Café-débat de Poissy
Restaurant La Mama
le 11 mars à 20H30







"Langage et politique"à Poissy, le 11 mars 2010
"Y a t-il une pensée sans langage ?"
à Saint-Quentin le 6 mars
2010
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Annick :A ton avis, le développement des soins palliatifs suffirait à lui seul à désamorcer et à rendre inutile
le débat sur l'euthanasie comme le pense Nicolas Sarkozy ?
Christian Lehman :Positionner un questionnement éthique aussi fondamental à partir d’une « pensée » d’une telle absolue médiocrité ( sur la nature de l’humain, de l’inné, de l’acquis, le rapport à la culture et à l’argent…) me semble impossible.
Sur le fond, j’observe que le développement des soins palliatifs est une excellente chose en pratique dans la mesure où, en ville comme à l’hôpital, cela amène à soulager des patients, leurs familles et leurs soignants, dans de nombreux cas. J’ai connu des services hospitaliers spécialisés dans lesquels le chef de service « sautait » la chambre d’un patient « condamné » pour ne pas affronter son regard, ses questionnements, et sa propre impuissance. Le développement des unités de soins palliatifs a permis une meilleure prise en charge de ces patients, mais j’observe qu’il tient toujours, quoiqu’on dise, d’une forme de militantisme et de sacerdoce, comme les interruptions volontaires de grossesse.
Annick : As-tu déjà eu des demandes d'aide à mourir dans ta pratique de médecin ?
Christian Lehman Je n’imagine pas qu’un seul médecin généraliste dans ce pays n’y ait pas été confronté. Ensuite, la législation étant ce qu’elle est, je renvoie ceux que cela intéresse à mon livre « Une question de confiance », aux éditions Rivages-Noir. La fiction a ses règles, et son utilité.
Annick : L'euthanasie te semble-t-elle être seulement la marque de l'impuissance du médecin?
Christian Lehman Je ne sais pas. Je ne crois pas. Cela peut être le cas, mais comme je l’ai dit, j’ai vu des médecins masquer leur impuissance par la fuite, essentiellement. C’est pratique, d’une certaine façon, d’imaginer qu’une euthanasie signifierait forcément une défaillance du médecin, cela évite d’affronter la réalité, c’est-à-dire que certaines situations de fin de vie, malgré les progrès apportés, restent au-delà de ce qui est humainement supportable. Et je ne parle pas là de la souffrance du médecin, évidemment.
Annick Que penses-tu de la Loi de 2005, la loi Léonetti, te semble-t-elle une avancée suffisante?
Christian Lehmann Je ne la connais pas dans le détail. Je crois qu’on joue énormément sur le non-dit, en faisant semblant de penser qu’il est possible de légiférer sur ces sujets de manière exhaustive.
Annick :La Belgique, Les Pays-Bas, la Suisse, ont légiféré dans le domaine de l'aide à mourir, penses-tu que la France est en retard ?
Christian Lehmann Le problème est complexe. Certains opposants au droit de mourir dans la dignité le sont pour des raisons religieuses, que je ne juge pas. D’autres craignent que briser ce tabou entraîne une dérive irrémédiable dans une société qui a peur de ses vieux, et rend un culte à la beauté et à l’argent.
Annick : Pourquoi la mort, et les débats autour de la mort sont-ils si tabous?
Christian Lehmann Vaste question. Céline, qui fut ce qu’il fut, dans la préface de sa thèse sur Semmelweiss, écrit : «Parmi tous nos frères, n’est-ce point notre rôle de regarder en face cette terrible vérité, le plus utilement, le plus sagement ? Et c’est peut-être cette calme intimité avec leur plus grand secret que l’orgueil des hommes nous pardonne le moins.» Je pense qu’il a raison, en grande partie. Il y a dans le regard porté sur le médecin un curieux mélange d’affection, de respect, d’estime, et de défiance, voire d’animosité – il suffit pour s’en convaincre de lire les débats ou les invectives sur les forums internet dès qu’il est question des gardes de nuit des médecins généralistes ou de leur rémunération, par exemple : le médecin fantasmé devrait être disponible à toute heure, à tout moment, et ne devrait pas se préoccuper d’argent- . Cette ambiguité vis-à-vis des médecins les plus souvent impliqués dans la fin de vie des patients me semble inconsciemment liée à ce « grand secret ». Les religieux échappent en partie à cette ambiguité parce que dans la religion catholique ils ne sont pas sensés être sexués… Le médecin « connaît » et la mort et le sexe, ce n’est pas anodin. A ce sujet, je me demande pourquoi on ne pose pas plus souvent ces questions aux agents des pompes funèbres, qui, question « calme intimité avec leur plus grand secret » en connaissent un rayon….
Annick : Selon toi, qu'est-ce qu'une "bonne mort"?
Christian Lehmann Je ne sais pas. Chacun définit ça selon ses craintes ou ses aspirations. Pour
moi, une bonne « fin de vie », c’est une fin de vie pendant laquelle, chaque jour, le patient, même très diminué, a « profité » de moments de paix, de bonheur, où il a pu
goûter encore à la vie, profiter des siens.
Chacun définit ce que serait une bonne mort ou une mort insupportable. Et pour boucler la boucle, je pense à cette dame de 80 et quelques années qui m’a dit l’autre jour : « Je ne veux
pas mourir en Sarkozye ».
Christian Lehmann
http://enattendanth5n1.blog.20minutes.fr/
www.christianlehmann.net
A venir : un commentaire de son livre "Une question de confiance"
Pour voir la position de Nicolas sarlozy ; "Nous n'avons pas le droit d'interrompre volontairement la vie." Différence entre faire mourir et laisser mourir. Emission du 28/04/2007 , avec
Arlette Chabot
http://video.google.fr/videosearch?q=euthanasie&hl=fr&emb=0&aq=f#q=euthanasie&hl=fr&emb=0&aq=f&start=40



Annick
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