Philopiste

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     Dans les démocraties occidentales, le discours politique s’est construit tout au long de l’histoire selon les codes de la rhétorique grecque d’abord, puis latine. A travers ce discours, se déploie la parole politique, outil privilégié d’accès au pouvoir. C’est par la parole –mais pas seulement, le langage non-verbal étant d’une très grande importance- que l’homme politique convainc et emporte l’adhésion de ses électeurs. Mais à l’intérieur de ce champ, chaque parti politique construit un discours spécifique basé sur l’idéologie qu’il entend servir. D’où cette fameuse « langue de bois » qui permet d’éluder les questions embarrassantes, de parler pour ne rien dire, ou de flatter à peu de frais le futur électeur. Il existe d’ailleurs un générateur de langue de bois à l’ENA. Cela conduit parfois à des syllogismes ou à l’absurde … Le discours politique s’articule selon quelques grands principes et rares sont les hommes politiques qui y dérogent.

            C’est d’ailleurs une des principales fonctions du langage : argumenter et convaincre. Le langage n’est pas le simple véhicule d’un ensemble d’informations mais un acte de nature « intrinsèquement culturelle et sociale » qui est lié au pouvoir que donne le statut social à celui qui parle.  C’est ainsi que le langage s’inscrit dans des relations sociales permettant au locuteur, c’est-à-dire à celui qui parle, d’avoir, par sa parole, « un certain pouvoir sur ses interlocuteurs ». Celui qui parle y est autorisé, et en prenant la parole, il exerce un certain pouvoir de s’exprimer et de faire entendre ses idées –ce qui n’est pas donné à tout le monde.

La plupart du temps, les élus politiques sont portés par leur parti politique qui les a choisis pour le représenter. Cette parole est alors une parole légitime. Il est intéressant de voir comment les « outsiders » sont vite remis dans le droit chemin par l’ensemble de la classe politique. Ségolène Royal, par exemple, en est un parfait exemple. On ne l’entend presque plus.

Le langage politique, le contenu des discours, véhiculent un certain nombre de « représentations idéologiques » qui s’imposent comme étant « la vérité » ; aussi ces discours ont-ils un certain poids puisqu’ils prétendent assigner à chacun sa place dans la société. Je pense ici aux discours moralisateurs, misogynes ou racistes.

 

            La parole politique se déploie aussi selon certains rituels (débats parlementaires, questions au gouvernement, allocutions ou débats télévisés) qui sont des « formes routinières des actes politiques » qui instaure une sorte de « magie sociale à répétition ». D’autre part, le système de la représentativité lui donne une force particulière puisque cette parole et la mienne sont liées, bien que je n’aperçoive pas toujours comment elles pourraient l’être alors même que je suis en total désaccord avec elle. En effet que vaut pour moi la parole d’un homme politique que je n’ai pas choisi ? Ainsi le langage politique est-il intimement lié à l’exercice du pouvoir d’agir, de réformer et de décider de la vie de millions de gens, dont parfois un peu moins de la moitié ne sont pas d’accord le moins du monde avec les réformes proposées. Mais il est lié à un contrat qui est le contrat démocratique.

Le discours politique semble donc se définir comme un comme un genre spécifique dont la fin est l’action politique, dans lequel s’établissent des relations entre les théories, la théâtralité dans « le dispositif scénique où il prend place » , et la rhétorique axée sur la démonstration et la séduction, voire la manipulation. Ce n’est pas un discours exempt de violence, violence qu’il contient parfois (attaques personnelles, racisme, xénophobie etc) et celle qu’il entend réguler. Ce discours aujourd’hui s’est-il embourbé dans de purs effets de style, s’est-il vidé de tout contenu qui ferait sens pour nous, ne vise-t-il qu’à nous manipuler pour asseoir le pouvoir et la richesse de quelques-uns ? Ou est-il encore susceptible de se renouveler et de nous « embarquer » ?

Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 18:15


Bibliographie

 

Penser l'euthanasie (Broché)

de Jean-Yves Goffi (Auteur)

Présentation de l'éditeur
L'euthanasie est-elle nécessairement criminelle ? Conduit-elle à l'élimination des " indésirables " ? Les théories morales ont-elles quelque chose à nous apprendre sur l'euthanasie ? La vie humaine est-elle sacrée ? Peut-il être parfois bénéfique de recevoir la mort et bienfaisant de la donner ? On considère souvent qu'une législation libéralisant l'euthanasie est le premier pas d'un chemin qui conduira inexorablement à des pratiques comparables à celles des nazis. Certains pays se sont dotés d'une telle législation, sans que cela ait semblé entraîner de telles conséquences. Penser l'euthanasie veut montrer, sans négliger les leçons de l'Histoire, que c'est à la lumière de théories morales articulées que l'on peut s'y retrouver dans ce débat. Aussi, cet essai expose les grandes lignes des principales philosophies éthiques ; cet apport théorique est ensuite appliqué à ta question de l'euthanasie. Des documents pour compléter la réflexion : la définition de l'euthanasie selon T.L. Beauchamp et A. Davidson ; Extraits des statuts de l'association pour le droit de mourir dans la dignité ; Rapport n° 63 du Comité Consultatif National d'Éthique " Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie " ; l'euthanasie aux Pays-Bas (extraits commentés de la législation).

Biographie de l'auteur
Jean-Yves Goffi est professeur au département de Philosophie de l'Université Pierre Mendès France - Grenoble II. Il y est membre du groupe interuniversitaire d'éthique appliquée à la recherche et président de la Société pour la philosophie de la technique. Il a publié, entre autres, La philosophie de la technique (1996), Le philosophe et ses animaux (1994).

 

Je vous demande le droit de mourir  Vincent Humbert

Médiathèque Christine de Pizan

 

Le droit de mourir Hans Jonas Rivages 1996

Médiathèque Christine de Pizan

 

L’euthanasie : mieux mourir ? Guillemette de Véricourt

Editeur : Milan; Édition : Nouvelle (6 mai 2003)

Collection : Les Essentiels Médiathèque Christine de Pizan

·                                  

Doit-on légaliser l'euthanasie ? (Broché)

de Marie de Hennezel (Auteur), André Comte-Sponville (Auteur), Alex Kahn (Auteur)

Doit-on légaliser l'euthanasie ? Le débat passionne et divise l'opinion. La loi peut-elle permettre d'abréger la vie d'autrui à sa demande pour préserver sa dignité ? Quatre points de vue se confrontent. Pour Alain Houziaux et Axel Kahn, l'euthanasie doit rester une exception qu'une loi ne peut avaliser dans tous les cas. Aux juges de considérer la transgression dans son contexte. André Comte-Sponville, au contraire, demande que la loi autorise l'interruption volontaire de la vie dès lors que le moment de sa fin est certain. Marie de Hennezel s'insurge devant la confusion entretenue entre laisser la mort venir et la donner par un acte volontaire. Elle prône, comme Axel Kahn, le renforcement de l'accompagnement humain des dernières phases de la vie.

