Philopiste
Souriez, vous êtes filmé ! (ou la dérive sécuritaire)
Le désir de discuter de ce sujet m'est venu en regardant une série télévisée : « FBI porté disparu », où il suffit que les policiers se procurent le moindre détail sur une personne pour tout savoir sur elle immédiatement. Depuis son premier rhume jusqu'au repas de la veille au soir, en passant par l'ensemble de ses communications téléphoniques. Tout ceci pour le bien des honnêtes gens.
Donc, les questions que nous pourrions nous poser sont : de quelle sécurité avons-nous besoin ; à quel coût, pour notre vie privée et notre liberté ; et assurée par qui ?
Un philosophe anglais du XVII° siècle, Hobbes, répond à cette question dans son livre : « le Léviathan ». Pour lui, les hommes sont en lutte tous contre tous, d'où l'expression : « L'homme est un loup pour l'homme ». Et la seule possibilité d'assurer notre sécurité, c'est de se mettre sous la protection d'un puissant et de ce fait lui abandonner tous nos droits. Il va sans dire que Hobbes était partisan de la monarchie absolue.
A la même époque un autre philosophe, Locke , est un promoteur du libéralisme politique, où le roi est soumis aux lois, et où la sécurité de la nation est assurée par le parlement. Si nous prenons deux siècles plus tard l'ouest des États-Unis : au début chacun se défend le colt à la main ; mais après des shérifs sont chargés d'assurer l'ordre, ils sont élus et révocables par la population. C'est dans ce pays qu'en 2001 le USA Patriot act est voté. Il oblige toute personne, physique ou morale à communiquer au FBI les renseignements qu'il demande sans en informer la personne concernée (200 000 cas entre 2003 et 2006).
De quelle sécurité avons-nous besoin ? Comment hiérarchiser les dangers qui nous menacent ? Pourquoi certains faits sont-ils montés en épingle ?
Il est évident que nous avons besoin de sécurité, comme disait le rat des champs : « Fi d'un plaisir que la peur peut corrompre ». Mais une sécurité absolue est-elle nécessaire, est-elle possible ? Devons-nous nous assurer contre tout : la neige en hiver , le soleil en été ?
Qui menace le plus ma vie ? Le délinquant relâché par un juge obligatoirement laxiste, ou le conducteur inattentif lorsque j'essaie de traverser une rue à Paris ? Il n'y a pas très longtemps, il y avait en France 12 000 morts par an sur les routes (en moyenne plus de 30 par jours, dont bon nombre d'enfants) et l'on considérait cela comme une fatalité inévitable, mais lorsque qu'un enfant a été enlevé et tué par Patrick Henry, Roger Gicquel ouvre son journal par la phrase : « La France a peur ».
La peur permet-elle de vendre plus de journaux ? De faire accepter des lois plus coercitives ? Les violences dans les lycées existent tout au long de l'année, avec généralement une pointe en décembre. Mais, avant noël, les médias pensent à autre chose. Survient un creux dans l'actualité, et tout d'un coup, les lycées sont à feu et à sang. A ce sujet lire l'article de Daniel Schneidermann dans le journal libération du 22 février 2010 : « La violence scolaire, une valeur en hausse ».
Comment sommes-nous surveillés ? Avec quelle efficacité ? Et avec quels dangers ?
Les possibilités de surveillance progressent au rythme de l'informatisation de la société. La carte bancaire indique ce que vous avez consommé, où et quand. Un reportage à la télévision montrait un banquier utilisant ces informations pour décider ou non d'accorder un prêt. Il y a aussi téléphone portable qui indique non seulement l'historique de vos communications mais aussi le lieu où vous êtes. Deux journalistes anglais ont fait une expérience : l'un, grâce à un logiciel et au numéro du portable de l'autre, a pu le suivre dans ses déplacements toute une journée à cinquante mètres près. Les puces RFID qui se généralisent, par exemple dans le passe navigo, permettent de contrôler en temps réel l'activité de la personne. Les caméras de surveillance, présentées comme la panacée de la sécurité, se multiplient au grand bénéfice des fournisseurs. Par exemple, à Londres, qui est en pointe sur ce sujet, un londonien peut-être filmé jusqu'à 300 fois dans une journée (une fois toutes les une ou deux minutes). Mais si l'on veut surveiller les millions de Londoniens, il faut combien de personnes derrière les écrans des caméras ? Lors des attentats de Londres, la police a pu rapidement retracer le trajet des poseurs de bombes, mais elle n'a pas pu prévenir l'attentat. Les caméras que l'on met dans les lycées augmentent-elles la sécurité ou la bonne conscience des décideurs ? Vont-elles empêcher le racket, l'intimidation, ou seulement les tags effectués en face de la caméra ? Plus la masse d'information augmente, plus elle est difficile à gérer. Récemment un Nigérian a essayé de faire exploser un avion avec des explosifs cachés sur lui. Or son père l'avait signalé aux autorités américaines. Malgré cela, il a pu embarquer. On va donc surveiller des millions de passagers et laisser passer des cas évidents. Peut-on dire que trop d'information tue l'information ?
