles mais volontaires, cherchent à se créer – squat, manifestations festives de masse, associations, etc. – dont l'anthropologie, par sa culture des rites d'appartenance et des échappées belles hors du temps contraint, peut rendre compte.

Le lien social Serge Paugam

  2009

Il n’est pas rare d’entendre parler de « crise du lien social », de la nécessité de « retisser » ce lien. Le terme désigne alors un désir de vivre ensemble, de relier les individus dispersés, d’une cohésion plus profonde de la société. Pour le sociologue, cette notion est au fondement de sa discipline tant l’homme est, dès sa naissance, lié aux autres et à la société non seulement pour assurer sa protection face aux aléas de la vie, mais aussi pour satisfaire son besoin vital de reconnaissance, source de son identité et de son existence en tant qu’homme.
Cet ouvrage explicite le sens d’une notion centrale depuis Durkheim, présente une typologie des liens sociaux et de leurs possibles fragilités. Il propose de repenser le lien social aujourd’hui, pour mieux relever les défis contemporains de la solidarité.
PUF Que sais-je ?

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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /2009 13:19



En démocratie le peuple a-t-il toujours raison : mais le peuple parle-t-il d’une seule voix ?

 

 

Ainsi formulée, l’expression laisse entendre que la démocratie est une organisation politique qui favorise l’expression du peuple. Personne ne niera les avantages de la démocratie qui garantit un certain nombre de libertés fondamentales et notamment la liberté d’expression.

 

Pour pouvoir avoir raison, faut-il encore pouvoir s’exprimer et faire entendre raison à son adversaire ; avoir raison et avoir tort supposent un débat contradictoire où plusieurs voix se font entendre.

 

Si le peuple peut avoir raison, c’est forcément par rapport à une autre entité non définie ici mais sous-entendue : l’Etat ? la Nation ? on ne sait pas ; on peut juste conjecturer, d’autant plus que le mot peuple est lui aussi plurivoque comme l’a finement démontré Jean-Marie.

 

Le Peuple est à la fois un « ensemble considéré par référence au pays qu’il habite et dont il est originaire », l’ « ensemble des particuliers d’une nation » mais d’un point de vue politique et historique, une entité qui est le peuple de la démocratie formé de citoyens et dont le sens  se rattache à des mouvements politiques et philosophiques particuliers. Ainsi l’analyse marxiste fait du peuple un ensemble de classes sociales fondées sur l’existence de rapport de domination économique.

 

Quels sont les moyens d’expression de ce peuple ?

 

Dans la démocratie représentative , le peuple est source de légitimité ; il fait entendre sa voix par le biais de ses représentants au parlement, ou alors il peut devenir force de subversion révolutionnaire , en faisant entendre « la voix du peuple », dans la rue et derrière les barricades ; la démocratie est alors suspendue.

 L’un donne une définition plus ouverte que l’autre, car on peut trouver des enfants et des femmes sur les barricades à une époque où ils n’ont pas accès à l’isoloir (voir aujourd’hui la manifestation des lycéens qui se sont fait entendre bien qu’un certain nombre d’entre eux, mineurs, n’aient pas le droit de vote.)

L’un s’appuie sur une pratique raisonnée du débat parlementaire, l’autre sur la force violente de la contestation : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque partie du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 juin 1793.

 

Mais c’est là le cas le plus extrême, la contestation peut être pacifique et s’exprimer au moyen de revendications qui sont le fruit de discussions argumentées et de débats préalables. Le droit de manifester, et le droit de grève peuvent permettre d’exprimer un désaccord, relayé par les différents médias, les forums de discussion ou les blogs.

 

La démocratie représentative est l’organisation politique par le biais de laquelle s’exprime le choix des citoyens, au travers de la désignation des représentants, et la démocratie directe quant à elle permet au « peuple » de s’exprimer sans intermédiaire par la pratique du référendum. L’une crée la distance entre les élus et leurs électeurs, l’autre ne demande que l’approbation ou la désapprobation d’un texte sans possibilité de l’amender, et peut conduire au plébiscite.

D’autres voies (voix) sont-elles possibles ?