 

Fin de vie: le devoir d'accompagnement  

par Hennezel , Marie de  Documentation française    2004  (155.67 VIE)

Nous ne nous sommes pas dit au revoir : la dimension humaine du débat sur l'euthanasie  

Médiathèque Christine de Pizan Documentaire adu: Psychologie

 

La Mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre  

Bibliothèque André Malraux

Médiathèque Christine de Pizan

L'euthanasie (Broché)

de Aumonier Nicolas (Auteur), Beignier Bernard (Auteur), Letellier Philippe (Auteur) Que sais-je PUF 2006 Médiathèque

 

L'euthanasie, la fin d'un tabou? (Broché)

de Sophie Aurenche (Auteur)

Quatrième de couverture
Qui meurt après une euthanasie en France ? Combien d'hommes et de femmes ? Le sujet est tabou, il n'existe pas de chiffre officiel. Pourtant la pratique est courante ! L'immense majorité des médecins et des infirmières reconnaissent avoir pratiqué l'euthanasie au moins une fois dans leur carrière. Tout te monde le sait, et tout te monde se tait. Ce sont les " faits divers " qui relancent périodiquement un débat passionnel : doit-on être pour ou contre l'euthanasie ? A travers des témoignages de malades, de leurs familles, du personnel médical, des juristes et des hommes politiques, l'auteur propose de s'interroger autrement, sans militantisme ni hypocrisie. Une démarche qui permet de mesurer la complexité du débat : - Est-on libre de choisir le moment de sa mort ? - Que dit la loi ? - Comment mourir dignement ? - Qu'en pensent les églises ? - Faut-il légiférer? Les soins palliatifs constituent-ils une alternative à l'euthanasie ? Autant de questions traitées avec rigueur dans cet ouvrage qui donne la possibilité à chacun de se forger sa propre opinion.

Broché: 188 pages

Editeur : EME Editions Sociales Françaises (ESF) (26 octobre 1999

Collection : Droit de regard

 

La Mort devant soi : Euthanasie, des clés pour un débat (Broché) de Sophie Aurenche (Auteur) Médiathèque Christine de Pizan

 

Euthanasie : un mot qui fait peur, qui échappe, qui dérape. Si tout le monde s’accorde à souhaiter pour soi-même et pour les autres la « belle mort » qu’évoque l’étymologie du mot, le débat fait rage, souvent passionnel, toujours simpliste. Il est temps de se libérer des dichotomies réductrices, de briser les non-dits : c’est là le propos de cet ouvrage, qui entend esquisser de nouveaux espaces de réflexion.

     Broché: 125 pages  Editeur : Editions Autrement (22 mars 2003)

Euthanasie & pouvoir médical: Vivre librement sa mort (Reliure inconnue)

de André Monjardet (Auteur)

·                                 La question euthanasique met en évidence les interrogations et les inquiétudes de l'homme occidental face à la mort médicalisée à laquelle le pouvoir médical l'oblige à s'affronter. Aider, à sa demande, une personne à mourir, ne doit plus être considéré comme un meurtre. Il est donc nécessaire de changer la loi. Choisir sa mort ne relève pas de la médecine mais d'une exigence éthique personnelle. Editeur : L'Harmattan (3 mai 2000)

Collection : Questions contemporaines

 

Points de vue, médecins , infirmières

Pitié pour les hommes : L'euthanasie : le droit ultime (Broché)

de Denis Labayle (Auteur)

Trop d'hypocrisie dans le débat sur l'euthanasie! Denis Labayle, médecin hospitalier, s'en prend à ceux qui tordent les mots et les faits au nom du "respect de la vie", incrimine certaines positions dogmatiques qui transforment les soins palliatifs en acharnement, stigmatise la schizophrénie des autorités médicales, judiciaires et politiques, et récuse une loi sur la fin de vie en décalage avec l'aspiration des citoyens. Il rappelle au médecin le devoir de lutter contre toutes les souffrances et estime que la demande d'euthanasie est un droit ultime de l'Homme. Biographie de l'auteur
Chef de service pendant vingt-cinq ans dans la région parisienne, Denis Labayle est à l'origine du manifeste des 2000 soignants qui, en 2007, ont affirmé avoir aidé à mourir des malades en fin de vie. Il est aussi écrivain, auteur de cinq romans et de cinq essais dont Tempête sur l'hôpital et La Vie devant nous. Enquête sur les maisons de retraite (Le Seuil), deux livres qui font aujourd'hui référence.

·                                 Editeur : Stock (4 février 2009) Collection : Parti pris

Les soins palliatifs

 

La mort apaisée : chroniques d’une infirmière en soins palliatifs

Elise et Michäelle Gagnet

La Martinière 2007 Médiathèque Christine de Pizan

 

 

Face aux fins de vie et à la mort : éthique, société, pratiques professionnelles

 

Mémoires de vie, mémoires d’éternité

Elizabeth Kübler-Ross Médiathèque Christine de Pizan

 

 

La mort intime : ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre

Marie de Hennezel (psychologue dans une unité de soins palliatifs). Médiathèque Christine de Pizan

 

Ethiques de la fin de vie: Acharnement thérapeutique, euthanasie, soins palliatifs (Broché)

de Paula La Marne (Auteur) Ellipses Marketing (5 mai 1998) Collection : La bioéthique en question

 

Sociologie

L’heure du grand passage : chroniques de la mort _ Michel Vovelle Gallimard 1993

 

Les vivants et la mort –Jean Ziegler – Seuil 1978 Médiathèque Christine de Pizan

 

Euthanasie. Alternatives et controverses (Broché)

de Maurice Abiven (Auteur), Claude Chardot (Auteur), Robert Fresco (Auteur), Bernard Glorion (Auteur)


Qu'est-ce que la mort ? - Roland Quilliot 

Armand Colin  Collection U
Un livre comme seuls savent le faire certains professeurs de philosophie, puisque Roland Quilliot est professeur d'université à la faculté de philosophie de Dijon. Il sait être clair sans être simpliste, présenter la richesse d'une pensée sans l'appauvrir et donne envie d'en savoir encore davantage. J'adore!


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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 19:13

Ai-je le droit de mourir ?
 

