Philosophie, anthropologie, métaphysique

Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 23:07
 1) Proprement et absolument, il est la faculté d'exprimer la pensée au moyen de sons dans la production desquels intervient la langue (muscle). Faculté qui découle de celle de penser.

2) Par extension :système ou ensemble de signe, phonétiques ou autres et particulièrement visuels, servant à l'expression du sentiment et de la pensée ou à l'indication d'une conduite. Langage par gestes. langage des animaux.

Il y a également un langage intérieur dans lequel les signes ne sont que pensés ou imaginés. (parole intérieure)

Dictionnaire de la langue philosophique, Paul Foulquié. PUF


Anciens articles sur le blog :
http://www.cafe-philo-de-poissy.com/article-29075759.html

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 12:52

Y a-t-il une pensée sans langage ?

 

Pour un sujet tel que celui-ci, l’approche classique –et scolaire- consisterait à examiner :

-          la thèse : oui, la pensée précède le langage, il n’y a pas de langage sans que la pensée ne soit déjà là, c’est la pensée qui crée le langage,

-          l’antithèse : non, s’il n’y a pas de langage, ce qu’on a dans la tête ne peut être qualifié de « pensée », c’est le langage qui structure la pensée,

-          quant à la synthèse, elle serait alors à déterminer en fonction des arguments avancés en toute objectivité pour ou contre l’une et l’autre des hypothèses.

 

Comme nous ne sommes pas en train de refaire une dissertation de terminale[1], j’ai essayé ici d’apporter un éclairage différent à la réflexion sur cette question. Il consiste essentiellement à « se regarder penser » pour voir comment ça se passe, afin d’en tirer des conclusions, si cela est possible.

 

Plusieurs choses sautent immédiatement aux yeux :

-          quand je pense, je le fais en général avec des mots, des phrases, que je prononce « in petto », en moi-même. Du moins, c’est ce que je fais quand j’essaie de penser de manière à peu près rationnelle, comme ce que je suis en train de faire ici et en ce moment sur ce sujet.

-          c’est aussi ce qui se produit dans des tas d’autres circonstances qui sont des « faits de l’esprit », souvent préalables à des actions : « Tiens, il est temps que j’aille faire ma toilette ». « Qu’est ce qu’on va manger à midi ? » « Il faut que j’aille chez le coiffeur demain » etc. Si le langage n’existait pas, pourrais-je me poser ce genre de questions ? Ou alors y a-t-il en nous un langage non verbal nécessaire pour « penser » les actions avant de les accomplir ?

-          la question est biaisée, fondamentalement : comment peut-on réfléchir objectivement sur le langage et la pensée, en utilisant la pensée et le langage qui sont justement les objets à étudier ? En toute rigueur, il faudrait pouvoir le faire « de l’extérieur », ou avec d’autres moyens d’investigation, comme on le fait en physique : pour observer un système, il ne faut pas être dedans, sinon on le perturbe et les mesures sont entachées d’erreurs.

 

Ensuite, comme souvent lorsqu’on étudie un problème, il faut savoir d’abord de quoi on parle exactement : qu’est ce que la pensée ? Qu’est ce que le langage ? On a l’impression qu’il n’y a pas grand-chose à en dire, tout le monde sait bien de quoi on parle ! Pas besoin de couper les cheveux en quatre ! Et pourtant…

Et pourtant, le moindre début d’analyse entraîne immédiatement des difficultés quasiment insurmontables, que nous pourrions essayer de débroussailler pour commencer la discussion. En voici quelques unes.

 

Concernant la pensée :

-          la pensée (d’après le dictionnaire Larousse) est l’ensemble des processus par lesquels l’être humain au contact de la réalité matérielle et sociale élabore des concepts, les relie entre eux et acquiert de nouvelles connaissances.

-          la pensée est-elle forcément liée à l’intelligence seule ? C'est-à-dire se réduit-elle aux idées, aux concepts, qui s’expriment ensuite par des mots et des phrases ?

