Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 08:56

         

 

          Avec ce sujet, nous n’aurons probablement pas trop de mal à tomber d’accord sur la définition des termes ! Il faudra pourtant nous demander ce que ce « nous » signifie : une collection d’individus qui écrivent chacun leur propre histoire ou  une collectivité, par exemple une nation ou même l’ensemble des êtres humains qui écrivent l’Histoire avec un grand H. Mais, après tout, les deux ne sont-ils pas nécessairement liés ?

          Quoi qu’il en soit, il est clair que nous abordons là les thèmes de la liberté, de la responsabilité et de la destinée humaine.

Mais, prenons les choses une à une. Tout d’abord, un individu écrit-il son histoire et dans quelle mesure ?

          Les avis peuvent diverger du tout au tout. Pour les déterministes, tout est déjà « décidé ». L’individu ne fait que vivre une histoire qui est déjà écrite. Ce point de vue radical peut prendre diverse formes par exemple « scientifique » (on n’échappe pas à ses gènes) ou religieux (c’est la volonté de Dieu). On peut rapprocher cette position de celle de certains psychologues qui estiment que « tout se joue avant six ans » : ceci signifiant que le rôle de l’éducation sociale et parentale est déterminante (on n’échappe pas à son passé).

          D’autres pensent que, certains paramètres sont prédéterminés mais qu’il reste une marge de manœuvre. Par exemple l’astrologie décrit les traits de caractère, les goûts,les préférences, etc.  des différents signes du zodiaque, affine avec le thème de chacun  mais estime que tout individu a sa propre façon de vivre ces caractéristiques. D’autres psychologues on un point de vue différent et affirment que « nous pouvons toujours faire quelque chose avec ce que nos parents ont fait de nous » ! Ce dernier point de vue explique la naissance de la  psychanalyse avec Freud, puis des divers courants de psychothérapie. En effet, pourquoi entreprendrait-on une démarche de ce genre si rien ne pouvait changer !

 

          Si l’on veut être plus précis lorsque l’on parle du  courant de pensée qui défend l’idée que l’individu n’est pas libre de ses choix, il faudrait parler de « nécessitarisme » plutôt que de déterminisme qui au sens propre du terme s’applique dans le champ scientifique et qui implique que les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Le nécessitarisme étant un déterminisme psychologique.

Dans le même ordre de pensée, il faut, bien entendu, évoquer le fatalisme. On pense, bien entendu, au fatalisme religieux avec l’Islam, mais aussi avec le jansénisme et une partie du protestantisme. Ainsi, Weber évoque dans son ouvrage « l’Ethique du protestantisme » le fait que la grâce divine étant donnée ou non à chacun indépendamment de son comportement, les individus travaillent pourtant avec ardeur et s’appliquent à gagner beaucoup d’argent. Ils n’espèrent pas ainsi gagner leur paradis mais « vérifier » qu’ils font partie de ceux qui bénéficient de la grâce. Les nécessiteux en étant, à l’évidence, dépourvus !

          Le fatalisme est aussi une doctrine stoÏcienne, encore que les StoÏciens n’excluent pas la liberté. En effet, ils considèrent que, même si tout est déterminé, chaque individu réagira  au destin à sa propre façon. Au siècle des lumières, Diderot développera aussi des idées proches mais plus radicales avec le Nécessitarisme moderne. Pour lui, ce sont des causes extérieures à nous qui « nous font agir », il n’y a ni a ni ne peut y avoir d’êtres libres.

          La position fataliste est intéressante en ce sens qu’elle peut produire des effets contradictoires: par exemple une bravoure à toute épreuve puisque la mort cueillera indifféremment sa proie sur le champ de bataille ou dans son lit. On lui attribue généralement l’attitude contraire à savoir la paresse : à quoi bon s’agiter si tout est écrit.

 

Bien entendu, ces différents points de vue ont été critiqués, parfois de façon plaisante. Cicéron, par exemple se moque du fatalisme en évoquant le malade qui mourra ou guérira de sa maladie quoi qu’il fasse. Dans ces conditions, pourquoi appeler le médecin ! Quand à Niels Bohr, il remarque que même les fatalistes les plus radicaux regardent avant de traverser !

 

          Et si nous écrivions notre histoire ?

          Nous avons vu que même les nécessitaristes et certains fatalistes reconnaissent à l’être humain un certain degré de liberté. Même si notre liberté n’est pas entière, est-il possible d’exclure notre responsabilité dans le déroulement de notre vie ?

Dans la mesure où il semble difficile d’affirmer autre chose que notre propre point de vue sur le sujet, il me paraît plus intéressant de nous demander ce qu’il vaut mieux croire pour augmenter notre bien être et nos chances de vivre une vie qui ait du sens  pour nous. Et comme il semble que les hypothèses que nous posons influencent les résultats que nous obtenons, Je voterai résolument pour la responsabilité qui, suppose, bien sûr la liberté d’écrire son histoire, même si, il faut bien avouer que la chose n’est pas aisée pour tous ni à tous moments.

 

 

          Si le « nous » est pris dans un sens collectif, nous pouvons aussi nous demander si nous écrivons notre Histoire. A l’évidence, ces différents courants de pensée peuvent s’appliquer à cette question. Elle en pose néanmoins une autre. Notre attitude individuelle de tous les jours contribue-t-elle à écrire l’Histoire ?

Il y a fort à parier que les adversaires du fatalisme radical qui sont probablement plus nombreux aujourd’hui que leurs tenants déclareront que oui, notre attitude a une influence sur le cours de l’Histoire. En effet, si ce n’est pas le résultat final de l’action de chacun d’entre nous, qui donc est en mesure de l’écrire ? Nos hommes politiques, nos dictateurs, nos gourous sont-ils arrivés où ils sont par hasard ?

Il est clair que, même si nous avons conscience « d’y être pour quelque chose », cette responsabilité est tellement diluée que grande est la tentation d’imiter Ponce Pilate… Les autres ou le « destin » seront les grands responsables …

 

Josiane

 

 

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Philosophie, anthropologie, métaphysique - Communauté : Cafés-débats
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