 

 le 12 mars 2008
Restaurant La Mama à Poissy à 20H30

Vous trouverez à la suite un texte de présentation d'Annick, puis une interview de
Christian Lehmann, médecin, romancier et essayiste.

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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 15:56

Ai-je le droit de mourir ?

 

La réponse vient aux lèvres, et l’agacement : « Bien sûr que tu as le droit de mourir, de toute façon tu n’as pas le choix, tu VAS mourir ! ». Encore un thème réjouissant à traiter en temps de crise…

En effet la mort évoque douleur, maladie, tristesse, souffrance…La plupart du temps, on s’arrange pour ne pas y penser, pour ne pas s’attarder puisque de toute façon, comme le disait Camus nous sommes tous « condamnés à mort ». Alors…

 

Mourir n’est pas un droit de l’Homme, c’est plutôt une fatalité semble-t-il….à laquelle on ne peut échapper. Pourtant certains grands malades incurables aimeraient que la mort leur soit accordée afin de mettre un terme à leurs souffrances ; ils peuvent la réclamer, elle ne leur sera pas pour autant accordée. La mort donnée à soi-même est un acte de suicide et la mort donnée par autrui est un acte d’homicide. Mourir n’est donc pas un droit, on ne décide ni du lieu, ni de l’heure. C’est un événement qui par essence échappe totalement à la maîtrise de l’Homme, sur lequel il a peu de prise. Notre société d’ailleurs, nous protège de la mort à grands renforts de lois car la vie, « persévérer dans son être », est un droit sacré.

L’euthanasie s’inscrit dans des problématiques connexes mais différentes dans leur objet : choisir de mourir à la manière des Stoïciens quand la vie ne vaut plus la peine d’être vécue ; mourir pour abréger des souffrances intolérables ; mourir simplement parce qu’on a une certaine idée de la vie, de la dignité, et que la mort est parfois le dernier acte libre de l’homme. Ici, il ne s’agit pas d’une fascination morbide, ou d’un déséquilibre psychologique d’un sujet en pleine santé qui pourrait espérer trouver une nouvelle orientation de sa vie et un nouveau souffle.

Les différents témoignages que nous pouvons lire et les nombreux essais consacrés à ce sujet soulignent cela : c’est toujours en dernière instance, en dernier ressort, pour des hommes et des femmes qui ont aimé la vie et qui ont lutté jusqu’aux dernières extrémités.

Les grands débats qui agitent notre société autour du « droit de mourir », sont fortement médiatisés, voir le cas de Chantal Sébire. L’euthanasie est ce droit réclamé par certains grands malades incurables qui comme elle n’attendent plus rien de la vie, la médecine étant impuissante à soulager leur souffrance physique et morale. Roland Quilliot, dans son magnifique essai sur « Qu’est-ce que la mort ? », montre que la mort peut être « acceptée comme un phénomène naturel,(…) le point d’orgue qui donne sa plénitude à un destin qui est parvenu à son terme : le danger redouté étant qu’elle ne vienne pas assez tôt, qu’elle laisse un homme qui fut fier et fort se laisser humilier et dégrader par la maladie et la vieillesse. » Les témoignages de Chantal Sébire, de Ramon Sampedro laissent apparaître des êtres courageux et fiers, qui se sont battus jusqu’à leurs dernières forces. En matière de courage, ils auraient pu en remontrer à la plupart d’entre nous. Ils suscitent au contraire la compassion et commandent le respect.

Ce sont des histoires de vie et de mort qu’ils nous racontent, des tragédies qui soudain brisent la vie d’un homme ou d’une femme … Des histoires qui pourraient être aussi les nôtres.

 

La notion d’euthanasie est apparue au Ve siècle avant Jésus-Christ et vient du mot « euthanatos » de eu (bien) et thanatos (mort). . Elle est la mort « bonne », la mort « honorable ». L’historien Polybe (2e siècle avant J-C) raconte ainsi la mort de Cléomène, roi de Sparte qui se suicide après sa défaite contre les Macédoniens au IIIe  siècle avant Jésus-Christ.

 La façon de mourir, dans l’Histoire ou la légende, a autant de sens que la mort elle-même. Dans les grandes épopées, la mort du héros doit toujours être une belle mort, le plus souvent au combat, qui prouve sa bravoure et sa détermination. Dans les tableaux, ou les sculptures, la mort est mise en scène, allégorique,  illustrant la personnalité et la vie de celui qui meurt.

Je pense que l’on néglige trop souvent ce sens lorsqu’on parle d’euthanasie. Mourir est un événement , une clôture ou un passage, extrêmement important . La mort  pour naturelle qu’elle soit a une dimension culturelle primordiale. Les héros ne sont pas les seuls à vouloir mourir avec panache… Aujourd’hui, le plus souvent, on meurt à l’hôpital, dans un cadre impersonnel et anonyme. La mort, cet événement de la vie d’un homme, devient un moment aseptisé, un moment parmi d’autres dans la vie d’un hôpital. On meurt parfois seul parce que la famille est loin, ou qu’on est trop vieux… parfois dans une impossible détresse, dans une terrible souffrance… Et le personnel soignant doit faire face, souvent seul, à cet événement unique de la vie d’autres hommes. Combien ont témoigné dans ce sens ! Je peux mourir dépossédé de ma propre mort, dans une interminable agonie, seul. Pas de veillée, pas de rites, pas de main, pas d’amour, mais la souffrance jusqu’à la folie. Voilà  souvent le témoignage des infirmières, des proches, et de quelques médecins. Et l’on m’interdit de mourir de MA mort, pour toutes les bonnes raisons et quelques mauvaises. C’est à mon avis le seul débat possible… Mon corps où se joue le dernier acte, le tableau final, lieu unique de chair, de sang, de vie et de mort, mon corps, ma vie, ma mort…

 

 Les progrès de la médecine et la prise en charge collective des dépenses de santé nous offre la possibilité de vivre longtemps, le plus longtemps possible….