-          plus largement, peut-on parler de pensée lorsque nous percevons des choses, ou que nous imaginons ? Ou placer l’intuition sensible ? L’intuition intellectuelle ?

-          lorsque des images se succèdent dans notre tête, sans qu’il y ait de mots associés, quand nous réalisons les gestes simples assurant notre survie, comme manger et boire, peut-on dire que nous pensons ?

-          lorsque nous percevons des images, des sons, de la peur, du bien-être, peut-on dire que cela se fait par l’intermédiaire d’un langage ? Où se place la pensée à ce niveau ?

-          la pensée est-elle uniquement liée au cerveau, ou bien tout le corps participe t-il à nous faire penser ? La sensation de douleur, de chaud, de froid, nous pousse à agir.

-          la pensée est-elle réservée à l’espèce humaine, et par conséquent les animaux ne possèdent-ils aucun embryon de pensée, ou bien y a-t-il un continuum dans le vivant entre l’inerte qui ne pense pas, et l’homme, en passant par tous les stades intermédiaires du développement ?

 

Qu’est ce donc que cette pensée, si évidente, si implicite, et qui nous fuit pourtant et nous échappe dès qu’on veut la cerner ?

On pourrait dire que c’est l’ensemble des phénomènes de la vie consciente, mais cela ne résout pas vraiment le problème, car il nous faudrait alors examiner également ce que c’est que la conscience, ce qui s’avère encore plus difficile…

 

Concernant le langage :

-          par langage, on entend généralement ce qui se traduit par des langues, faites de mots et de phrases obéissant à une grammaire et une syntaxe. Sa principale finalité est alors d’être un moyen de communication, permettant la description d’évènements, de faits, d’idées et de concepts. Il sert de moyen de communication avec les autres, et  la communication c’est la formulation de la pensée.

-          le vocabulaire a son importance, plus il est riche, plus il est facile de se faire comprendre. L’agencement des mots sera plus ou moins efficace, telle formulation sera plus compréhensible que telle autre. Le langage est alors un outil qui supporte la pensée. Il faut apprendre à le manipuler à l’exploiter afin de le rendre le plus efficace possible. Il doit traduire le développement intérieur.

-          Mais le langage n’est-il qu’un simple outil de communication ? Si c’est le cas, il y en a d’autres que celui qui se traduit dans des langues : le langage musical, pictural, par signes, par les attitudes du corps[2], etc, peu faits pour traduire des idées et des concepts, mais plus adaptés à la transmission des émotions et des sentiments. Si le langage est une création de la pensée, il semble qu’il puisse aussi y avoir en retour des effets du langage sur la pensée. Cela semble assez clair pour la pensée conceptuelle, le langage organisé contribuant à son tour à structurer la pensée qui lui a donné naissance. Quand notre pensée est « encombrée », écrire sur le sujet a un effet bénéfique, les choses deviennent plus claires, la pensée se structure. En notant les différents éléments qui viennent à l’esprit, les choses se précisent, les mots ont le pouvoir d’amener la pensée à évoluer. Discuter, échanger, a le même effet, permet souvent de s’ouvrir à d’autres champs, à d’autres imaginaires qui ne nous étaient pas apparus auparavant.

-          le langage traduit-il toujours bien ce qu’on veut dire ? Peut-il nous induire en erreur ? Les mots nous trahissent parfois, « nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, nous ne sommes pas connectés » …. Le langage est alors  insuffisant.

De même une émotion, nous la traduisons sous forme de couleurs, de sensations de chaud de froid. Le fait de parler de traduction montre que la pensée existe sans l’aide d’outil. L’imaginaire relève du même phénomène. Marche-t-on par associations d’idées  qui prennent la forme de mots, mais imaginer une situation future, une machine, va nous pousser vers la visualisation d’images et non de mots.

