Café-débat de Poissy
Restaurant La Mama
le 08 avril à 20H30







"Souriez, vous êtes filmés !
proposé par Jean-Louis
Si j’ouvre Le petit Robert, profiter, c’est bénéficier de , tirer avantage de… profiter de la vie, est la vivre au présent, pleinement, de manière positive. C’est même une injonction, « il faut profiter de… ». Pourtant la plupart du temps, ce qui est sous-entendu, c’est « brûler » sa vie, la vivre là, tout de suite, quitte à en pâtir ensuite. C’est donc vivre aussi ses passions, son désir, satisfaire ses envies, prendre tout ce qui peut être pris en se laissant guider par ses appétits. Dans une interview, Blanche Konrad, le qualifie ainsi : « Vivre au présent c'est habiter chaque instant, sans fuite, sans dérobade devant le réel, en répondant de manière exacte à chaque situation d'expérience, en vivant au sommet de soi-même, sur la crête de l'instant, dans une pure passion. Ce qui est radical, c'est de comprendre que ce Feu est sans hier et sans demain, qu'il brûle maintenant. »
Pour autant profiter de quelque chose, ou pouvoir en jouir, suppose une capacité à le faire. Avoir un caractère heureux par exemple, les personnes anxieuses ont souvent beaucoup de mal à profiter de l’instant présent, soit par ce que les souffrances du passé déteignent encore sur le présent, soit parce qu’elles sont tendues vers l’avenir dans une attente inquiète, et en oublient le présent.
Il faut dire que l’instant présent est difficile à saisir, car à peine l’a-t-on vécu qu’il est déjà passé, et qu’un autre est à venir. Nous sommes inscrits dans la durée, nous sommes donc toujours entre passé et avenir.
Une autre façon de profiter de la vie est d’aiguiser tous ses sens, car c’est notre vie sensuelle et notre perception qui nous permet de capter les odeurs, les saveurs … Il faudrait donc se méfier d’une cérébralité excessive ou d’une overdose d’intellectualité qui nous condamnerait les portes de notre paradis.
« Alors posons nous. Lâchons-prise. Pas devoir-être. Être. Être. Complètement. Honorons cet instant », recommande Blanche Konrad.
Des techniques peuvent nous y aider, des sagesses.
Profiter de l’instant n’est donc pas s’en évader comme nous y inviterait notre société de consommation ; ce n’est pas fuir dans la frénésie et dans l’ivresse ou dans le divertissement. On en voit bien le danger en ce qui concerne l’usage des drogues qui donnent du plaisir, mais rendent également esclave et dépendant. Pascal voyait bien déjà que le divertissement était une alternative à l’angoisse.
C’est plutôt une communion avec ce qui nous entoure , avec les êtres , une capacité à saisir la beauté de l’instant.
Qu’en est-il alors de la souffrance ? Car cette empathie nous mène inévitablement à vivre aussi la souffrance des autres. Mais peut-être profiter de la vie n’est-il pas exclure toute souffrance, mais vivre pleinement le moment, même si c’est un moment de vague mélancolie. Duras disait qu’il existe , « un gai désespoir ». On pourrait être lucide mais pas désespéré, cueillir chaque bonheur, en sachant très bien qu’il est rare, éphémère et d’autant plus précieux.
Annick
L'interview de Blanche Konrad, plasticienne à Bordeaux, que j'ai découverte grâce à internet, peut être lue dans son intégralité sur le site de Serge Car, Philosophie et
spiritualité,



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