La vie longue est plus importante que la vie « bonne ». Pourtant la mort bonne n’est-elle pas celle qui illustrerait le mieux la vie bonne ?  Qui ne rêve pas de mourir, paisiblement et entouré des siens ? Tabou ? C’est ce que réclamait Chantal Sébire…

 

     Epicure avance l’idée d’une sagesse où le bonheur ne peut être atteint qu’à deux conditions : s’affranchir de la crainte des dieux et de la peur de mourir. On peut alors avoir une mort paisible et sans crainte, qui est la mort bonne. Etrange idée, si l’on s’y attarde quelque peu, car il faudrait éviter la maladie, la souffrance, les accidents, le malheur de la torture, tous ces moments où notre vie déjà ne nous appartient plus…

 

     Mais quel est le poids de la religion, dans les mentalités et les normes sociales, notre société n’est-elle pas imprégnée des valeurs judéo-chrétiennes ? Ce sont les hommes qui votent les lois avec leur héritage culturel. L’homme est une créature de Dieu, et vouloir décider de sa fin est un péché contre la foi. D’autre part, nous sommes tous héritiers du sixième commandement « Tu ne tueras point ». Les athées les plus convaincus sont parfois plus chrétiens qu’ils ne croient. En Italie, le débat fait à nouveau rage autour d’une jeune femme dans le coma, partisans et défenseurs, Vatican et société laïque,  comme des chiens autour d’un os. C’en est presque indécent, il y a cette femme, et sa vie, et sa mort… Et cette tragédie, son coma. On peut bien respecter les convictions de chacun, comprendre le sentiment religieux, le respecter… mais avant tout, il y a cette femme…

 

     La pratique de l’euthanasie tout au long de l’histoire est mentionnée par de nombreux auteurs. En 1665, Daniel Defoe raconte la pratique d’euthanasie des pestiférés par les gardes-malades. D’autres auteurs racontent les mêmes pratiques dans certaines régions françaises.

 

     Parmi les philosophes encore, Platon, au livre III de la République, mentionne Sparte, société militaire qui légitime des pratiques d’euthanasie mais aussi d’eugénisme, puisque les enfants étaient sélectionnés dès leur naissance. Il était également possible de laisser mourir les citoyens au corps malsain  en accord avec les principes hippocratiques.

 

     A partir du XVI e siècle, Thomas More, dans le livre II d’Utopie, consacre un chapitre aux malades incurables qui ont la possibilité d’abréger leurs souffrances par une mort choisie, soit « en se laissant mourir de faim, soit en se laissant endormir afin d’être délivré pendant leur sommeil ». Il ne s’agit ici que d’abréger une agonie interminable.

Francis Bacon, à son tour, évoque le sujet. Le médecin peut procurer une mort douce et paisible à son patient en cas de maladie incurable et doit l’accompagner jusqu’à la fin.

 

     Au XIXe siècle, le mot euthanasie sert à désigner la part de la médecine qui prend en charge l’adoucissement de la mort des patients incurables mais désigne également des pratiques d’eugénisme.

Ce mauvais voisinage sémantique contribuera pour une grande part à renforcer la méfiance et la peur à l’égard du mot euthanasie. Elle lui fera très mauvaise presse. Et cela, avec raison…

 

     En effet, l’eugénisme, fut au départ une réflexion sur le bien-naître initiée par Gallon, influencé par le darwinisme, en 1883 ,. Il s’agissait d’améliorer l’espèce humaine en la rendant plus apte à la survie en sélectionnant les sujets les plus sains et les plus forts.

 On sait ce que cela a donné dans les camps de la mort et comment ces idées malsaines ont été utilisées dans la politique d’extermination de masse…Au début du XXe siècle, il fallait éliminer les enfants mal formés, les anormaux, les vieillards et les malades incurables (Charles Richet, Prix Nobel de Médecine, 1919).

 

     C’est pourquoi on peut comprendre toutes les précautions de la loi afin que tous ces errements, et ces dérives ne soient plus possibles.

 

     Mais les lois, sont les lois des Hommes, d’une époque, d’une culture, le témoignage d’une philosophie. La tradition n’est pas le témoignage d’une vérité même divine. Toutes les sociétés humaines témoignent de rites autour de la mort. Penser la vie, c’est aussi penser la mort, qu’on le veuille ou non. Il faut bien convenir que notre naissance comme notre mort, ne nous appartiennent pas tout à fait. Nous ne décidons ni de l’une , ni de l’autre , la plupart du temps. Le débat sur le droit à mourir dans la dignité est tributaire de cette terrible ambiguïté et c’est pour cette raison qu’il est si difficile…Et si angoissant… Ce sentiment d’appartenir à autre chose que nous-même, l’espèce, la société, la religion, toutes instances qui décident ou qui tranchent…Aussi nous essaierons simplement de mettre à votre disposition un ensemble de livres, de témoignages afin que vous puissiez vous faire votre propre opinion, la plus éclairée possible. 

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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 09:44
 

 


Annick :A ton avis, le développement des soins palliatifs suffirait à lui seul à désamorcer et à rendre inutile le débat sur l'euthanasie comme le pense Nicolas Sarkozy ?

 

 Christian Lehman :Positionner un questionnement éthique aussi fondamental à partir d’une « pensée » d’une telle absolue médiocrité ( sur la nature de l’humain, de l’inné, de l’acquis, le rapport à la culture et à l’argent…) me semble impossible.

Sur le fond, j’observe que le développement des soins palliatifs est une excellente chose en pratique dans la mesure où, en ville comme à l’hôpital, cela amène à soulager des patients, leurs familles et leurs soignants, dans de nombreux cas. J’ai connu des services hospitaliers spécialisés dans lesquels le chef de service « sautait » la chambre d’un patient « condamné » pour ne pas affronter son regard, ses questionnements, et sa propre impuissance. Le développement des unités de soins palliatifs a permis une meilleure prise en charge de ces patients, mais j’observe qu’il tient toujours, quoiqu’on dise, d’une forme de militantisme et de sacerdoce, comme les interruptions volontaires de grossesse.

 

 

Annick :  As-tu déjà eu des demandes d'aide à mourir dans ta pratique de médecin ?

 

Christian Lehman  Je n’imagine pas qu’un seul médecin généraliste dans ce pays n’y ait pas été confronté. Ensuite, la législation étant ce qu’elle est, je renvoie ceux que cela intéresse à mon livre « Une question de confiance », aux éditions Rivages-Noir. La fiction a ses règles, et son utilité.

 

Annick :  L'euthanasie te semble-t-elle être seulement la marque de l'impuissance du médecin?

 

Christian Lehman  Je ne sais pas. Je ne crois pas. Cela peut être le cas, mais comme je l’ai dit, j’ai vu des médecins masquer leur impuissance par la fuite, essentiellement. C’est pratique, d’une certaine façon, d’imaginer qu’une euthanasie signifierait forcément une défaillance du médecin, cela évite d’affronter la réalité, c’est-à-dire que certaines situations de fin de vie, malgré les progrès apportés, restent au-delà de ce qui est humainement supportable. Et je ne parle pas là de la souffrance du médecin, évidemment.

 

Annick  Que penses-tu de la Loi de 2005, la loi Léonetti, te semble-t-elle une avancée suffisante?