 

La démocratie participative, étrange pléonasme qui pointe une réelle crise de la représentativité, promeut des mécanismes tels que le droit de pétition et les procédures d’enquête publique qui tentent de redonner un sens et une substance à la volonté des représentés.

« Ce qui définit les démocraties, ce n’est pas l’origine des pouvoirs, c’est le contrôle continu et efficace que les gouvernés exercent sur les gouvernants » Alain.

Jean-Michel Ducomte analyse les dysfonctionnements majeurs qui menacent la démocratie et qui risquent  confisquer la voix du peuple ou  dévoyer son expression.

-                     la confiscation par les experts  qui deviennent les seuls aptes à décrypter et à rendre compréhensible une réalité complexe.

-                     La confiscation par les médias qui forgent parfois une démocratie d’opinion, souvent versatile, reposant sur les humeurs, et les passions d’une certaine partie de la population.

-                     La confiscation par les élus à travers le phénomène d’autonomisation de la classe politique par rapport à la « société civile »  entraînant le désintérêt et la désaffection des citoyens pour lesquels tout semble joué d’avance. Les candidats à l’élection font des promesses qu’ils ne tiendront pas à seule fin de se faire élire puis, une fois élus, ne font que ce qu’ils veulent. En tout cas, quelle que soit la réalité,  c’est le sentiment qui prédomine chez les abstentionnistes.

 

 

Alors qu’est-ce que la « voix » du « peuple » ? Comment pourrait-elle se faire entendre si on la confisque ? Le peuple peut bien avoir raison si cette raison n’est pas entendue, si elle n’est pas relayée par une capacité d’agir.

Le peuple peut bien avoir une unité politique conférée par l’égalité des droits des citoyens ; elle peut bien n’avoir aucune réalité sociale, corps disloqué par des mouvements contradictoires et des intérêts divergents, sourd à l’intérêt commun (par exemple les entrepreneurs qui délocalisent leur production alors qu’ils font des bénéfices).

Ce corps politique agité de soubresauts manque aujourd’hui de souffle.

Nombre de citoyens souffrent de n’être pas reconnus ou se sentent délaissés. Les loyers flambent, les salaires stagnent, le chômage progresse mais pas pour tout le monde. Cette égalité de droit n’est pas une égalité de fait et c’est là le grand drame de la démocratie.

Il n’y a pas un peuple qui aurait raison, car cette unité d’un corps politique constitué ne parle pas d’une seule et même voix…

Annick

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Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /2009 01:21

Albert camus : »Quelquefois je réfléchis, faute de mieux, à la démocratie (dans le métro, naturellement). » M’interrogeant sur le vaste champ du thème proposé par le café-philo, je privilégie ici l’adverbe toujours pour en limiter les frontières et en éviter les côtés politiques et juridiques. Le peuple a-t-il toujours raison ? C’est selon.

 

1) Selon ce que l’on entend par démocratie

 

1.1            Dans son sens premier, du grec, démos, le concept signifie « gouvernement par le peuple »- On sait la fluctuation qu’il a connue = selon qu’on lit Platon (La République, les lois) ou Aristote (la Politique), telle ou telle partie de la cité était exclue des débats et des décisions. Il en allait de même à Rome où, au mieux, le seul « civis romanus » avait droit à la parole, et encore dans certaines classes, -c’est ainsi que « populus » recouvrait à la fois la classe des « patres conscripti » (le sénat) et la plèbe (plebeia) représentée par ses tribuns – le lieu commun demeurait qui affirmait que toute communauté politique est faite de ceux qui gouvernent et de ceux qui sont gouvernés. Le principe n’a guère évolué depuis, malgré les travaux de Montesquieu, Locke jusqu’à Tocqueville, Marx et d’autres penseurs qui parlent de la seule grande question : le pouvoir.

 

1.2           Enigme du pouvoir et raison de l’obéissance ?

 

On admet aujourd’hui que démocratie signifie «  souveraineté appartenant au peuple et exercée en son nom ». N’oublions pas d’interroger cette affirmation : « exercée en son nom ».

