Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /2009 11:28














Les religions sont citées dans l'ordre alphabétique et non selon leur ancienneté ou leur importance supposée.
Notes de lecture
Les chrétiens

1) Les catholiques

 

Ils condamnent le suicide. Pendant très longtemps, les suicidés ne pouvaient être enterrés en terre consacrée. Selon eux, la vie a un caractère sacré.

 

Toutefois, le refus des traitements est permis s’ils sont particulièrement lourds.

 

Audition par la commission de l’Assemblée Nationale de Son Eminence le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon, pour la mission d’information sur l’accompagnement de la fin de vie (Loi Léonetti).

http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1708-t2.asp#P1428_637065

 

Tout d’abord, SELC Barbarin rappelle que toute réflexion sur la fin de vie

« c'est accepter que la mort fait partie de la vie, qu'elle lui est indissociable, que nous pouvons et que nous devons nous aider les uns les autres à franchir cette étape, pour redoutée qu'elle soit » et que par conséquent l’accompagnement des malades en fin de vie, le soulagement de leurs souffrances est à développer et à renforcer, notamment les soins palliatifs en milieu hospitalier.

             Il s’élève d’autre part contre l’acharnement thérapeutique, sachant que l’humanité doit avoir tout contrôle sur « l'usage qu'elle fait ou de la maîtrise qu'elle garde, des progrès réalisés par la science ». Il y a une différence entre laisser mourir et donner la mort directement avec un produit lythique :« Mais on n'a pas le droit de mettre à mort un être humain. C'est une phrase du Décalogue et un fondement de notre civilisation. »et c’est également « pourquoi la vie humaine doit être respectée du premier instant de sa conception jusqu'à son dernier souffle ».

            Il faut pouvoir penser la mort comme une étape car avec « la mort, dit notre liturgie, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ». Elle est l’achèvement naturel de la vie ; inscrite dans le développement biologique de l’individu, et ne pourra certainement jamais être «  définitivement vaincue par la technique. » Elle n’est ni l’échec du malade ou des proches, ni celui de l’équipe médicale. Le conseil pontifical a essayé de donner une définition de ce que pourrait être l’acharnement thérapeutique :

« La médecine actuelle dispose en effet de moyens susceptibles de retarder artificiellement la mort sans que le patient n'en retire un bénéfice réel. Il est simplement maintenu en vie. On réussit simplement à prolonger sa vie après de nouvelles et pénibles souffrances. Il s'agit ici de l'acharnement thérapeutique, qui consiste dans l'usage de moyens particulièrement épuisants, pénibles pour le malade, qui le condamnent en fait à une agonie prolongée artificiellement. Ceci est contraire à la dignité du mourant et au devoir moral de l'acceptation de la mort et de la poursuite de son cours. La mort est un fait inévitable de la vie humaine. »

« Doit-on lutter contre l'acharnement thérapeutique ? Oui, on doit lutter contre l'acharnement thérapeutique. C'est une bêtise... »

Sur le plan théorique enfin, « présenter le droit à l'euthanasie comme une liberté individuelle, considérer que la société pourrait accorder le droit de mourir, c'est mensonger. En effet, tout le corps social est concerné par la moindre décision individuelle en ce domaine. »

L’Eglise récuse le droit individuel au choix de sa mort car la légalisation de l’euthanasie concerne ,à son avis, toutes les consciences et toute une société, mais on peut souligner que ce sont les mêmes arguments qui sont utilisés contre l’avortement. L’Homme n’a pas d’autonomie totale, car il ne peut être coupé de la société dans laquelle il vit.