 

Christian Lehmann  Je ne la connais pas dans le détail. Je crois qu’on joue énormément sur le non-dit, en faisant semblant de penser qu’il est possible de légiférer sur ces sujets de manière exhaustive.

 

Annick :La Belgique, Les Pays-Bas, la Suisse, ont légiféré dans le domaine de l'aide à mourir, penses-tu que la France est en retard ?

 

Christian Lehmann  Le problème est complexe. Certains opposants au droit de mourir dans la dignité le sont pour des raisons religieuses, que je ne juge pas. D’autres craignent que briser ce tabou entraîne une dérive irrémédiable dans une société qui a peur de ses vieux, et rend un culte à la beauté et à l’argent.

 

Annick : Pourquoi la mort, et les débats autour de la mort sont-ils si tabous?

 

Christian Lehmann  Vaste question. Céline, qui fut ce qu’il fut, dans la préface de sa thèse sur Semmelweiss, écrit : «Parmi tous nos frères, n’est-ce point notre rôle de regarder en face cette terrible vérité, le plus utilement, le plus sagement ? Et c’est peut-être cette calme intimité avec leur plus grand secret que l’orgueil des hommes nous pardonne le moins.» Je pense qu’il a raison, en grande partie. Il y a dans le regard porté sur le médecin un curieux mélange d’affection, de respect, d’estime, et de défiance, voire d’animosité – il suffit pour s’en convaincre de lire les débats ou les invectives sur les forums internet dès qu’il est question des gardes de nuit des médecins généralistes ou de leur rémunération, par exemple : le médecin fantasmé devrait être disponible à toute heure, à tout moment, et ne devrait pas se préoccuper d’argent- . Cette ambiguité vis-à-vis des médecins les plus souvent impliqués dans la fin de vie des patients me semble inconsciemment liée à ce « grand secret ». Les religieux échappent en partie à cette ambiguité parce que dans la religion catholique ils ne sont pas sensés être sexués… Le médecin « connaît » et la mort et le sexe, ce n’est pas anodin. A ce sujet, je me demande pourquoi on ne pose pas plus souvent ces questions aux agents des pompes funèbres, qui, question « calme intimité avec leur plus grand secret » en connaissent un rayon….

 

Annick : Selon toi, qu'est-ce qu'une "bonne mort"?

 

Christian Lehmann  Je ne sais pas. Chacun définit ça selon ses craintes ou ses aspirations. Pour moi, une bonne « fin de vie », c’est une fin de vie pendant laquelle, chaque jour, le patient, même très diminué, a « profité » de moments de paix, de bonheur, où il a pu goûter encore à la vie, profiter des siens.
Chacun définit ce que serait une bonne mort ou une mort insupportable. Et pour boucler la boucle, je pense à cette dame de 80 et quelques années qui m’a dit l’autre jour : « Je ne veux pas mourir en Sarkozye ».

 

  Christian Lehmann

http://enattendanth5n1.blog.20minutes.fr/

www.christianlehmann.net
A venir : un commentaire de son livre "Une question de confiance"


Pour voir la position de Nicolas sarlozy ; "Nous n'avons pas le droit d'interrompre volontairement la vie." Différence entre faire mourir et laisser mourir. Emission du 28/04/2007 , avec Arlette Chabot
 
http://video.google.fr/videosearch?q=euthanasie&hl=fr&emb=0&aq=f#q=euthanasie&hl=fr&emb=0&aq=f&start=40

 

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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 09:38

Ai-je le droit de mourir ?
le 12 mars 2008
Restaurant La Mama à Poissy à 20H30


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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /2009 21:07

COMMENT RECONNAITRE UN ESPRIT EN BONNE SANTE ?

Si  l’on considère que pour savoir de quoi l’on parle à ce propos, la vieille technique de nos cours de philo consistant à chercher les définitions des mots dans le dictionnaire reste encore un moyen ;

 Voici donc ce que j’y ai trouvé pour Esprit :

 Principe de la pensée et de la réflexion. Aptitude intellectuelle particulière. Vivacité dans la réflexion, etc..

 

Quant au terme de "santé"accolé à "bonne" je n’ose y voir un petit côté hygiéniste, cher à nos bons docteurs du XIXème siècle, traquant le miasme et préférant la jonquille, à la quête d’un esprit sain dans un corps sain ? Mais passons.

 

Ainsi l’esprit sera considéré comme générant pensée et réflexion, selon la première formule proposée, sans toutefois négliger le fait qu’ici on nous interpelle sur comment le reconnaître en bonne santé, cet esprit.

Forte de tout ces éléments je ne suis pas plus avancée pour aboutir à une quelconque idée sur le sujet.

Pour ma part, une formation en psychologie me porterait plutôt à chercher ce qui tente de définir un esprit qui n’est pas en bonne santé, pour essayer ensuite d’imaginer à quoi ressemble l’autre. En d’autres termes comment distinguer le pathologique du normal.

 

En essayant de faire court et pas cours, on peut dire que la psychopathologie est la science qui étudie les maladies mentales et aussi l’étude de la pathologie du psychologique : on est au cœur du sujet….

Notons aussi qu’on parle de pathologie pour les adultes. Les enfants présentant surtout de "traits".

Si l’on cherche du coté des pathologies, dites lourdes ou psychotiques (schizophrénie, paranoïa, maniaco-dépression ou trouble bipolaire) un esprit qui ne paraîtra pas en bonne santé sera caractérisé par le fait que le sujet n’a pas conscience de son trouble bien qu’il souffre, que le rapport à la réalité  est détérioré.      

Pour cela la démarche actuelle consiste à déterminer un ensemble de signes « objectifs ». Ceux ci sont répertoriés comme tels dans les  manuels de «  référence » type DSM IV, CIM 10, et autres brochures classifiantes, (ou nosographique) d’origine anglo-saxonne. On se situera alors dans une psychopathologie dite « athéorique »

Parmi ces signes il me viendra les traits suivants : L’absence à soi même, les épisodes délirants, l’incapacité à se mettre à la place de l’autre pour les pathologies limites, narcissiques, par exemple.

On trouvera dans cet inventaire une litanie rassurante : avec 3, 4, 10 signes ou symptômes repérés, on à un syndrome, on est dans la pathologie, avec quelques uns de moins, pas du tout.