 

 

En guise de conclusion personnelle : j’ai le sentiment que si je n’avais pas de langue pour m’exprimer, ma pensée serait certainement plus pauvre. Mais serait-elle inexistante ? Que resterait-il ? Cette question est à jamais insoluble, car l’expérimentation en ce domaine est impossible. Claude Hagège, éminent linguiste, se contente de dire que ce qui caractérise la pensée humaine, ce « n’est pas le langage, mais la faculté de langage »[3], indiquant par là que le cerveau de l’homme a, de manière innée, la capacité, la potentialité de créer des langues, diverses, pour exprimer sa pensée.

 

Enfin, pour nous rapprocher du sujet traité au Café-Philo de Poissy le 11 mars prochain, et bien que ce soit un autre débat, on pourrait orienter la réflexion, en fin de réunion, sur l’utilisation du langage à diverses fins, et en particulier à fins politiques.[4]



[1] Voir par exemple « Le coin philosophique » de Pierre Fauquemberg : http://djaphil.fr/sujets/sujet-peut-on-penser-sans-langage-53

 

[2] Amusant : sur le site de Pierre Fauquemberg déjà cité, une publicité : « Découvrez le langage silencieux pour séduire un homme »…

[3] Claude Hagège : « L’homme de paroles » 1985 Chapitre 1

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 08:56

         

 

          Avec ce sujet, nous n’aurons probablement pas trop de mal à tomber d’accord sur la définition des termes ! Il faudra pourtant nous demander ce que ce « nous » signifie : une collection d’individus qui écrivent chacun leur propre histoire ou  une collectivité, par exemple une nation ou même l’ensemble des êtres humains qui écrivent l’Histoire avec un grand H. Mais, après tout, les deux ne sont-ils pas nécessairement liés ?

          Quoi qu’il en soit, il est clair que nous abordons là les thèmes de la liberté, de la responsabilité et de la destinée humaine.

Mais, prenons les choses une à une. Tout d’abord, un individu écrit-il son histoire et dans quelle mesure ?

          Les avis peuvent diverger du tout au tout. Pour les déterministes, tout est déjà « décidé ». L’individu ne fait que vivre une histoire qui est déjà écrite. Ce point de vue radical peut prendre diverse formes par exemple « scientifique » (on n’échappe pas à ses gènes) ou religieux (c’est la volonté de Dieu). On peut rapprocher cette position de celle de certains psychologues qui estiment que « tout se joue avant six ans » : ceci signifiant que le rôle de l’éducation sociale et parentale est déterminante (on n’échappe pas à son passé).

          D’autres pensent que, certains paramètres sont prédéterminés mais qu’il reste une marge de manœuvre. Par exemple l’astrologie décrit les traits de caractère, les goûts,les préférences, etc.  des différents signes du zodiaque, affine avec le thème de chacun  mais estime que tout individu a sa propre façon de vivre ces caractéristiques. D’autres psychologues on un point de vue différent et affirment que « nous pouvons toujours faire quelque chose avec ce que nos parents ont fait de nous » ! Ce dernier point de vue explique la naissance de la  psychanalyse avec Freud, puis des divers courants de psychothérapie. En effet, pourquoi entreprendrait-on une démarche de ce genre si rien ne pouvait changer !

 

          Si l’on veut être plus précis lorsque l’on parle du  courant de pensée qui défend l’idée que l’individu n’est pas libre de ses choix, il faudrait parler de « nécessitarisme » plutôt que de déterminisme qui au sens propre du terme s’applique dans le champ scientifique et qui implique que les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Le nécessitarisme étant un déterminisme psychologique.

Dans le même ordre de pensée, il faut, bien entendu, évoquer le fatalisme. On pense, bien entendu, au fatalisme religieux avec l’Islam, mais aussi avec le jansénisme et une partie du protestantisme. Ainsi, Weber évoque dans son ouvrage « l’Ethique du protestantisme » le fait que la grâce divine étant donnée ou non à chacun indépendamment de son comportement, les individus travaillent pourtant avec ardeur et s’appliquent à gagner beaucoup d’argent. Ils n’espèrent pas ainsi gagner leur paradis mais « vérifier » qu’ils font partie de ceux qui bénéficient de la grâce. Les nécessiteux en étant, à l’évidence, dépourvus !