Mais le progrès est en marche. Les nanotechnologies arrivent. Alex Turk, président de la commission informatique et liberté déclare (libération du 25 février) : « Serons-nous capables de renoncer ou d'interdire des applications ? Lorsque les systèmes d'observation et d'écoute deviendront invisibles, comment serons-nous certains d'être seuls ? Il faut vraiment y réfléchir car cela sera irréversible ».
Qui a le droit de nous surveiller ? Qui contrôle les surveillants ? Quelles possibilités avons nous d'accéder aux informations collectées sur nous ?
Au prétexte de quelques cas fortement médiatisés, on laisse les autorités fouiller à loisir dans notre vie privée. Avec la justification mille fois répétée : « Si vous n'avez rien à vous reprocher, vous ne risquez rien ». Est-on obligé d'avoir une vie sans tache ? Si monsieur X est rentré chez lui un peu éméché il y a trente ans n'a-t-il pas le droit à l'oubli ?
Est-on obligé d'être transparent ? Dans le sabotage des TGV, un policier a dit que Julien Coupat était suspect car il n'avait pas de téléphone portable. Autrement dit, il n'était pas possible de surveiller ses déplacements.
Dans une petite communauté, un village par exemple, tout le monde se connaît et sait tout sur les activités de l'autre. Ceci n'est peut-être pas plaisant, mais c'est réciproque ; je peux surveiller mon surveillant. Or maintenant certains s'arrogent le droit de surveiller et d'autres n'ont que le droit d'être surveillés « big brother vous regarde ».
Il est toujours affirmé que toutes ces informations ne sont consultables que par la justice et la police. Ceci est bien sûr faux ; il peut toujours y avoir des fuites. Par exemple, lors de la dernière campagne électorale pour les régionales en Ile de France, des candidats du Val-d'Oise ont divulgué des informations confidentielles sur un concurrent, certaines provenant des fichiers de la police, d'autres de la justice.
Et si ses informations sont fausses ? Comment les faire rectifier ? Comment vérifier que la rectification a été faite ? Supposons que j'aie un homonyme qui soit bien connu des services de police, serai-je continuellement en butte à toutes les suspicions ?
Comment faire pour effacer les informations vraies ou fausses présentes sur internet ? Un recruteur doit-il tout savoir de moi ? Si j'ai imprudemment mis des textes ou des photos, sur internet suis-je obligé d'en pâtir toute ma vie ?
Toutes ces questions peuvent alimenter notre réflexion en vue de notre réunion du 8 avril 2010
Jean-Louis
Quelques livres qui m'ont aidé à préparer ce texte :
La frénésie sécuritaire (retour à l'ordre et nouveau contrôle social)
sous la direction de Laurent Mucchielli aux éditions La découverte.
Sous surveillance (démêler le mythe de la réalité)
de Françoise le Blomac et Thierry Rousselin aux éditions Les cahiers de l'info.
La globalisation de la surveillance (aux origines de l'ordre sécuritaire)
d'Armand Mattelart aux éditions La découverte.
La démocratie post-totalitaire
de Jean-Pierre Le Goff aux éditions La découverte.
Touche pas à ma vie privée Que choisir numéro spécial septembre 2009.


rce que moins j'ai le moral, plus je vais mal physiquement! Toujours
cette relation corps-esprit.















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