Café-débat de Poissy
Restaurant La Mama
le 08 avril à 20H30







"Souriez, vous êtes filmés !
proposé par Jean-Louis
Peut-on maintenir une pensée autonome dans un mouvement collectif ?
La pensée est un terme générique qui englobe aussi bien l'image la plus fugitive que le raisonnement le plus construit. Notre sujet me semble plus axé sur l'expression d'une pensée construite et exprimée.
Quel mouvement collectif ? Bien sûr, les mouvements politiques, les syndicats. Mais pas seulement. Il y a aussi toutes les associations, les religions, les communautés professionnelles et, à la limite, pourquoi pas les familles ?
Une pensée créatrice, conceptuelle, peut-elle se développer toute seule, ex-nihilo, ou a-t-elle besoin d'une collectivité pour se conforter ou pour s'opposer ? Quel type de pensée pouvait avoir Robinson sur son île avant l'arrivée de Vendredi ?
L'autonomie n'est pas indépendante de la collectivité concernée. Dans une secte, remettre en cause fugitivement, et simplement dans son esprit, un des dogmes fondateurs est déjà absolument condamnable et insupportable pour le groupe. Dans une armée, rien n'empêche de penser que le supérieur est un idiot, mais il est tout à fait interdit de l'exprimer. Dans un groupe de chercheurs, chacun est incité à laisser libre cours à sa créativité et à son imagination. Ce sont souvent les idées iconoclastes qui ont fait avancer la science. Mais même là, cette liberté a des limites ; il serait impossible à un chercheur, dans une réunion d'astronomes, de prétendre que le soleil tourne autour de la terre.
Qu'advient-il si quelqu'un exprime une pensée autonome qui dépasse les limites admises par le groupe ? Il est au mieux mis en quarantaine, mais le plus souvent exclu violemment.
Peut-on, tout seul, développer une pensée autonome dans un groupe ? Il y a deux siècles, dans un village, il était impossible d'avoir une attitude ou une pensée contraire à celle de la communauté. La sanction immédiate était l'exclusion avec toutes ses conséquences.
Plus la pensée est originale, plus elle doit être portée par un sous groupe fort et homogène. Seul des êtres d'exception ou atteint d'une pathologie peuvent êtres certains d'avoir raison contre tout le monde. On a toujours besoin d'esprit avec qui rentrer en résonnance. Et il est pratiquement impossible dans une discussion à plusieurs d'être seul contre tous ( même pour D'Artagnan).
L'autonomie que nous autorisons à notre pensée dépend aussi de l'indépendance que nous avons par rapport au groupe. Dans une association, si l'ambiance générale ne me convient pas, je pars. Dans mon milieu professionnel, c'est plus difficile. En temps de guerre, il est mal vu de vouloir quitter l'armée.
Considérons une collectivité plus importante : les Français. Nous avons une liberté de pensée très grande ( pas illimitée bien sûr). Mais en quoi notre pensée est-elle autonome ? En quoi est-elle façonnée par tous les messages dont nous sommes abreuvés ?
En général n'est-il pas plus « confortable » de penser comme tout le monde ? Si la pensée se révèle, erronée alors nous n'étions pas les seuls et la faute est diluée.
Vivons-nous dans une société qui, à tout prix, veut éviter les conflits ? Il y a une forte pression pour canaliser toute pensée autonome. Si je dis que, dans un lycée, l'objectif est la réussite des élèves, et non le plan de carrière de tel ou tel, tout le groupe me tombe dessus pour éviter les conflits en salle des professeurs. Et ceci sans même aborder le fond de la question.
A mon avis, nous ne pouvons pas avoir de pensée construite hors d'une collectivité. Notre famille a été indispensable dans notre manière de penser soit par imitation, soit par opposition.
De plus il est difficile, et parfois dangereux, d'avoir une pensée très autonome.
De même que le thermomètre que l'on plonge dans une préparation en change la température, quand nous intégrons un groupe nous agissons sur le groupe et il agit sur nous et alors nous ne sommes plus autonomes.
Jean-Louis



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