Y a t-il une morale universelle ? Montesquieu a le premier posé la question. Or, il est évident qu' au cours de l'histoire, les principes moraux ont changé. Au XIX° siècle, dans le roman de Victor Hugo, Jean Valjean est condamné au bagne pour avoir volé du pain. A cette époque, il était aussi accepté de reléguer à vie en Guyane tout auteur de trois délits. Par ailleurs, faire travailler des enfants de cinq ans était courant ( accepté plus facilement si c'étaient les enfants des autres). Les principes moraux changent aussi en fonction du lieu : voler de l'eau dans le désert n'a pas le même sens qu' au bord d'une rivière. La religion aussi influe. Pour certaines, le fait de mentir à quelqu'un d'une autre religion n'est pas immoral. Il est aussi vrai que la morale à l'intérieur d'un groupe social n'est pas la même que celle envers l'extérieur. Et pour finir, notre morale n'évolue-t-elle pas en fonction de notre âge ? Comme le dit la maxime 93 de La Rochefoucauld : « Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples ».
Mais si on peut relativiser la morale, c'est que l'on a un moyen et des méthodes de comparaison, donc des principes moraux universels et supérieurs. Quels sont-ils ?
Morale et état de nature. Pour Hobbes, l'homme est méchant et ambitieux par nature, donc cela excuse toute amoralité. Pour Rousseau, l'homme est bon par nature, il n' a donc aucun mérite à être moral. Pour Kant, la morale n'est pas une question de nature, l'homme a pour nature non pas de rester dans la nature, mais de la quitter afin d'avoir un avenir. La morale devient alors son devenir.
La morale du faible et la morale du fort. Pour Nietzsche, la morale est un moyen qu'utilise le faible afin d'agir sur le fort, afin de compenser son manque de force et courage.
Peut-on juger objectivement de sa propre morale et de celle des autres ? Freud a montré que la conscience morale viendrait de l'inconscient. Nous nous tourmentons pour des riens mais nous nous absolvons pour des écarts beaucoup plus importants. Jean Hatzfeld le décrit bien dans ses livres sur le massacre des Tutsis au Rwanda, les tueurs Hutus ont en général peu de remords des massacres qu'ils ont perpétrés.
D'une manière générale, nous sommes indulgents envers un acte que nous aurions pu accomplir, et rigoureux envers un acte que nous nous croyons incapables de faire. Il est à voir comment de tout temps les puissants ont été sévères avec les chapardages et tolérants avec la délinquance en col blanc. Un exemple ; ces anciens dirigeants d'airbus qui ont mal géré leur entreprise (ce qui va coûter leur emploi à des milliers de personnes) et qui ont profité de leurs informations pour vendre à temps leurs actions en bourse, et qui arrivent à trouver tout à fait normal et moral de partir avec 8 millions d'euros d'indemnités.
Grâce aux progrès des communications, nous tendons vers « Un village mondial ». Et à terme, cela ne va-t-il pas uniformiser la morale ? Et soyons utopistes, la démocratie ne va-t-elle pas, à la longue, gommer les différences de perception de la morale entre les privilégiés et les défavorisés ?
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