 

         Certes le principe fondateur repose sur la liberté de l’individu et s’exprime par la loi, chargée de la protéger. On constate aussitôt que les deux éléments qui justifient la démocratie lui sont exogènes : liberté et légalité. N’est-ce pas un paradoxe ?

         Par ailleurs et dans la même logique de réflexion, peut-on affirmer que d’autres régimes politiques n’en relèvent pas, par exemple les monarchies parlementaires ? La Belgique, la Hollande, les monarchies nordiques héréditaires sont-elles moins « démocratiques » en ce sens que notre République ? Voire la Grande-Bretagne qui ne possède pas de Constitution ?

         A l’inverse, les démocraties populaires, dont la redondance latine du mot grec voudrait en souligner le superlatif, sont-elles plus démocratiques que notre république ? Alors que la dictature du prolétariat exclut tout autant certaines parties de leur population, comme le faisaient les premières cités grecques ? Ce n’est plus la naissance, ou le cens, ou la compétence qui discriminaient mais l’appartenance aux « classes des travailleurs », même si Marx recherchait –in fine « l’association des classes », « où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Libre ?

En démocratie…

 

2) Selon ce que l’on entend par peuple

 

2.1 On admet que le Peuple est une entité politique distincte de la population et de la société (Hanna Arendt). Mais on admet aussi que la Nation est constituée par l’ensemble des individus qui la composent, donc pas d’exclusive ; est-ce si sûr ? Qu’est-ce que le Peuple ? si ce n’est pas le peuple.

 

L’expression du peuple, de la volonté du peuple, est celle de sa majorité. Il y a donc des minorités : politiques, sociales, économiques, ethniques, religieuses, linguistiques, sexuelles… Comment cette complexité se manifeste-t-elle ? Comment trouvent-elles place pour une parole spécifique dans les structures représentatives ?

         Peut-on affirmer que le peuple est « plusieurs en un » ? Peut-on dire qu’il y a un peuple belge, canadien, danois ? ou plutôt un Etat belge, un Etat canadien ou danois ? Comme si l’Etat était l’incarnation de la diversité = l’Etat, personnage institutionnel, qui remplace le personnage physique qui l’identifie ? Marianne représente le peuple souverain ?

        

2.2 Le peuple s’en remet à une puissance législative qui est sensée régler les rapports entre tous les éléments qui le composent. Cette puissance trouve sa source et sa légitimité dans le suffrage universel.

Mais alors que penser de la validité d’une majorité obtenue par 50,1 % des votes quand la moitié de l’électorat s’abstient ? (voire 70 % aux USA). Ainsi,

25 % des électeurs légifère pour les 75 % qui sont obligés de se soumettre. Peut-on encore parler du peuple ? Sans compter les fraudes, les découpages électoraux fluctuants etc… ; sans compter les immigrés admis voire recherchés pour contribuer au développement national, les jeunes (ou les femmes) qui ne feraient donc pas partie du « peuple » ?

 

2.3 Quittant le champ du quantitatif, pouvons-nous dire avec Sartre que le peuple est une entité, une qualité à la fois immanente (car elle s ‘étend à travers notre subjectivité) et transcendante (car elle reste hors de notre atteinte). Laissons ici le débat des jugements de valeur, la résurgence du racisme et toutes formes d’ostracisme, pour nous interroger seulement sur le sens donné par chacun, selon sa subjectivité, au mot peuple : « la Maison du peuple » de L. Guilloux, ou « les écrivains témoins du peuple » choisis par Fourastié évoquent-ils la même chose que « le peuple français » de la Constitution (qui transcende ?). dans cette acception exaltée par les poètes, il y a place pour l’imaginaire et pour l’Histoire.

         Sans tradition, c’est-à-dire sans âme nationale, aucune civilisation n’est possible. G Le Bon : « passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d’un peuple ».

         L’Union Européenne (EU) , ce n’est pas l’Europe ! N’est-ce pas cela qui fait l’ambiguïté de notre appartenance ?

En démocratie, le peuple…

 

3) Selon ce que l’on entend par « avoir raison ».

 

         Le Peuple peut-il avoir tort ? en démocratie ? ou bien posée autrement, la question : quelqu’un peut-il avoir raison vis à vis, contre le Peuple ?