Du coté des troubles dits névrotiques (névrose d’angoisse, hystérique, phobique, obsessionnelle, traumatiques), le rapport du sujet à la réalité est peu ou pas perturbé. C’est un trouble mental qui entraîne une souffrance dont le sujet est conscient. La névrose ne présente pas un listing de symptômes mais c’est plus un système complexe d’aménagement, de compromis du sujet face à l’angoisse. Il trouve des solutions pour « faire avec » On cherchera en vain dans le DSM IV le mot de névrose : mais on y trouvera ceux de « troubles : anxieux, somatoformes »

 

Repérer seulement ces signes peut-être bien utile pour faire l’économie de chercher l’origine du trouble. La psychopathologie psychanalytique[1] est un domaine bien différent du précédent, me semble-t-il, car elle s’attache quant à elle, à donner un sens au symptôme. Et l’intérêt majeur de cette mise en sens est d’avoir une fonction thérapeutique…

On voit pourtant combien il peut être fort tentant d’adhérer au pointage des signes précédemment évoqué. Surtout si l’on subit la pression de grands groupes pharmaceutiques…

 

En considérant que l’on peut se contenter de quantifier et mesurer l’action perceptible, le comportement (ou son trouble), pourquoi chercher à donner du sens à cette action ? Si l’Etranger de Camus nous met mal à l’aise ou nous laisse perplexe c’est par la gratuité de son acte, par l’absence de sens qu’on peut y trouver.

C’est tout le débat qui oppose actuellement tenants de la psychanalyse et ceux de l’école comportementaliste et cognitiviste. Sans parler de l’aspect neurologique et neurobiologique et de l’encore très récent apport de l’imagerie cérébral.

Supprimer le symptôme suffit-il à guérir ? A retrouver un esprit sain?

Gageons que ces quelques pistes aideront à poursuivre le débat.

 

Catherine

 

1) Mais psychanalyse et athéorie ne sont pas les seuls courants : I.Serban recense « Quatorze approches de la psychopathologie" (Paris Nathan 1991)

 

 

 



Par Café-philo de Poissy
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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /2009 23:15

Je pense à toutes celles que j’ai croisées pendant mon enfance. Celles qui restaient, les yeux parfois hagards, les cheveux dénoués, une larme fugitive qui coulait au coin de l’œil,  un sanglot vite réprimé, alors même qu’elles avaient les mains plongées dans l’eau de vaisselle, et le regard qui se perdait dans le soir qui tombait. Qui se perdait réellement, qui s’égarait dans un au-dehors impossible. J’avais tout le temps de décrypter ce subtil langage du corps, les imperceptibles raidissements, les frissons soudain sur la peau, les gestes las. D’une certaine cousine, on disait qu’elle avait eu une attaque de nerfs. On ne l’expliquait pas. D’une autre, on chuchotait qu’elle était prise de boisson. Personne n’allait plus loin que le constat ; ces choses-là ne s’expliquaient pas. Elles étaient du même ordre qu’une soudaine tempête qui s’abattait sur vos bois et vous faisait perdre quelques vieux chênes, ou qu’une récolte compromise par le mauvais temps.

Le village se voulait rassurant, et le bourg cossu, dont les plus belles maisons appartenaient aux plus vieilles familles. Les cloches sonnaient à toute volée le dimanche ; tout cela rythmé par les collines alentour.

Nous avions droit parfois à de brusques effusions de la part des femmes de la famille, toujours imprévisibles et aux moments les plus incongrus. Elles avaient la violence d’un orage de grêle. Elles nous serraient fort alors contre leur poitrine puis nous repoussaient d’un geste brusque comme si nous avions été les seules coupables de cette étrange démonstration d’affection. Parfois, une tante nous plaignait d’être des filles. Mais quand on lui demandait pourquoi, elle se contentait de soupirer interminablement. Cela nous laissait désemparées ; nous avions l’impression d’être menacées par d’innombrables dangers qui guettaient uniquement les femmes et dont on ne savait en quoi ils consistaient exactement. Ce n’est qu’à l’adolescence que nous commencions à soupçonner l’ampleur du désastre.

Mais, de la même manière, nous étions l’objet d’une grande attention à la veille des bulletins de notes. Et lorsqu’on arrivait première de la classe, une sorte de jubilation saisissait les femmes de la maison. Elles restaient ; elles s’y étaient résignées. Mais nous, nous pouvions peut-être partir. C’est ainsi ce qu’on apprenait à lire dans leurs regards fiévreux. Le silence des femmes était bavard, et la plupart du temps leurs bavardages silencieux.

On avait appris que la fille d’un paysan s’était suicidée d’un coup de carabine. Une belle jeune fille…

La voisine, elle, était partie « en maison ». Qu’est-ce qui arrivait donc à toutes ces femmes ? Nous n’en savions rien car nous étions habituées à vivre entourées de mystères. Les hommes, eux, semblaient jouir d’une très bonne santé ; ils prenaient sans demander et ne s’excusaient de rien. Mais quand ils arrivaient, les femmes s’esquivaient, le plus souvent à la cuisine. Des hommes, on entendait le rire tonitruant.

Je regardais et j’observais ; j’essayais avant tout de comprendre … Et puis j’ai fait ce qu’elles attendaient toutes ; un jour, je suis partie…

 

Mon amour à toutes ces femmes …

 

Annick

 

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Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /2009 18:20

A QUOI RECONNAIT-ON UN ESPRIT EN BONNE SANTE ?

 

Avant même de se poser une telle question, il est essentiel de se mettre d’accord sur le sens que l’on attribue aux mots clés de cette question. Il nous faut donc nous demander d’une part ce qu’est un esprit et d’autre part quel sens nous pouvons donner à « bonne santé ».

 

Pour le Larousse, un esprit est un « principe immatériel, vital,une substance incorporelle, une âme (par opposition à chair, corps, matière ). On nous donne aussi : « être incorporel ou imaginaire, revenant, fantôme … ». Je propose de ne pas retenir ce sens même s’il serait probablement assez amusant de se demander ce que peut bien être un fantôme en bonne santé. On peut cependant remarquer qu’ un philosophe tout à fait sérieux : Schelling (XVIIème siècle) admet toutes les croyances dites « irrationnelles » y comprit l’existence des « esprits » !

 

Le troisième sens proposé par le Larousse nous intéressera sans doute davantage puisqu’il s’agit de : « principe de la pensée, activité intellectuelle, intelligence ». L’un des exemples proposés par le même Larousse pour illustrer ce dernier sens mérite d’être relevé eu égard à notre propos : « dans mon esprit ». On pourrait, en effet se demander si ce qui se trouve « dans mon esprit » est, ou non, un signe de bonne santé.

