Café-débat de Poissy
Restaurant La Mama
le 11 mars à 20H30







"Langage et politique"à Poissy, le 11 mars 2010
"Y a t-il une pensée sans langage ?"
à Saint-Quentin le 6 mars
2010
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EXISTE -T-IL UNE REALITE VIRTUELLE ?
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L'expression "réalité virtuelle" semble antinomique .
A) D'après le Robert, la réalité est "ce qui ne constitue pas seulement un concept, mais une chose, un fait ; la réalité de la
matière . C'est le caractère de ce qui existe en fait, qui n'est donc pas une invention, une illusion, une apparence . C'est encore ce qui est actuel, donné comme tel par l'esprit : connaissance,
description de la réalité par la science; c'est aussi la réalité intérieure, psychologique et morale .
Le sens le plus courant est celui de "la vie, l'existence réelle par opposition aux désirs, aux illusions, aux rêves .
B)Le virtuel désigne au contraire "ce qui n'est qu'en puissance, qui est à l'état de simple possibilité : possible, potentiel, le marché
virtuel d'un produit ; à l'état virtuel = latent .
En physique, le travail virtuel est le travail des forces appliquées à des déplacements virtuels ou fictifs; particules virtuelles = particules fictives permettant d'expliquer l'interaction entre
les quantons .
En optique, un objet virtuel est un objet formé par l'intersection de rayons convergents issus d'un système d'optique .
En informatique, on parle de mémoire virtuelle, de disque virtuel .
C'est aussi ce qui concerne la simulation de la réalité par des images de synthèse tridimensionnelles : réalité virtuelle, monde virtuel, cybermonde ; musée virtuel, visite virtuelle sur internet
; l'ère du virtuel ."
C) Le verbe exister signifie :
"- avoir une réalité, être . C'est
l'univers, le monde, la nature, le réel .
vivre
avoir de l'importance, de la valeur = compter"
Ainsi, le verbe "exister" s'apparente d'emblée au substantif "réalité"puisqu'exister, c'est avoir une réalité de fait .
A l'opposé, on ne saurait assimiler le virtuel qui est de l'ordre du possilble, donc non réalisé, au réel qui
appartient au fait, qui est actualisé, c'est-à-dire qui s'exprime dans le temps et l'espace . Le virtuel peut ou non s'actualiser. Si le virtuel et le réel semblent antinomiques, il existe
cependant un passage de l'un à l'autre puisque le virtuel peut s'actualiser et devenir réel. Ce qui s'oppose le plus radicalement au réel serait plutôt la fiction.
La langue exprime ces nuances dans les modes de la conjugaison : le réel est le domaine de
l'indicatif qui permet d'actualiser une action ( Je marche = présent, Je marchais, j'ai marché etc = passé, je marcherai = futur ) ; le subjonctif
est le mode du virtuel en tant qu'il exprime la volonté, le sentiment (Je souhaite qu'il vienne= Sa venue est purement virtuelle, l'accent est mis sur le sentiment) . Le subjonctif dans la
pooposition principale exprime le souhait (Vive la France!), le regret, l'ordre( Qu'il entre.), la défense(Que personne n'entre.), l'éventualité (Qu'il puisse arriver le premier me chagrine.), la
supposition (Soient deux triangles...).
D) Limites de ces distinctions :
1) Platon
On a dit que la réalité, c'est ce qui existe . Or, la tradition philosophique nous met en garde contre une
telle affirmation . Dans le mythe de la caverne, Platon dit que ce que nous prenons pour la réalité n'est en fait que des ombres projetées sur la paroie d'une caverne . Nous ne pourrons regarder
la réalité qu'en acceptant un arrachement douleureux à nos illusions . Donc, nos sens nous trompent . Au sommet de la philosophie platonitienne se trouve une réalité intelligible, le monde des
Idées que Platon admet comme seule réalité .
2) Descartes
Les cartésiens ne sont pas plus optimistes quant à la fiabilité de nos sens : Descartes invente le doute méthodique afin de rejeter toute incertitude . On sait qu'in fine, il ne reste que le
fameux cogito .
Or, il est intéressant de remarquer que ce qui est rejeté est bien la réalité sensible puisque nos sens qui, seuls permettent d'appréhender cette réalité, ne sont pas fiables . L'existence de la réalité de fait est réfutée .
La seule certitude est de l'ordre de la spéculation, c'est celle d'une conscience réflexive .
A travers ces deux exemples qui représentent des courants très importants dans la tradition philosophique occidentale, on voit que la réalité sensible peut être mise en question au profit de la
réalité spéculative : on entre dans les domaines de la métaphysique et des mathématiques où la cohérence et la logique du raisonnement sont les garants d'une construction virtuelle .
3) La psychanalyse
C'est une autre réalité qui va acquérir du crédit : il s'agit de notre réalité intérieure, de notre vie imaginaire où nos rêves, nos
désirs, nos illusions vont être considérés comme tout aussi importants que l'actualisation de nos actes . En effet, ces derniers peuvent être déterminés par cette réalité
psychique qui relève pourtant de notre monde imaginaire . Notre monde imaginaire peut également être la seule réalité psychique vécue par une personne : nos désirs peuvent faire l'objet d'une
rêverie mais ne se transformeront pas nécessairement en actes . On peut évoquer dans le même ordre d'idées le phénomène de catharsis qui permet de "purger l'âme de ses passions" sans passer par
un passage à l'acte .
A contrario, le domaine pénal va chercher, par une enquête, à déterminer la culpabilité ou l'innocence d'une personne en établissant la preuve de l'existence
d'actes réels, actualisés . Certes les juges s'intéressent à la réalité intérieure des personnes en prenant en compte des éléments tels que la préméditation, la folie, la passion, pour nuancer
leur jugement. Quoiqu'il en soit, la société punit pour des actes, non pour des pensées .
En revanche, la religion chrétienne s'intéresse davantage à la vie intérieure puisqu'on peut "pêcher"tant en acte et qu'en pensée.
Isabelle