 

3.1 Si le peuple est considéré comme un tout, il serait paradoxal de répondre positivement. On l’a vu, c’est le peuple qui fait les lois et il ne peut y avoir de (mauvaise) loi qui aille à l’encontre des intérêts de qui les fait. Seul Proudhon s’est risqué en vain à  affirmer le contraire  dans « Philosophie de la misère ». Ce serait une absurdité de dire que le peuple a toujours raison contre le Peuple. Mais si c’est une fraction du peuple ? une minorité ?

         Or le peuple en démocratie s’exprime par ses suffrages, mêmes fragiles, soit pour élire des représentants, soit pour approuver ou refuser un projet (referendum), accorder ou refuser sa confiance (plébiscite =) plèbe !) Il constitue par la-même la puissance législative ; le Parlement est son reflet : c’est un principe fondamental. Le Peuple peut-il avoir raison contre le Parlement qu’il a élu ?

         L’Histoire montre que cet affrontement est possible et peut produire des effets à court terme (les émeutes » ou à long terme (les révolutions). Mais est-ce réellement contre le Parlement lui-même ?

« La violence est l’accoucheuse de toute société grosse d’une société nouvelle ». Marx.

Ou bien n’est-ce pas plutôt contre l’exécutif, voire contre l’Etat lui-même, quand les lois ne protègent plus « la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent » (art 9 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen) ? Ou bien encore quand les lois changent si souvent, se sédimentent et s’accumulent au point qu’elles réduisent progressivement la liberté publique et individuelle ? (Au fait, et l’UE dans tout cela ?). mais alors quel recours pour le peuple ?

         Qu’en est-il quand il y a conflit entre le Parlement et le gouvernement ? Quand le décret (voire article 49.3), ou le règlement vient imposer ou faire dévier la loi ? ou quand la loi est inappliquée ? ou inapplicable ?

« Souveraineté appartenant au peuple et exercée en son nom. » En dernier ressort, il faut en appeler au Pays, seul légitime pour arbitrer. En dernier ressort, le Peuple n’a-t-il pas raison ?

 

3.2 Quittons maintenant l’institutionnel et le rationnel pour nous intéresser au Peuple considéré comme une transcendance : n’est-ce pas alors dans une toute autre logique ? Notamment en cas de conflit d’une partie contre le tout.

         Nous connaissons tous la situation de ces pays où les Pouvoirs Publics en place, adossés à leurs structures d’apparence stables et légitimes (partis politiques, justice, police, églises, syndicats, etc…)doivent affronter un mécontentement populaire, un désaveu, si partagés qu’à la fin ils explosent.

         Ce ne sont plus les représentants élus du Peuple ou leurs fonctionnaires qui agissent : des meneurs remplacent les Pouvoirs Publics ; la raison, l’expérience, le passé n’ont plus cours ; les images, le prestige, les formules l’emportent. Ces meneurs (qu’autrefois on appelait démagogues ), « qui conduisent le peuple » ne peuvent exercer leur pouvoir que s’ils sont soutenus, voire menés eux-mêmes par une faction. Il est vrai qu’alors c’est la foule et non le Peuple qui agit, même si elle s’attribue ce statut. Quelquefois les meneurs exercent une influence éphémère, même si les conséquences induites s’élèvent à des catastrophes irréparables ; mais on ne peut nier que la complicité active ou tacite du plus grand nombre les a élevés, soutenus, maintenus. Belle excuse de dire ensuite que la séduction et le prestige étaient irrésistibles ; méfions-nous donc de la « pipolisation ». Ils incarnent le désespoir : les tyrans coupables, le peuple irresponsable ? Avait-il tort ?

          A l’inverse, les meneurs, s’ils incarnent un projet d’espoir et s’ils possèdent une volonté forte et constante, deviennent de véritables fondateurs ; même s’ils ne possèdent au début de leur action qu’une très petite minorité de partisans. Pétain c’était l’Etat, De Gaulle, la Patrie.

         De Gaulle avait-il tort d’avoir raison devant les Pouvoirs Publics, condamné à mort par les structures de l’Etat français, avait-il tort devant la majorité de l’opinion ? Le Peuple ne lui a-t-il pas pour finir donné raison, ou bien était-ce la Nation ?