Mais n’anticipons pas. Le mot « esprit » signifie aussi : manière de penser, comportement, intention, ce qui nous renvoie à Pascal et à son esprit de finesse qu’il opposait à « l’esprit de géométrie », ou tout simplement à « avoir mauvais esprit »…

 

 

En ce qui concerne la santé, nous retiendrons la définition de la santé mentale puisque la distinction corps/esprit est communément admise. Le Littré parle d’ailleurs de « santé de l’esprit » et même de « santé de l’âme ». Il est pourtant intéressant de constater que les philosophies dites « spiritualistes » (qui considèrent que l’esprit est une valeur suprême en l’opposant à la matière) ont été critiquées par les « philosophies de l’esprit » dont le représentant le plus célèbre est Husserl. Ces derniers considérant que l’être vivant doit être considéré dans sa totalité.

Compte tenu de notre question de départ, nous conserverons la distinction et nous pourrons réfléchir à partir de la définition du Larousse pour qui la santé mentale correspond à l’équilibre de la personnalité et à la maîtrise de ses moyens intellectuels.

 

On peut se demander ce que représente la maîtrise de ses moyens intellectuels mais, de toutes façons,  on sait déjà qu’en accord ave cette définition, une personne qui ne maîtrise pas ses moyens intellectuels n’a pas un esprit en bonne santé. On va ainsi exclure les personnes handicapées mentales mais aussi celles qui perdent la mémoire ou même les enfants qui apprennent seulement à maîtriser  les dits moyens  Sommes-nous d’accord ?

 

La santé mentale définie par l’équilibre de la personnalité nous pose un nouveau problème car qu’est ce qu’une personnalité « équilibrée » ?

Le mot « persona » renvoie au masque que portaient les acteurs de théâtre pour incarner un rôle. Le masque recouvre la personne. Ainsi, le bébé qui est une personne va se construire une personnalité. Il EST une personne et il va EXPRIMER qui il est en apprenant à se comporter de telle ou telle façon qui lui sera propre, en fonction de ce qu’il aura appris, compris et retenu comme valide de ce qui se joue autour de lui sur le « théâtre » du monde. Ce sera sa personnalité.

 

La personnalité est donc une construction. A quoi reconnaît-on que cette construction est équilibrée donc « saine » (signe de bonne santé) ?

 L’équilibre est défini comme une « position stable » ou comme « une juste combinaison de forces, une répartition harmonieuse et on donne comme « équilibrée » une situation ou une personne qui est « en harmonie ». Etre équilibré est aussi être « mentalement sain » (ce qui ne nous avance pas !) et « pondéré »

 

Au point ou nous en sommes, un esprit en bonne santé appartiendrait donc à une personne équilibrée, c’est-à-dire possédant une personnalité stable, harmonieuse et pondérée .

 

On peut remarquer encore une fois qu’avec une telle définition, nous devons de nouveau exclure les enfants dont la personnalité ne saurait être stable puisqu’elle est en devenir et chez qui la pondération n’est en général pas une qualité très développée !

 

Si on se tourne du côté de la psychologie, un esprit en bonne santé se définira en fonction de certains critères. Les plus importants variant selon les écoles.

Sans espérer les citer tous on pourra retenir quelques idées susceptibles de donner à réfléchir.

Ainsi, la personnalité saine est : en accord avec elle-même, noue avec les autres des relations basées sur le respect de soi et d’autrui, trouve sa place dans la société, vit en accord avec ses valeurs fondamentales, se réalise sur le plan personnel et professionnel, est capable d’autonomie, sait prendre du recul pour réfléchir avant de prendre des décisions importantes, possède estime de soi et confiance en soi sans pour autant se sentir supérieur aux autres, est capable de pardonner et de se pardonner, considère ce qui est bel et bon chez elle, chez les autres et dans son existence plutôt que ce qui ne va pas et a le sens de l’humour.

Bien entendu cette liste n’est pas close … mais on peut aussi se demander si nous n’avons pas nos propres critères pour détecter « un esprit en bonne santé ».

 

J. de Saint Paul le 7 janvier 09

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Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /2009 18:19
  •  Une autre piste de réflexion venue tout droit de chez nos cousins canadiens : Le Comité de la santé mentale du Québec (CSMQ) nous propose la définition suivante: La santé mentale, définie brièvement comme l'état d'équilibre psychique d’une personne à un moment donné, s'apprécie, entre autres, à l’aide des éléments suivants: le niveau de bien-être subjectif, l'exercice des capacités mentales et les qualités des relations avec le milieu.
         Elle résulte d'interactions entre des facteurs de trois ordres: des facteurs biologiques, relatifs aux caractéristiques génétiques et physiologiques de la personne, des facteurs psychologiques, liés aux aspects cognitifs, affectifs et relationnels, et des facteurs contextuels, qui ont trait aux relations entre la personne et son environnement
         Ces facteurs sont en évolution constante et s'intègrent de façon dynamique chez la personne.
         La santé mentale est liée tant aux valeurs collectives dominantes dans un milieu donné qu'aux valeurs propres à chaque personne. Elle est influencée par des conditions multiples et interdépendantes telles que les conditions économiques, sociales, culturelles, environnementales et politiques. Toute condition qui nuit à l'adaptation réciproque entre la personne et son milieu, comme par exemple la pauvreté, la pollution ou la discrimination, constitue un obstacle à la santé mentale. À l'inverse, toute condition qui facilite cette adaptation réciproque, comme par exemple, la distribution équitable de la richesse collective, l'accès à une éducation de qualité ou à un environnement sain, favorise et soutient la santé mentale.
         Dans cette perspective, la santé mentale peut également être considérée comme une ressource collective, à laquelle contribuent tout autant les institutions sociales et la communauté entière que les personnes considérées individuellement.

           L'Organisation mondiale de la santé mentale propose une autre définition qui nous permet de bien saisir les différentes composantes de la santé mentale: Une personne en bonne santé mentale est une personne capable de s'adapter aux diverses situations de la vie, faites de frustrations et de joies, de moments difficiles à traverser ou de problèmes à résoudre
         Une personne en bonne santé mentale est donc quelqu'un qui se sent suffisamment en confiance pour s'adapter à une situation à laquelle elle ne peut rien changer ou pour travailler à la modifier si c'est possible. Cette personne vit son quotidien libre des peurs ou des blessures anciennes qui pourraient contaminer son présent et perturber sa vision du monde. De plus, quelqu'un en bonne santé mentale est capable d'éprouver du plaisir dans ses relations avec les autres. Bref, posséder une bonne santé mentale, c'est parvenir à établir un équilibre entre tous les aspects de sa vie: physique, psychologique, spirituel, social et économique. Ce n'est pas quelque chose de statique, c'est plutôt quelque chose qui fluctue sur un continuum, comme la santé physique.

    Sandrine, internet noctambule
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Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /2009 13:47

Fou, moi ?