          Le fatalisme est aussi une doctrine stoÏcienne, encore que les StoÏciens n’excluent pas la liberté. En effet, ils considèrent que, même si tout est déterminé, chaque individu réagira  au destin à sa propre façon. Au siècle des lumières, Diderot développera aussi des idées proches mais plus radicales avec le Nécessitarisme moderne. Pour lui, ce sont des causes extérieures à nous qui « nous font agir », il n’y a ni a ni ne peut y avoir d’êtres libres.

          La position fataliste est intéressante en ce sens qu’elle peut produire des effets contradictoires: par exemple une bravoure à toute épreuve puisque la mort cueillera indifféremment sa proie sur le champ de bataille ou dans son lit. On lui attribue généralement l’attitude contraire à savoir la paresse : à quoi bon s’agiter si tout est écrit.

 

Bien entendu, ces différents points de vue ont été critiqués, parfois de façon plaisante. Cicéron, par exemple se moque du fatalisme en évoquant le malade qui mourra ou guérira de sa maladie quoi qu’il fasse. Dans ces conditions, pourquoi appeler le médecin ! Quand à Niels Bohr, il remarque que même les fatalistes les plus radicaux regardent avant de traverser !

 

          Et si nous écrivions notre histoire ?

          Nous avons vu que même les nécessitaristes et certains fatalistes reconnaissent à l’être humain un certain degré de liberté. Même si notre liberté n’est pas entière, est-il possible d’exclure notre responsabilité dans le déroulement de notre vie ?

Dans la mesure où il semble difficile d’affirmer autre chose que notre propre point de vue sur le sujet, il me paraît plus intéressant de nous demander ce qu’il vaut mieux croire pour augmenter notre bien être et nos chances de vivre une vie qui ait du sens  pour nous. Et comme il semble que les hypothèses que nous posons influencent les résultats que nous obtenons, Je voterai résolument pour la responsabilité qui, suppose, bien sûr la liberté d’écrire son histoire, même si, il faut bien avouer que la chose n’est pas aisée pour tous ni à tous moments.

 

 

          Si le « nous » est pris dans un sens collectif, nous pouvons aussi nous demander si nous écrivons notre Histoire. A l’évidence, ces différents courants de pensée peuvent s’appliquer à cette question. Elle en pose néanmoins une autre. Notre attitude individuelle de tous les jours contribue-t-elle à écrire l’Histoire ?

Il y a fort à parier que les adversaires du fatalisme radical qui sont probablement plus nombreux aujourd’hui que leurs tenants déclareront que oui, notre attitude a une influence sur le cours de l’Histoire. En effet, si ce n’est pas le résultat final de l’action de chacun d’entre nous, qui donc est en mesure de l’écrire ? Nos hommes politiques, nos dictateurs, nos gourous sont-ils arrivés où ils sont par hasard ?

Il est clair que, même si nous avons conscience « d’y être pour quelque chose », cette responsabilité est tellement diluée que grande est la tentation d’imiter Ponce Pilate… Les autres ou le « destin » seront les grands responsables …

 

Josiane

 

 

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 10:15
Barbe - bleue, rouge - sang,  rouge - colère ; bain de sang ;
Armes de destruction massive, armes sophistiquées, biologiques, ou simplement  
                                                                    le couteau de cuisine ou la machette ;
Rien ne résiste à ce néant de l’âme ;
Bien au-delà des coups eux-mêmes, il faut absolument
Anéantir tout ce qui fait l’autre dans ce qu’il a de plus humain ; ne
Rien laisser qui puisse nous rappeler l’étincelle divine en chacun de nous ; l’
Identité doit être bafouée, piétinée, dépecée. Ce n’est pas tuer l’autre 
                                                 l’important ; c’est détruire tout ce qu’il peut être.
Eventrée, éviscérée, écartelée physiquement mais aussi bien sûr moralement, la
                          personne humaine dérangeait. Il fallait à tout prix évincer toute
                          particule qui puisse nous ramener à l’idée de son intégrité                  
                          (culturelle, physique ou morale).