         En démocratie le peuple a-t-il toujours raison ?

 

« Métalogue »

 

« La loi protectrice des libertés publiques et individuelles ». Avec l’avancée que nous connaissons de la société, il me semble que cette problématique est devenue centrale. Le centre de gravité s’est déplacé du collectif vers l’individu. Jean-Jacques Rousseau pensait que « les Français n’ont point d’existence personnelle ; ils ne pensent et n’agissent qu’en masse, chacun d’eux par lui seul n’est rien. » Il n’aurait pas raison aujourd’hui. L’individu est au centre de la réflexion et de la sensibilité populaire. « Retour amour » selon rené Char. Je me souviens de mon bon maître J. Beaufret et de ses dialogues avec Heidegger, à la recherche d’une connaissance compréhensive qui retrouvera l’individu, l’Homme dans le monde social. « Dasein » = me voilà ! Eclatement d’un acte de présence.

Jean-Marie Péchenard

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Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /2009 19:30

    Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre; par la résistanceil assure la liberté(....). Obéir en résistant, voilà tout le secret."

 Alain, Propos

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Jeudi 1 janvier 2009 4 01 /01 /2009 11:46

Toute léquipe du café-philo vous souhaite une

Bonne et heureuse année 2009


En démocratie, le peuple

a-t-il toujours raison ?

Restaurant « La Mama »à Poissy

 

Le jeudi 8 janvier 2009 à 20H30

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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /2008 14:01



En démocratie, le peuple a-t-il toujours raison ?

 

 

L’idée - phare de la démocratie, c’est l’égalité de droit entre tous – et toutes (ce qui, soit dit en passant, a très vite été étouffé). De là découle la notion de suffrage universel. Théoriquement, ce concept très fort devrait abolir les castes, classes, corporations, divisions, hiérarchies et autres échelles de valeurs entre les gens.

 

Une vie = une vie ; une voix (un vote) = une voix . Quelles que soient nos différences apparentes.

 

Premier « problème » : les femmes sont-elles à égalité avec les hommes ? Que d’énergie dépensée au fil des siècles par ces messieurs pour certifier que non, elles ne peuvent être à égalité. Parce que c’est  comme ça, c’est tout. A la Révolution, on passe très vite sous l’éteignoir leurs revendications citoyennes.

 

  Une voix = une voix, quelle belle idée !

 

Cependant, apparaît très vite un autre problème : si l’on se dit que la politique, l’art de gouverner un peuple, demande une certaine réflexion, une construction mentale, cela ne peut pas toujours se faire « naturellement ». Cela nécessite un minimum d’instruction, et le fait de savoir lire pour engranger quelques connaissances de base. Charlemagne, et Pierre le Grand en Russie, ont été marqués par leur propre manque d’instruction, et ont voulu y remédier.

 

 

Par ailleurs, beaucoup de gens recherchent la sécurité d’un quotidien paisible et stable, pas trop misérable.

C’est ce qu’a permis une certaine démocratie : l’accession d’une classe moyenne, ou de tout - un chacun, à une paix relative et à un certain reflux de la misère. (On parle des grandes misères endémiques qu’il y avait sous l’Ancien régime, avec les épidémies, les grandes famines etc.)

Sans oublier bien sûr l’instruction, qui fut tout de même la grande idée de la IIIe publique et du XXè siècle, ni les progrès immenses de la médecine et de la prévention des grandes maladies, qui ont nettement amélioré la santé publique.

 

Il y a également le travail et l’échange, dont nous avons souvent débattu : le travail de tous est nécessaire à chacun.

 

  Tout ceci, nous l’avons bien en tête. On peut parler d’idéal démocratique.

 

Alors, pourquoi toujours plier sous le joug ? Pourquoi tant de souffrances dans le travail ?

Pourquoi cette précarisation galopante, même avant la crise ? Cette misère pour certains ?

Pourquoi se laisser berner par des hommes politiques qui, somme toute, sont parfois moins performants que certains acteurs de la Star Ac’ ? Il ne s’agit évidemment pas de crier Haro sur tous les hommes politiques, dont certains sont souvent éminemment dévoués (selon certaines époques) au bien public.