 

        L’idée d’assimiler la folie à une maladie mentale, semblable aux autres maladies, n’a jamais pu s’imposer absolument. Le concept de maladie mentale ne recouvre pas purement et simplement celui de folie qui est plus vaste. Cela est dû, en partie à l’histoire et aux avatars de la « folie »…

 

        La folie c’est « l’autre de la raison », parce qu’elle en conteste les normes, et la logique, se mêlant d’élans morbides et suicidaires ou de la violence des passions et du désir. Elle est dé-raison.

        La folie dit quelque chose de l’Homme. C’est pourquoi les sociétés et les cultures ne l’approchent pas de la même façon :

-         soit elle fait peur, on chasse le fou, ou on le brandit comme une menace (tous les hôpitaux qui s’évadent de leurs hôpitaux psychiatriques et menacent la population). Le fou, avant d’être la victime de la maladie est coupable d’être fou. Elle est le stigmate de quelque péché inavoué.

-         Soit elle est la médiatrice d’un autre monde, celui des esprits, de l’au-delà, et la parole du fou devient prophétique .

-         soit, par le bouffon, elle porte la parole d’autres, parole le plus souvent tue.

 

La folie dit.

 

1) De l’âge classique à la révolution

 

Le fou, asocial

Michel Foucault dégage deux éléments, un élément tragique et un élément critique ou de contestation.

L’âge du rationalisme accentuera ce divorce. Descartes exclut la folie de l’ordre de la raison car le fou ne peut pas penser.

On enferme les fous, malades mais aussi asociaux.

Dès le XVIe siècle en Angleterre, puis dans l’Europe toute entière, s’ouvrent des établissements d’internement non médicaux tenus et administrés par des bourgeois et des clercs.

A Paris, selon Foucault, un pour cent de la population y est enfermée.

La folie est le signe d’un châtiment qui frappe celui qui souffre de déraison. De raison ne pouvant être tenu, il devient dé-tenu.

La folie est un « effet du désordre et un obstacle à l’ordre ». On regroupe aussi des psychopathes, des asociaux, des prostituées et des vagabonds.

La folie est la partie visible du péché. On enferme autant les homosexuels, les pervers que les fils de bonne famille.

On peut alors qualifier le fou et le nommer.

Et puis, de toute façon, ceux qui entraient dans ses asiles et n’étaient pas fous le devenaient rapidement. Ainsi d’une pierre on faisait deux coups.

 

Les caractéristiques de la folie

 

Elles sont reconnues par le diagnostic d’un médecin mais l’internement lui, n’est pas soumis à un avis médical. Il est parfois, pour certaines familles ou la police, le seul moyen de mettre fin au scandale (et au scandaleux !).

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, que la médecine diagnostique la folie et propose l’internement.

La folie est alors admise comme un mal nécessaire, une ruse de la nature, qui doit être contenue dans des limites strictes. Tout individu peut sombrer dans la folie car il est un être de chair et de passions. D’ailleurs, il y a de la folie dans l’amour et le désir, la soif de pouvoir ou de richesses. A être trop raisonnable, on n’entreprend rien. Toutes les passions ont un versant obsessionnel qui en font des sortes de folie.

 

Théorie médicale et thérapeutique

 

C’st au XIXe siècle que théorie médicale et thérapeutique vont être étroitement liées.

Quelle thérapeutique ?

-réveiller le malade, le secouer, l’arracher à lui-même (techniques assez brutales)

-         montrer le délire et le transposer dans la réalité (ex, on feint d’extraire du corps du malade le serpent qu’il prétend avoir dans le ventre ).

-         ramener le malade à une vie simple, à la campagne.

 

Mais c’est d’abord la relation complètement ignorée. du médecin et de son patient qui est la source de toute thérapeutique

 

Les théories

         La plus connue est la théorie des humeurs : l’altération du fluide dans le système nerveux est la cause de la mélancolie.

Le fou est un rêveur qui ne se réveille pas et n’arrête plus de rêver. N’appelle-t-on pas l’imagination, la folle du logis ?

         Il y a une distinction entre l’hystérie et l’hypocondrie, appelée aussi hystérie masculine, entre les maladies de l’esprit et les maladies des nerfs qui sera la première distinction établie entre névrose et psychose.

 

Les causes ?

 

On dénonce les conditions socio-économiques : le relâchement des mœurs, la littérature, la vie des villes (fin XVIIIe)

La folie devient la « nature perdue, le sensible dérouté, l’égarement du désir, le temps dépossédé de ses mesures. »

En face de cela, la nature, au contraire, c’est la folie abolie, l’heureux retour de l’existence à sa plus proche vérité ».

 

A travers la folie, on ne parle jamais de l’histoire du sujet, mais de celle du milieu dans lequel il vit .

 

 

L’indignation révolutionnaire

 

Il y a cet épisode souvent cité, de Pinel à l’hôpital de Bicêtre, délivrant les malades de leurs chaînes. On commence à penser qu’il serait moins coûteux de soigner le fou au sein de sa famille. Il pourra exprimer sa folie dans ce qu’elle a de moins nuisible.

 

2) la folie, objet de connaissance scientifique

 

Du Moyen Age à l’Age Classique, on pensait que tout le monde pouvait devenir fou. En devenant objet de science, le fou devient objet d’investigation qui ne partage plus rien avec celui qui l’observe, sujet doué de raison et possesseur de la science.

 

 La pathologie mentale :

Les désordres de la conduite, de l’affectivité, ou de la pensée sont dues à des lésions ou des altérations de la matière cérébrale, telles sont les conclusions. Mais les moyens d’intervention sont quasi-inexistants, pas d’imagerie médicale, de scanner, d’opérations du cerveau possibles. Les maladies sont donc soignées dans des hôpitaux psychiatriques par des méthodes souvent archaïques voire cruelles.

 

L’avènement des découvertes du freudisme ont définitivement compromis la notion de folie qui n’avait de sens que dans la mesure où il lisait une réalité sociale, l’existence des fous. La seule compréhension des « fous » était obtenue par la comparaison de leurs conduites avec celle de gens « normaux ».

Or, la normalité n’a de signification sociale. Pour Freud, est pathologique la conduite de celui qui ne peut aimer ou qui ne peut travailler, c’est-à-dire qui est dans l’incapacité d’établir des rapports affectifs et sexuels comportant stabilité et satisfaction, ou ne pouvant exploiter ses capacités intellectuelles, créatives …

 

Que sont donc devenus les fous ?

 

Annick

 

 

Article sur la folie de Alphonse de Waelens dans le dictionnaire de la philosophie (encyclopediae universalis) dont j’ai suivi le plan.

Michel Foucault « Histoire de la folie à l’âge classique ».

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