« Pour moi, l'argument du « Je choisis ma vie » ou « Je choisis ma mort » est vraiment incompréhensible. Je suis né sans l'avoir demandé, dans une famille que je n'ai pas choisie ; je suis un garçon, ce n'est pas de ma faute ; je suis né dans tel pays ... En revanche, je choisis les choses secondaires : ma profession, la couleur de mon vêtement, des choses secondes. Mais ce qui est essentiel me dépasse énormément. »

 

 

2) Les protestants

 

http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1708-t2.asp#P1346_601659

 

     Au cours de son audition devant la mission d'information sur l'accompagnement de la fin de vie, OlivierABEL, professeur de philosophie éthique et membre de la fédération protestante, a rappelé d’une part « qu’il n’existe pas de magistère dans le protestantisme, et que cette absence de point de vue officiel permet à tout protestant d’affirmer son désaccord. », d’autre part que le protestantisme est partagé entre deux courants qui professent « des positions très libérales et des positions très évangéliques »

 Ce monsieur pose très intelligemment les problèmes liés à la fin de vie et notamment sur la nécessité de légiférer car « plutôt que de laisser des pratiques dangereuses se développer dans l’ombre, il vaut mieux réguler (la Fédération protestante a ainsi très fortement soutenu la « loi Veil ») 

L’expérience de la mort par l’homme est une de ces expériences limites car « Rien ne peut lui donner l’ombre du début d’un savoir sur ce qu’est la mort, elle nous échappe, elle est l’autre. La mort est une expérience impossible, c’est une impuissance. « Je ne peux pas mourir », disait le philosophe Emmanuel Lévinas. Cette remarque est en adéquation avec la théologie protestante. »  

Dans la société dans laquelle nous vivons, très fortement marquée par l’individualisme, apparaît la nécessité de laisser  « tomber toute individualité pour en revenir à la simple gratitude d’avoir existé, ce que Rilke, dans un de ses poèmes, exprime très bien ».

 

 

Le protestantisme est donc partagé entre deux courants, « deux idéologies opposées »,« d’un côté, une conception stoïcienne, selon laquelle l’homme ne rencontre pas sa mort passivement, mais dispose de lui-même : la mort est alors un acte de la vie »,« d’un autre côté, une religion et même une sacralisation de la vie. Hannah Arendt avait parlé, dans La condition de l’homme moderne, du triomphe de la vie »

 

. En ce qui concerne l’acharnement thérapeutique, qu’il soit justifié par une sacralisation de la vie ou par la volonté d’être le maître jusqu’au bout (cette volonté conduisant d’ailleurs, si l’acharnement thérapeutique n’est plus efficace, à recourir, toujours par activisme, à l’euthanasie), il s’agit de ne « priver personne de sa mort, afin que chacun puisse interpréter sa mort et être libre de l’offrir, de la partager avec les autres. »

 

En ce qui concerne les soins palliatifs, Mr Abel insiste « sur la nécessité de les développer, afin de réinsérer le mourant dans ce tissu de paroles et de gestes qui améliorent les conditions de la fin de vie. Il faut prendre au sérieux la souffrance, physique ou morale, il faut la soulager, même si c’est un travail gigantesque. »

 

Cependant,  face aux quelques cas irréductibles qui résistent aux soins palliatifs, les protestants sont partagés, certains condamnent fermement tout acte d’euthanasie et d’autres  comme André Dumas, prédecessuer de Mr Abel à la faculté protestante de Paris, soutiennent que « la demande de celui qui refuse que son temps soit rongé par une douleur et une déchéance interminables doit être entendue ».

 

Si le protestantisme accorde une grande importance à la notion de sujet responsable, libre et consentant, «  il doit constater que tout consentement à l’euthanasie, même s’il est libre, réitéré et exprimé devant témoins peut être révoqué : ainsi, des militants de l’euthanasie peuvent, au dernier moment, ne pas la demander, de même que des adversaires idéologiques de l’euthanasie peuvent y recourir. Il faut donc être moralement très modeste face à ces questions. »

Il s’agit de « deux grandes figures du courage : d’un côté, la figure stoïque de l’homme qui veut exister par lui-même, et de l’autre, la figure de l’homme qui veut exister, en participant à quelque chose qui le dépasse, la vie ou l’amélioration de la vie en l’occurrence. Mon rôle de moraliste n’est pas de décourager, mais il faut que ces formes de courage ne deviennent pas des formes d’orgueil, et qu’elles assument la fragilité de ceux qui disent les supporter, les patients comme les médecins. »