 

Là, on arrive à l’idée de ce jeu d’équilibre entre les uns (gouvernants) et les autres (gouvernés).  

Entre séduction, suggestion (sujétion ?) d’une part, écoute ou crédulité d’autre part. Entre des individus instruits, conscients des tenants et des aboutissants de la vie politique, et d’autres individus qui leur feront confiance – ou non, par manque de connaissance OU de conviction. En effet, il faut se rappeler le caractère moutonnier de la société – certains diraient : du peuple. Mais c’est trop facile aussi : le peuple, bête et soumis, demandeur principalement de divertissements, face à l’élite éclairée ?

Allons donc ! On sait bien, depuis la Révolution, que les choses ne sont pas si simples.

En effet, quand on dit « le peuple », c’est comme si c’était une seule personne. Or, il s’agit d’individus, semblables certes, mais uniques, que l’on ne peut pas toujours réduire à l’idée de masse.

 « Le peuple », c’est aussi une belle idée. Idée reprise par un parti communiste ou des syndicats qui, en un temps, ont été la seule voix du peuple, sa seule possibilité d’expression.

  Hélas, l’idée de peuple est vite corrompue par la notion de masse, que l’on peut soulever ou manipuler pour créer un levier puissant et faire sauter le pouvoir en place, à tort ou à raison.

  Le peuple a - t - il raison quand il fait masse ?

 

  Vox populi,  mass media,  vindicte populaire, voici des expressions qui montrent bien le mépris des uns ET le laisser-aller des autres. Mais alors, que faut-il ? Se révolter encore et encore ? Faire confiance aux élus ? Les sanctionner de temps en temps ? Se boucher les yeux et les oreilles ? Accepter tout et n’importe quoi, ce qui mène à une précarisation très forte, même dans des secteurs que l’on croyait stables ?

 

Se rappeler que, « casser » EDF par exemple, c’est faisable ? Mais que passer trois jours sans électricité par des jours de grand froid, tout ça parce que la maintenance des lignes a été confiée à des sociétés privées qui font des économies, c’est tout de même plus risqué. Oui, mais qui a vendu EDF ? Quels hommes politiques ? Elus par qui ?

 

Claire

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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /2008 00:11

La démocratie



     L’ Etat  désigne une « communauté juridique » , c’est-à-dire un ensemble de personnes soumises à la même législation et à une même autorité politique.

 

L’Etat s’incarne  à travers ses institutions, ses administrations et ses règlements. Il n’a pas pour vocation d’assurer le bonheur des individus, mais d’assurer la protection des biens et des personnes, ainsi que leur égalité devant la loi. Toutefois, la nation peut être le lieu où s’épanouissent les libertés individuelles .

 

 A)  La volonté générale selon Rousseau

Rousseau, dans le « Contrat social » pose les bases de la démocratie moderne. L’Etat, en effet, doit garantir la liberté et l’égalité auxquels les individus ont naturellement droit

« Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant, tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. »

 L’Etat n’est pas extérieur aux individus, une autorité transcendante qui leur commanderait :

« Le souverain n’étant formé que des particuliers qui le composent ne peut avoir d’intérêt contraire au leur. » et « la loi n’aliène pas la liberté puisqu’elle prend sa source dans la volonté même des individus » , car « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».

Toutefois, qu’est-ce que cette « volonté générale » dont parle Rousseau ? Nous avons plutôt l’expérience des antagonismes et des conflits entre les gens, alors comment parvenir à une loi commune ?

La volonté générale est le contrat par lequel chacun s’engage à reconnaître la volonté générale qui seule va se soucier du bien commun par un effort de raison, en faisant taire les égoïsmes particuliers et les passions de toutes sortes car « chaque individu peut comme homme avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen ». Cette règle de raison chacun peut la découvrir lui-même en rompant avec l’esclavage des passions et ainsi parvenir à être libre.

Mais comment y parvenir ? Tout d’abord, la volonté générale est possible car les hommes ont des intérêts communs, et cet accord la rend possible même si au départ c’est l’opposition des intérêts particuliers qui fait que le contrat social est nécessaire.

