Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 12:18
Voici un petit passage des Frères Karamazov qui peut alimenter notre débat.

Jean-Louis.

"[Ivan] nous a solennellement déclaré, dans le feu d'une discussion, qu'il n'est rien sur la Terre qui puisse forcer les hommes à s'aimer les uns les autres ; qu'il n'existe pas de loi naturelle qui l'ordonne ; que si les hommes se sont aimés mutuellement jusqu'à présent, cela n'est pas dû à une loi universelle, mais uniquement à la croyance en l'immortalité. Ivan Fédorovitch ajouta entre parenthèses qu'à cela se ramène toute la loi humaine ; que si vous détruisez dans l'homme sa foi en son immortalité, l'amour tarira en lui, de même que la force de poursuivre sa participation à la vie universelle. Mieux encore : une fois perdue la foi, il n'y aura plus rien d'immoral, tout sera permis, y compris l'anthropophagie. Et pour conclure, Ivan Fédorovitch nous a déclaré que, pour tout individu qui ne croit pas en Dieu ni en sa propre immortalité, la loi morale de la nature devrait immédiatement prendre le contre-pied de la précédente loi religieuse ; que l'égoïsme même poussé jusqu'à la scélératesse devrait être toléré, voire considéré comme la solution la plus nécessaire, la plus raisonnable et la plus noble ! "

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comment agir et suivant quels principes?
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Commentaires

Une question qui pourrait se poser à propos de ce point de vue ici développé est "La croyance en l'immortalité n'a-t-elle pas remplacé en l'homme ce qui lui permettait d'avoir des rapports non uniquement prédateurs avec le reste du monde" Il est possible que cette croyance disparaissant, l'homme voit à nouveau le ciel de son âme et touche à nouveau sa chair pour ce qu'elle est (et non pas une forme en attente d'une autre) Voilà qui rejoint le problème que pose la décroissance qui est de même un état inenvisageable mais pourtant absolument nécessaire. L'homme flatté dans son ego s'est accommodé d'une croyance qui se révèle néfaste. (même si nous sommes immortel, cela ne nous aide pas à vivre, tout au contraire) Il s'agit de l'évacuer tout comme la notion de croissance matérielle illimité. (Le seul lieu de croissance illimité est celui tout intérieur de la personne elle-même et des relations qu'elle tisse de façon non matérielle avec le vivant). Malgré tout "il ne faut pas faire tomber le boiteux" à moins que ce ne soit indispensable à la suite des évènements
Commentaire n°1 posté par Luc Comeau-Montasse le 28/09/2008 à 18h27
Dostoïevski était chrétien et il ne pouvait imaginer un monde sans Dieu. Il pensait que sans cette morale issue de la transcendance, l'homme se devait de suivre uniquement son intérêt ou son plaisir, les lois de la nature jusqu'à l'égoïsme le plus absolu. Or, il semblerait qu'il y ait un intermédiaire entre la Nature et Dieu, qui soit la société qui elle impose des règles et des lois afin de permettre la vie en communauté. ces lois et règlements ont un caractère relatif dans leur contenu mais aussi un caractère absolu en tant que principe, puisque toute société humaine a des règles ou des lois.
Commentaire n°2 posté par annick le 04/10/2008 à 09h28
Deux observations vis à vis de cet extrait et des commentaires qui suivent : 1/ Il existe une ou des morales athées, comme il existe DES morales religieuses issues de la transcendance. En effet, selon la transcendance qu'on se choisit, la morale qui en découle n'est pas la même. Où donc se trouve alors le supposé caractère universel de ces morales ? 2/ Transcendance ou pas, les valeurs qui font fonctionner une société sont finalement très proches, et visent, comme le dit Annick, à la survie du groupe auquel on appartient. Si on suivait Dostoïevski, un athée devrait donc se croire tout permis, et en particulier le pire pour le groupe. C'est faux à l'évidence, cela conduirait simplement à l'extinction de ce groupe : un groupe sans morale, quelle qu'elle soit, ne peut survivre. C'est pourquoi j'ai tendance à dire que le mot "morale" s'applique aux règles du groupe, alors que le mot "éthique" caractérise plutôt le comportement individuel. Les deux s'opposent parfois, et même souvent : on est toujours obligé de faire des compromis entre ce qu'on aimerait bien faire à titre individuel, et ce que l'on ne peut faire parce que cela serait nuisible à la survie du groupe.
Commentaire n°3 posté par Jean-Jacques le 01/11/2008 à 22h32
Je vous livre la définition du mot éthique selon le dictionnaire de la langue philosophique : partie de la philosophie qui cherche à déterminer la fin de la vie humaine et les moyens d'atteindre cette fin. Synonyme de morale mais peu usité en dehors des philosophes. Aussi l'éthique concerne-t-elle les problèmes philosophiques relevant de la morale théorique ou fondamentale (quel est le bien suprême, la nature et la valeur de la conscience morale, le fondement de l'obligation), plutôt que la nomenclature des devoirs exposés dans la morale pratique ou appliquée.
Réponse de Café-philo de Poissy le 02/11/2008 à 11h26

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