 

Cependant dans la tradition luthérienne, qui est fondamentale dans la culture protestante, «  la morale et la théologie sont nettement séparées. La morale n’est pas là pour sauver les hommes, mais pour leur permettre de vivre. Les grandes orientations morales sont des orientations humaines et elles peuvent être erronées car l’erreur est humaine. »

 

Toutefois, face à ces questions il existe un «  a priori théologique, car il signifie que quelque chose ne nous appartient pas, mais appartient à Dieu, que quelque chose nous est donné. Or, quand on reçoit un cadeau, ce dernier nous appartient, mais il sera un jour rendu, de manière différente et parfois sous une autre forme. C’est Marcel Mauss qui a analysé cette obligation de donner et de recevoir. »

 

Il faut signaler également que dans la tradition protestante, chez Kierkegaard par exemple, «  le suicide n’est pas jugé. Il n’est pas incompatible avec une confiance au-delà de la vie.

Le suicide n’est ni un acte immoral ni même un acte de défi de Dieu ou de transgression, c’est un acte que l’on ne comprend pas ».

  

Il y a , en fait, la reconnaissance d’un équilibre à trouver entre « le respect de la vie, mais aussi le respect des personnes. Le premier ne peut pas se faire , « au détriment du sentiment intime des personnes ».

 

Le problème majeur, au cœur du débat sur l’euthanasie est comment savoir quelle vie vaut la peine d’être vécue et qui doit en décider ? « Il faut donc des lois pour éviter le pire et protéger le plus faible, mais aussi se soucier des cas particuliers qui doivent être accompagnés. »

 

    
     Selon le principe de libre examen, chaque croyant doit agir selon ses convictions personnelles.

 

 

L’Islam :

 

L’euthanasie et le suicide sont exclus.

Selon le Coran (sourate 2), « il est interdit de donner la mort, si ce n’est à bon droit » (peine capitale ou légitime défense).

 

Dalil BOUBAKEUR, Président du Conseil français du culte musulman, s’est exprimé lui aussi devant la mission d'information sur l'accompagnement de la fin de vie

http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1708-t2.asp#P1257_558557

Il est pour le développement des soins palliatifs. Comme dans les autres religions, pour les musulmans «  c’est Dieu qui donne la vie et qui la retire ».

Le médecin ne décide pas car il est un simple vecteur de la volonté divine.

 

Aussi la mort est « le passage obligé, attendu et même désiré d’un état à un autre, par lequel il se présentera devant Dieu et accèdera à une vie, selon le Coran, meilleure que celle-ci. » Selon M Boubakeur, il ne peut y avoir de loi générale sur l’euthanasie, car il faut voir « un cas particulier dans chaque cas d’euthanasie. »

Tout d’abord, avant d’examiner chaque cas, il faut s’assurer que cela répond à « une volonté exprimée de mourir du patient », ensuite elle doit être « du ressort de la responsabilité du médecin et faire l’objet d’un accord familial, un peu comme cela se passe en Suisse où des protocoles très stricts sont dressés. »

Seule l’euthanasie passive peut être tolérée par les croyants, c’est-à-dire l’arrêt des traitements lorsque il n’y plus aucun espoir de guérison car « à l’impossible nul n’est tenu ». Le croyant, cependant doit prendre soin de son corps car « Dieu, en ressuscitant les âmes, ressuscitera les corps de la même façon. »
     Il faut souligner également face aux choix budgétaires que demande le développement des soins palliatifs et face à la médicalisation croissante de la fin de vie que la société a un «  devoir d’assistance à l’égard de ses morituri. »

Le médecin, toutefois, ne peut donner la mort car « son rôle  est de donner la vie et de guérir ».