                                                   **********

                   Cependant, les particules voyagent dans l’univers, et quelqu’un, un jour, va se souvenir de ce massacre ; et sans doute reprendre la mémoire de ce qui était avant l’anéantissement, afin de tenter d’apprivoiser la paix. Il est du moins indispensable, je crois, de conserver cet espoir en nous. Je ne sais pas s’il y a Dieu quelque part, mais je crois qu’en tant qu’humains, on a intérêt à éviter autant que possible la barbarie. Toutefois, la violence cachée, sociale, économique, à mes yeux fait partie de la barbarie, et elle est aussi difficile à enrayer que la barbarie sanguinaire.

                                                                                                                             Claire
Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 20:04


 Etre humain, ça s'apprend
?
Piloté par Angélique

Un fonctionnement un peu différent désormais puisque les articles du blog seront rédigés quasi-exclusivement par ceux qui ont choisi les sujets(pour l'instant les animateurs du café-débat). Dans le cas où ils seraient dans l'impossibilité de le faire, il n'y aura pas d'article. Veuillez nous en excuser par avance.

Les commentaires sont ouverts.

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 17:57

le 8 octobre :
Une réalité peut-elle être virtuelle ?
Restaurant La Mama à 20H30 au premier étage.

Piloté par Isabelle
1) Recherche sémantique
2) Le virtuel et les nouvelles technologies


Un fonctionnement un peu différent désormais puisque les articles du blog seront rédigés quasi-exclusivement par ceux qui ont choisi les sujets(pour l'instant les animateurs du café-débat). Dans le cas où ils seraient dans l'impossibilité de le faire, il n'y aura pas d'article. Veuillez nous en excuser par avance.


Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /2009 18:34

Avec internet et les jeux vidéos, nous sommes entrés dans ce que certains nomment "l'ère du virtuel" . Nous pouvons avoir une existence dans ce monde virtuel sur des sites tels que Face book, Second life, où nous pouvons acheter, nous faire des amis, visiter des musées, des maisons,créer des entreprises etc. Sur la wii, nous pouvons être performant au tennis alors que nous sommes nuls à ce sport dans la vie . De quelle genre de réalité s'agit-il exactement ? Quelle différence y-a-t-il entre un utilisateur d'une technologie moderne et un "no life" qui vit dans le virtuel au point de ne plus sortir de chez lui . Passer sa vie sur Second life nous conduit-il à devenir un "no life" ? Le monde virtuel s'inscrit-il dans la continuité de notre culture où instaure-t-il une rupture avec les valeurs et les idéologies de l'époque moderne ?

 

 

 

Définition, d'après Fuchs, Le Traité de la réalité virtuelle, 1996 :

La réalité virtuelle est une simulation informatique invasive, visuelle, sonore et/ou haptique, d'environnements réels ou imaginaires.

Sa finalité est de permettre à un ou plusieurs personnes une activité sensori-motrice et cognitive

dans un monde artificiel, créé numériquement, qui peut être imaginaire, symbolique ou une simulation de certains aspects du monde réel.

L'expression « réalité virtuelle » remonterait à Antonin Artaud qui définit ainsi le théâtre dans son essai Le théâtre et son double, 1938

 

 

 

 

Second Life, un des des exemples de réalité virtuelle les plus connus:

Second Life est un monde virtuel en 3D, créé en 2003 par Linden Labs. Il s'agit d'un monde vierge à coloniser, à peupler, à développer et à construire ensemble. On arpente ce monde dans la peau d'un « avatar » (sorte de double à personnaliser) où rien n'est construit à l'avance, aucune règle n'est prédéfinie. Il a été défini comme « Un environnement social imprévisible et dynamique ».

