Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 20:49

Salut les Aminches !

 

  C’est moi, Raoul. Y paraît que vous allez causer de l’amitié.   

  Voilà.

  Cela fait deux ans que Dédé il a mis les voiles ; il a cassé sa pipe, quoi. Eh bien, je n’m’en remets pas.   Dédé, c’était … mon pote, mon copain, mon poteau …  Mon ami, quoi.  

  Comment dire ?

  Avec Dédé, on avait rarement de grands discours. On se parlait, bien sûr. On pouvait aussi, à l’occasion, rester une soirée entière sans échanger plus de dix phrases. On s’comprenait comme ça, on savait qu’on pensait la même chose sur la vie.

  On s’connaissait depuis la communale avec Dédé. Y respectait mes coups de blues, j’respectais ses coups de gueule.

 

  Dédé, c’était « mon Noël, mon Amérique à moi » comme dit la chanson (de qui ?). Mon rayon de soleil, en tout cas. Avec lui, y pouvait rien m’arriver, et l’inverse vaut tout autant. On était sûrs de toujours être là, ensemble.

  On en a fait des choses tous les deux ! Du temps de la fabrique rue du Faubourg Saint- Antoine, lors des grandes grèves, par exemple. Ou parfois, y nous arrivait de partir en virée rien que nous deux, sous le nez de nos familles qui faisaient la tronche. On n’était pas méchants, on partait deux ou trois jours, et on leur téléphonait. On s’bourrait un peu le pif, sans exagérer non plus (Dédé était un Normand ; il n’a jamais fait dans l’excès).

 

  Des potes du bistrot où on tapait la belote ont bien essayé de nous séparer. Bagarres, insultes, calomnies. On nous traitait parfois d’homosexuels, avec tout le mépris qu’on peut mettre quand on veut être méprisant. Mais cela glissait sur nous comme sur les pl ….  d’un c …. . On s’en fichait royal. Rien ne pouvait nous atteindre. De plus, on faisait pas trop dans les préjugés.

  On était toujours en phase. Y suffisait d’un regard à l’autre bout du bistrot, et l’évidence était là.

  Parfois, on s’rencontrait par hasard, sans s’être concertés, Place Blanche ou ailleurs. Et chaque fois que je l’apercevais, le soleil se pointait aussi sûrement que mon chat quand j’ouvre la porte du frigo.

 

  Maintenant, le monde est vide.    T’es où, Vieux ?    Tu me manques.

 

  Ma femme aussi elle a passé, y a d’ça quelques années. Elle me manque aussi, bien sûr. On formait un couple comme qui dirait « uni », malgré les fâcheries, les fugues, le diable par la queue. C’était une bonne épouse, je la regrette.

  Mais Dédé … On peut dire que j’l’aimais ; y s’agit d’aut’chose. Voyez-vous, on n’a jamais pensé qu’on pouvait se « toucher ». Pourtant, on s’serrait parfois fort dans les bras l’un de l’autre.  Dans les années de galère, ça nous est souvent arrivé de  dormir par terre, dehors, blottis l’un contre l’autre. On s’posait pas d’questions. Avec Elise, ma femme, cette chose-là était plutôt compliquée.  « Pourquoi tu veux pas ?  Tu n’m’aimes plus ? J’te plais plus ? » Or, la jalousie nous faisait parfois partir en vrille, comme on dit, alors c’était dispute et compagnie.

 

  Dédé, c’était le soleil en évidence. Désormais, ma vie n’est plus qu’incohérence.

  Je ne sais même plus compter les atouts à la belote. Et j’me fous complètement de ce que racontent les copains. Y a plus qu’mon chien, Baron, qui me retienne.

 

  J’ai préparé mon baluchon, donné mon chat à la voisine, et, avec Baron, nous partirons demain sur les routes, à pied ou en stop, rechercher le soleil de la vie.   Sans Dédé.

                                          A bientôt, Vieux ! J’arrive dans pas longtemps !

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comprendre l'humain...
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