« D’un point de vue religieux, il est très difficile de laisser un médecin, et je dirais même une équipe, décider qu’une vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Cette décision doit être collective et consensuelle et peut-être, pourrions-nous envisager une commission tripartite comprenant outre les soignants et la famille, des juristes, des religieux. »


Le Judaïsme :

 

Il est défendu de faire quoi que ce soit pour hâter la mort d’un agonisant.

 

Cependant, en Israël, le 25 octobre 199o, le tribunal de district de Tel-Aviv a stipulé que l’on pouvait accéder à la volonté d’un malade de recevoir une aide active à mourir et a autorisé le médecin à satisfaire la demande. Cette décision a eu l’approbation de la société israélienne.

 

 

Lors de son audition devant la mission d'information sur l'accompagnement de la fin de vie, le GrandRabbin de France, Joseph SITRUCK, a énoncé les grands principes religieux qui doivent guider la réflexion en matière d'euthanasie.

http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1708-t2.asp#P1703_719938

    
     Monsieur Sitruka commencé son exposé en racontant qu’il a eu voilà deux ans un accident vasculaire cérébral dont le pronostic était très pessimiste. La guérison cependant a été possible et cette expérience a beaucoup influencé sa réflexion sur ce sujet.

      Il a rappelé, en premier lieu, le principe du caractère absolument sacré de la vie qui, dans la religion juive, n'appartient pas à l'homme mais à Dieu : "Mon Dieu l'éternel, tu m'as donné la vie, tu me l'as insufflée, tu me la conserves et tu me la reprendras"(prière quotidienne du matin). Personne n'ayant le droit de disposer de sa vie, le suicide est par là même considéré, non pas comme une lâcheté, mais comme un abus de pouvoir, celui de disposer de ce qui n'est pas à soi. De même, raccourcir la vie d'un homme, c'est jouer le rôle qui est imputable à la divinité.

     Toutefois, cette position doit être nuancée par le fait que le judaïsme est opposé à la souffrance, à laquelle il n'attache aucune valeur rédemptrice. Comme l'a rappelé Joseph SITRUCK, "si dans le Talmud, on interdit de faire souffrir inutilement un animal, a fortiori, un homme ne doit pas souffrir". 
    
     Il s’agit de concilier ces deux principes qui semblent être, à première vue, inconciliables et de trouver une voie médiane. D’autre part, la responsabilité de l’homme, son autonomie sont réaffirmées, chacun de nous étant « responsable de sa vie, la façonne, la dirige, l’oriente et, par conséquent, en rend compte, tant il est vrai qu’on n’est comptable que de ce dont on est responsable ».

Si Mr Sitruk condamne l’acharnement thérapeutique, il réaffirme avec force qu’il faut sauvegarder chaque instant de vie, insuffler de la force au malade, par l’espérance qui est nécessaire à la guérison. Le médecin doit donc se garder d’annoncer le pronostic lorsqu’il est fatal, sans pour autant cacher la gravité de la maladie.

D’autre part, une citation indique : « Si tu le peux, choisis lui une belle mort ». Cette belle mort consiste à être lucide de l’événement et à « vivre » cette mort.

     Au terme de son exposé, Joseph SITRUCK concluait de la manière suivante : "Faut-il durer à tout prix puisque la vie est une valeur absolue ? Faut-il faire souffrir pour durer, alors que nous venons de dire le contraire ? C'est dans l'équilibre de ces deux principes que se trouve, me semble-t-il, la réponse à notre question. De façon générale, la pensée juive, toujours animée par la bipolarité, considère que la vérité n'est jamais ni d'un côté (ni à droite ni à gauche), ni au centre (je ne parle pas de politique, vous vous en doutez).

Elle est peut-être dans la synthèse des points de vue ".

 

Bibliographie ;

 

L’euthanasie : mieux mourir ? Guillemette de Véricourt
Compte-rendu des auditions à l'assemblée nationale dans le cadre de la loi Léonetti.

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comprendre l'humain... - Communauté : Les philosophes épars
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