Ce n'est pas un jeu de rôle car il n'y a pas de mission à accomplir. Le lien avec la réalité est l'argent. En effet, l'argent gagné dans ce jeu peut être converti en dollars.

Second Life n'est donc pas qu'un jeu copiant la réalité, il en constitue une extension.

 

Second Life et l'ère du cyborg : les relations entre « l' âme » et le corps :

Il propose aux usagers les moyens d'accéder à une seconde vie . Mais quelle vie? Une double vie? Une autre vie? Pour quoi faire? Comment s'articulent la vie réelle et la vie virtuelle?

Pour Françoise Choay, historienne de l'architecture, le recours à la 3D et à la création assistée par ordinateur soulève la question de notre condition d'homme. «  Nous vivons de moins en moins par notre corporéité ». En effet, l'échelle d'action de l'usager d'un ordinateur connecté au réseau et inscrit à Second Life se résume au pouvoir des doigts qui tapent sur les touches du clavier et des yeux qui regardent ce qui se joue sur l'écran de l'ordinateur. De fait, les potentialités du corps de l'usager sont mises en sourdine : le corps est atrophié, la seule gymnastique possible est une variation de position entre le clic, l'attente et la frappe sur le clavier Pour F. Choay, on retrouve cette posture chez certains architectes qui projettent dans la réalité un monde d'images virtuelles : ils ne font plus appel à tous leurs sens, à leur corps entier, oubliant leur main qui dessine, négligeant la sensibilité de leur peau, les mouvements de leurs jambes, de leurs bras. C'est tout le problème pour F. Choay pour qui « nous n'accédons à la condition d'homme, au statut de vivants dotés de la parole et du pouvoir symbolique, que par la médiation de cet objet naturel qu'est notre corps ». Or, Second Life ne promet pas et ne permet pas de basculer physiquement dans un monde de données.

En revanche, la puissance de déplacement de l'avatar est sidérante: il peut voler et se téléporter. Ces capacités héritées du jeu vidéo permettent de découvrir et de percevoir différemment un environnement issu de données. Cependant, contrairement au jeu vidéo, les avatars possèdent une dimension psychologique complexe et trouble : dés lors que le dialogue s'établit, le mystère de la rencontre humaine se joue.

Ainsi, il semble que les rapports entre l'humanité de l'homme et son corps soient au coeur de ce débat. Cette question apparaît également dans la réflexion sur l'homme/machine, les clones, les cyborgs qui constituent d'autres extensions du corps humain, voire d'autres alternatives. L'homme a toujours rêvé que la conscience échappe à la décomposition, à la mort corporelle, le corps étant le signe d'une insupportable finitude, un frein au désir d'absolu et d'éternité censé caractériser l'homme. Cette conviction expliquerait que la plupart des sagesses, occidentales ou orientales, invitent à faire abstraction du corps afin d'en émanciper l'âme ou de coincider avec le Tout. Il n'est donc pas étonnant que les hautes technologies qui contribuent à dématérialiser les corps, en les convertissant, par exemple, en flux d'informations ou en les réduisant à leur structure microphysique, rencontrent ces sagesses et s'en réclament parfois. Le dualisme de la pensée et de la matière affirmé par Descartes est la forme moderne qu'a prise la disqualification ancestrale du corps. Avec Descartes, l'homme ne devait qu'à son âme d'échapper à l'animal, son corps représentant ce qu'il y avait de plus « inessentiel », obstacle à l'autonomie, à l'émancipation de la raison. Il semble donc que nous ayons eu depuis toujours l'obsession de mettre à la raison ce corps qui nous impose des limites, de le discipliner jusqu'à l'effacer. Ce désir de dépasser la corporéité qui nous rive au sol et nous condamne à mourir un jour est paradoxal car il mettrait un terme au désir qui a besoin du corps pour se manifester.