« Otez des volontés particulières les plus et les moins qui s’entredétruisent, reste pour somme des différences la volonté générale. » Cette volonté est donc celle de la majorité et toujours contrôlé par le peuple à l’aide de référendum.

 

B) La crise du XXe siècle

 

Cette crise qui va s’accentuant aujourd’hui, est aussi la crise de la pensée individualiste et libérale dont la doctrine de Benjamin Constant est l’armature théorique :

« Liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique ; et par liberté, j’entends le triomphe de l’individualité tant sur l’autorité qui voudrait gouverner despotiquement que sur les masses qui réclament le droit d’asservir la minorité à la majorité. Le despotisme n’a aucun droit. La majorité a celui de contraindre la minorité à respecter l’ordre. Mais tout ce qui ne trouble pas l’ordre, tout ce qui n’est qu’intérieur comme l’opinion, tout ce qui dans la manifestation ne nuit pas à autrui , soit en provoquant des violences matérielles, soit en s’opposant à une manifestation contraire, tout ce qui, en fait d’industrie, laisse l’industrie rivale s’exercer librement est individuel et ne saurait être légitimement soumis au pouvoir social. »

 

C’est là que nous rejoignons notre précédant sujet, « la compétence »,  en effet, à l’ère d’un monde de plus en plus complexe, où la science à fait des progrès extraordinaires et pose de nouveaux problèmes éthiques, est-il légitime de recruter les hommes d’Etat par le suffrage universel ?  L’effet pervers de ce système est de soumettre le gouvernement  à l’opinion publique, c’est-à-dire à un ensemble de gens incompétents dans les affaires de l’Etat. Cela peut empêcher toute forme d’action politique qui serait nécessaire mais impopulaire, tant les hommes politiques sont suspendus aux sondages de toutes sortes qui rythment la vie démocratique . Lors des élections, cela conduit les hommes politiques à faire des promesses électorales qu’ils ne tiendront pas et à vouloir satisfaire tout le monde en flattant les passions et les intérêts particuliers. Ce qui est très loin de la volonté générale telle que l’entendait Rousseau.

La démocratie est-elle alors « la tyrannie de l’incompétence » ?

D’autre part, cette liberté à tout crin ne favorise-t-elle pas l’exploitation du plus faible par le plus fort par le biais de la concurrence économique ?

 

Tocqueville, dans « de la démocratie en Amérique », en 1845 remarquait que « Les petites sociétés aristocratiques que forment certaines industries au milieu de l’immense démocratie, renferment de nos jours, comme les grandes sociétés aristocratiques des anciens temps, quelques hommes très opulents et une multitude très misérable ».

Qu’est-ce donc alors que l’égalité devant la loi, lorsque la loi est injuste, et protège surtout les plus forts .

Anatole France avait dénoncé l’hypocrisie de la bourgeoisie montante sous la révolution de 1789, qui « éleva sous le nom d’égalité l’empire de la richesse ».

D’autre part, la classe sociale dominante, détient les grands organes d’information et par ses journaux, fabrique l’opinion publique. Alors, le citoyen le plus misérable, sans abri, sans travail a-t-il réellement la même influence que les plus riches sur le cours de la politique de son pays ? Ce qui arrive le plus souvent est le désintérêt des plus démunis pour un vote qui ne les représentera pas…

 

Où en est donc la démocratie aujourd’hui, n’est-elle plus que le moins mauvais système ? Elle est certainement encore aujourd’hui le seul rempart contre le fascisme et du totalitarisme  mais s’empêtre dans de réelles contradictions.. Il semble urgent aujourd’hui de repenser la politique …

 

Annick

 

Les philosophes :

Rousseau, Du contrat social (ed Aubier)

Platon , La république, livre VIII

Spinoza, Traité théologico-politique(Garnier Flammarion)

Tocqueville De la démocratie en Amérique (Gallimard)

Max Weber, Le savant et le politique (Plon)

Julien Freund, Le savant et le politique (Plon)

Hanna Arendt, Le système totalitaire (Seuil)

 

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