         Cette question est cruciale à l'heure actuelle où les développements technologiques laissent augurer une relève de l'humanité par quoi nous serions dispensés de naître, de souffrir et de mourir : fin de la naissance, grâce aux perspectives ouvertes par le clonage et l'ectogenèse; fin de la maladie, grâce aux promesses des biotechnologies et de la nanomédecine; fin de la mort non voulue, grâce aux techniques dites d'uploading, téléchargement de la conscience sur des matériaux inaltérables dont les puces de silicium ne sont que la préfiguration.

          Le transhumanisme dessine un avenir où le corps n'aura plus sa part, ni non plus aucun des déterminismes (psychobiologiques ou sociaux) qui nous enchaînent à la nécessité et font de nous de simple données naturelles. Le fantasme de l'homme remodelé, puis intégralement fabriqué, fait plus que jamais partie de l'imaginaire d'aujourd'hui. Il est dans la continuité des illusions générées par la modernité.

 

 

Virtuel et psychalalyse:

Alors que la vie réelle est structurée par le travail, la vie personnelle et les affaires familiales, les nouvelles technologies activent en chacun l'illusion que les pulsions et les désirs n'ont aucun obstacles à franchir pour être gratifiés. En ce sens, Second Life offre un exemple de perception de la réalité qui rencontre une trace profondément enfouie et oubliée dans les représentations d'un plaisir sans limites. Ce n'est pas un hasard si Internet est devenu en quelques années un objet d'addictions. Ce nouveau média propose des formats de communication et de recherche d'informations sans clôtures, les plus accros témoignant du sentiment de liberté, d'autonomie, de puissance qu'Internet leur procure.


          Second Life appartient à ces univers offerts par les nouvelles technologies qui, dans la continuité des chats, conjuguent la virtualité des dimensions matérielles physiques (l'espace et le corps) avec l'actualité du temps réel et des conversations écrites. Dans l'environnement d'un monde multimédia en 3D, l'avatar mime les comportements de la vie quotidienne, donne la sensation d'être en présence d'autre participants. L'individu derrière son écran éprouve un sentiment de continuité entre ce qui est vu et projeté sur l'écran et ce qui est ressenti au même moment dans la réalité. Comme dans le rêve, on se voit dans une réalité dédoublée, ce qui pose la question de l'imaginaire et du désir au coeur des relations entre jeu et réalité, perceptions et représentations, dedans et dehors.


          Le désir se définirait comme la recherche psychique et pulsionnelle interne qui vise à retrouver la jouissance première dont la trace est inconsciemment fixée. Dans l'addiction avec Internet, et particulièrement avec Second Life, c'est que ce monde virtuel offre une perception de la réalité qui restaure des sensations, des émotions agréables que les véritables accros ne ressentent plus dans d'autres contextes.

Ces perceptions plongeraient leurs racines dans l'unité duelle de la mère et du nourisson. Dans ce monde dont on a perdu le souvenir conscient, l'unité du moi-mère constitue l'horizon de notre univers infini, où les besoins n'ont pas à s'exprimer qu'ils sont déjà satisfaits, sources d'un plaisir perceptif et sensoriel illimités. Arraché à ce sentiment de béatitude, disait Freud, le sujet ne cessera plus d'aspirer à retrouver, quitte à l'halluciner, cette présence enveloppante à l'origine de la jouissance de notre être au monde. En ce sens, Second Life est une métaphore de l'expérience de communication sensorielle originelle qui fonde le lien à l'objet de dépendance et l'envie d'y retourner afin de jouir sans fin des sensations et des émotions qu'il procure.       
          Or, dans Second Life, la réalité extérieure ne vient pas barrer ce désir impossible de fusion. L'internaute retrouverait sans limites, dans le plaisir régressif d'être connecté en permanence, une représentation du maternel oublié.

 

 

Isabelle

 

Bibliographie à venir!

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 12:16

Rodin - La main de Dieu

J'ai lu récemment un livre de Richard Dawkings : « Pour en finir avec dieu ». L'auteur est un biologiste professeur à l'université d'Oxford. Il professe un athéisme militant. Mais si Michel Onfray raille les trois religions du livre, lui utilise sa méthode d'analyse scientifique pour réfuter les arguments des croyants. Et principalement la théorie du dessein intelligent. Deux chapitres concernent notre prochaine réunion.

Chapitre 6 : Les racines du sens moral ; pourquoi sommes-nous bons ?

Notre sens moral a-t-il une origine darwinienne ?

Étude de cas aux racines de la moralité.

Si Dieu n'existe pas, pourquoi être bon ?

Chapitre 7 : La « sainte bible » et les changements du Zeitgeist* moral

L'ancien testament.

Le nouveau testament vaut-il mieux ?

Tu aimeras ton prochain.

Le zeitgeist moral.

Et Hitler et Staline ? N'étaient-ils pas athées ?

* Le zeitgeist est, pour lui, une amélioration continue (avec des reculs temporaires) de la conscience morale et globale de l'humanité.

Un livre intéressant, qui nous aide à démonter certains arguments des divers croyants et transformer leurs affirmations en baudruche dégonflée. Ceci, bien que son auteur semble avoir une religion : La théorie de l'évolution; et un dieu, Darwin.

Jean-Louis

 

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 09:33

Si Die  u n'existe pas, est-ce que tout est permis ?
le 09 octobre 2008
Restaurant La Mama à Poissy à 20H30

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /2008 13:11











L'Homme, le Bien, le Mal - Axel Kahn et Christian Godin - Stock

Note de l'éditeur
""Si Dieu n'existe pas,alors tout est permis", faisait dire Dostoïesxski à l'un de ses personnages.
Est-ce vrai? A-t-on besoin de Dieu pour fonder une morale, pour élaborer les règles du vivre-ensemble? Une approche pluridisciplinaire faisant appel à la philosophie, aux sciences humaines, à l'ethnologie, aux neurosciences permet-elle d'élaborer une éthique délivrée des commandements révélés mais soucieuse de s'enraciner dans des principes?
L'essai d'une morale sans transcendance qui est ici proposé parcourt tous les grands domaines où il est nécessaire et urgent de voir clair pour agir de façon "raisonnable et humaine" pour reprendre des adjectifs qu'affectionne Axel Kahn.


L'homme-Dieu ou le Sens de la vie- Luc Ferry- Grasset

Note de l'éditeur
" Jadis prise en charge par la philosophie et les grandes religions, l'antique question du sens de la vie semble avoir déserté la sphère publique. Laïcité oblige, elle est devenue affaire privée, réservée au domaine de l'intime. C'est donc seul que l'individu moderne doit faire face aux expériences cruciales de l'existence : celles du deuil, du mal radical, de l'amour. L'hypothèse principale du livre est qu'au-delà des apparences, la question du sens se recompose lentement sur la base d'un double processus. D'une part l'humanisation du divin qui caractérise depuis le XVIIIe siècle la montée de la Laïcité en Europe. Au nom de la liberté de conscience, du rejet des dogmatismes, le contenu de la Révélation chrétienne n'a cessé d'être "humanisé", traduit dans le langage du siècle..."
Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

  • : Café-débat de Poissy
  • Café-débat de Poissy
  • : culture philosophie débat d'idées Culture
  • : Bienvenue à tous sur le blog du café-débat de Poissy qui entame sa huitième année d'existence. Ces séances ont lieu le 2e jeudi de chaque mois au restaurant "La Mama' de Poissy. Chaque mois un thème est sélectionné, sur lequel nous réfléchissons tous ensemble. C'st un moyen aussi de retrouver la convivialité des discussions autour d'un café, renouer avec la tradition des débats d'idées. Chacun vient avec ce qu'il est, ce qu'il pense, ce qu'il sait, sa curiosité et son envie d'échanger.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • : 29/02/2008
  • Contact

Recherche

Bergson, Nietzsche et cie...

 

 
                                           

Derniers Commentaires

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés