Philopiste

Souriez, vous êtes filmé ! (ou la dérive sécuritaire)

 

            Le désir de discuter de ce sujet m'est venu en regardant une série télévisée : « FBI porté disparu », où il suffit que les policiers se procurent le moindre détail sur une personne pour tout savoir sur elle immédiatement. Depuis son premier rhume jusqu'au repas de la veille au soir, en passant par l'ensemble de ses communications téléphoniques. Tout ceci pour le bien des honnêtes gens.

            Donc, les questions que nous pourrions nous poser sont : de quelle sécurité avons-nous besoin ; à quel coût, pour notre vie privée et notre liberté ; et assurée par qui ?

            Un philosophe anglais du XVII° siècle, Hobbes, répond à cette question dans son livre : « le Léviathan ». Pour lui, les hommes sont en lutte tous contre tous, d'où l'expression : « L'homme est un  loup pour l'homme ». Et la seule possibilité d'assurer notre sécurité, c'est de se mettre sous la protection d'un puissant et de ce fait lui abandonner tous nos droits. Il va sans dire que Hobbes était partisan de la monarchie absolue.

            A la même époque un autre philosophe, Locke , est un promoteur du libéralisme politique, où le roi est soumis aux lois, et où la sécurité de la nation est assurée par le parlement. Si nous prenons deux siècles plus tard l'ouest des États-Unis :  au début chacun se défend le colt à la main ; mais après des shérifs sont chargés d'assurer l'ordre, ils sont élus et révocables par la population. C'est dans ce pays qu'en 2001 le USA Patriot act est voté. Il oblige toute personne, physique ou morale à communiquer au FBI les renseignements qu'il demande sans en informer la personne concernée (200 000 cas entre 2003 et 2006).

            De quelle sécurité avons-nous besoin ? Comment hiérarchiser les dangers qui nous menacent ? Pourquoi certains faits sont-ils montés en épingle ?

            Il est évident que nous avons besoin de sécurité, comme disait le rat des champs : « Fi d'un plaisir que la peur peut corrompre ». Mais une sécurité absolue est-elle nécessaire, est-elle possible ? Devons-nous nous assurer contre tout : la neige en hiver , le soleil en été ?            

            Qui menace le plus ma vie ? Le délinquant relâché par un juge obligatoirement laxiste, ou le conducteur inattentif lorsque j'essaie de traverser une rue à Paris ? Il n'y a pas très longtemps, il y avait en France 12 000  morts par an sur les routes (en moyenne plus de 30 par jours, dont bon nombre d'enfants) et l'on considérait cela comme une fatalité inévitable, mais lorsque qu'un enfant a été enlevé et tué par Patrick Henry, Roger Gicquel  ouvre son journal par la phrase :  « La France a peur ».

            La peur permet-elle de vendre plus de journaux ? De faire accepter des lois plus coercitives ? Les violences dans les lycées existent tout au long de l'année, avec généralement une pointe en décembre. Mais, avant noël, les médias pensent à autre chose. Survient un creux dans l'actualité, et tout d'un coup, les lycées sont à feu et à sang. A ce sujet lire l'article de Daniel Schneidermann  dans le journal libération du 22 février 2010 : « La violence scolaire, une valeur en hausse ».

            Comment sommes-nous surveillés ? Avec quelle efficacité ? Et avec quels dangers ?

            Les possibilités de surveillance progressent au rythme de l'informatisation de la société. La carte bancaire indique ce que vous avez consommé, où et quand. Un reportage à la télévision montrait un banquier utilisant ces informations pour décider ou non d'accorder un prêt. Il y a aussi téléphone portable qui indique non seulement l'historique de vos communications mais aussi le lieu où vous êtes. Deux journalistes anglais ont fait une expérience : l'un, grâce à un logiciel et au numéro du portable de l'autre, a pu le suivre dans ses déplacements toute une journée à cinquante mètres près. Les puces RFID qui se généralisent, par exemple dans le passe navigo, permettent de contrôler en temps réel l'activité de la personne. Les caméras de surveillance, présentées comme la panacée de la sécurité, se multiplient au grand bénéfice des fournisseurs. Par exemple, à Londres, qui est en pointe sur ce sujet, un londonien peut-être filmé jusqu'à 300 fois dans une journée (une fois toutes les une ou deux minutes). Mais si l'on veut surveiller les millions de Londoniens, il faut combien de personnes derrière les écrans des caméras ? Lors des attentats de Londres, la police a pu rapidement retracer le trajet des poseurs de bombes, mais elle n'a pas pu prévenir l'attentat. Les caméras que l'on met dans les lycées augmentent-elles la sécurité ou la bonne conscience des décideurs ? Vont-elles empêcher le racket, l'intimidation, ou seulement les tags effectués en face de la caméra ? Plus la masse d'information augmente, plus elle est difficile à gérer. Récemment un Nigérian a essayé de faire exploser un avion avec des explosifs cachés sur lui. Or son père l'avait signalé aux autorités américaines. Malgré cela, il a pu embarquer. On va donc surveiller des millions de passagers et laisser passer des cas évidents. Peut-on dire que trop d'information tue l'information ?

            Mais le progrès est en marche. Les nanotechnologies arrivent. Alex Turk, président de la commission informatique et liberté déclare (libération du 25 février) : « Serons-nous capables de renoncer ou d'interdire des applications ? Lorsque les systèmes d'observation et d'écoute deviendront invisibles, comment serons-nous certains d'être seuls ? Il faut vraiment y réfléchir car cela sera irréversible ».

            Qui a le droit de nous surveiller ? Qui contrôle les surveillants ? Quelles possibilités avons nous d'accéder aux informations collectées sur nous ?

            Au prétexte de quelques cas fortement médiatisés, on laisse les autorités fouiller à loisir dans notre vie privée. Avec la justification mille fois répétée : «  Si vous n'avez rien à vous reprocher, vous ne risquez rien ». Est-on obligé d'avoir une vie sans tache ? Si monsieur X est rentré chez lui un peu éméché il y a trente ans n'a-t-il pas le droit à l'oubli ?

            Est-on obligé d'être transparent ? Dans le sabotage des TGV, un policier a dit que Julien Coupat était suspect car il n'avait pas de téléphone portable. Autrement dit, il n'était pas possible de surveiller ses déplacements.

            Dans une petite communauté, un village par exemple, tout le monde se connaît et sait tout sur les activités de l'autre. Ceci n'est peut-être pas plaisant, mais c'est réciproque ; je peux surveiller mon surveillant. Or maintenant certains s'arrogent le droit de surveiller et d'autres n'ont que le droit d'être surveillés « big brother vous regarde ».

            Il est toujours affirmé que toutes ces informations ne sont consultables que par la justice et la police. Ceci est bien sûr faux ; il peut toujours y avoir des fuites. Par exemple, lors de la dernière campagne électorale pour les régionales en Ile de France, des candidats du Val-d'Oise ont divulgué des informations confidentielles sur un concurrent, certaines provenant des fichiers de la police, d'autres de la justice. 

            Et si ses informations sont fausses ? Comment les faire rectifier ? Comment vérifier que la rectification a été faite ? Supposons que j'aie un homonyme qui soit bien connu des services de police, serai-je continuellement en butte à toutes les suspicions ?

            Comment faire pour effacer les informations vraies ou fausses présentes sur internet ? Un recruteur doit-il tout savoir de moi ? Si j'ai imprudemment mis des textes ou des photos, sur internet suis-je obligé d'en pâtir toute ma vie ?

           

            Toutes ces questions peuvent alimenter notre réflexion en vue de notre réunion du 8 avril 2010

 

                                                                                                Jean-Louis

 

Quelques livres qui m'ont aidé à préparer ce texte :

 

La frénésie sécuritaire (retour à l'ordre et nouveau contrôle social)

sous la direction de Laurent Mucchielli aux éditions La découverte.

Sous surveillance (démêler le mythe de la réalité)

de Françoise le Blomac et Thierry Rousselin aux éditions Les cahiers de l'info.

La globalisation de la surveillance (aux origines de l'ordre sécuritaire)

d'Armand Mattelart aux éditions La découverte.

La démocratie post-totalitaire

de Jean-Pierre Le Goff aux éditions La découverte.

Touche pas à ma vie privée Que choisir numéro spécial septembre 2009.


    

Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /2009 11:43


Sartre a représenté la figure de l’intellectuel engagé au XXe siècle plus qu’aucun autre, plus que Camus peut-être, avec qui la polémique a été vive, et avec lequel Sartre finira par se brouiller.

 

Sartre a posé les bases d’une nouvelle philosophie de la liberté et de la responsabilité dans « l’Etre et le néant », ouvrage philosophique assez ardu, qu’il a rendu plus accessible avec « L’existentialisme est un humanisme ». Le maître mot en est « l’existence précède l’essence » : nous sommes ce que nous faisons et décidons et non des êtres dont le destin serait fixé à l’avance.

Cette philosophie qui deviendra un mouvement et un style de vie, repose sur l’idée que la conscience de l’homme introduit au cœur du sujet un hiatus, un espace, un « néant » qui l’empêche de coïncider avec lui-même comme peut le faire un objet. L’homme peut toujours changer d’orientation, poser des choix qui ne sont pas seulement le reflet de son origine et de son milieu. En effet, ce n’est pas parce que vous êtes de parents catholiques, ou communistes, que vous le serez vous-mêmes. Vous pouvez toujours changer de vie.

L’homme, puisqu’il n’est pas guidé uniquement par son instinct, est un être de projets, qui s’engage dans le monde. Il doit se projeter dans le monde car il est libre, et en tant qu’être libre, « il se créé lui même, il crée son être, ses idéaux, ses valeurs par sa seule initiative, d’une manière toute gratuite. »

Il n’y a pas de déterminisme, les motifs qui peuvent inspirer mes actes, par ma capacité à réfléchir et à mettre à distance, peuvent être reconsidérés, et mêmes niés.

         Cette philosophie permet donc l’engagement. L’homme doit orienter son existence par son action, lui trouver un sens, ou une raison d’être. Il fait partie d’une communauté humaine dans laquelle il peut agir, ou plutôt il doit agir, car ne rien faire c’est encore faire quelque chose, donner son assentiment aux injustices qui sont commises.

Mais agir, c’est aussi accepter le compromis,  et avoir parfois « les mains sales », au même titre que celui qui répare une voiture, prépare la pâte d’une tourte, va se salir les mains.  L’homme est un « artisan » qui ne vit pas dans un monde d’idées et d’intentions. C’est aussi la critique d’une certaine philosophie où l’on juge l’acte uniquement par son intention,- si l’intention est pure, l’acte est pur.

         C’est pourquoi Sartre a été assez longtemps proche du parti communiste français avec lequel il rompra lorsque l’armée rouge écrasera l’insurrection de Budapest.

Son livre « Les mains sales » qui est une pièce de théâtre, pose la question de l’usage de la violence dans l’action révolutionnaire. La fin justifie-t-elle les moyens ? Ne risque-t-on pas ternir son idéal par les moyens employés pour le réaliser ?

Albert camus, dans une autre pièce, « Les Justes » fera écho à celle de Sartre. A partir d’un fait historique réel, il pose la question de savoir si on peut commettre des crimes au nom d’un idéal sans devenir soi-même un criminel.

Jusqu’où peut-on nier sa pensée et sa liberté au nom d’une cause ?

 
Bibliographie

L'existentialisme est un humanisme, Folio essais Gallimard.

L'être et le néant, Collestion Tel Gallimard
Les mains sales, Jean-Paul Sartre, Folio Gallimard
Les justes , Albert camus, Folio Gallimard

Pour en savoir plus :

Les douze thèmes principaux de la philosophie existentielle

 

Une BD amusante sur Sartre et Camus

 

La polémique Camus-Sartre

 

Le rôle des intellectuels.

 

 

 

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comment agir et suivant quels principes? - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /2009 16:16



        Daniel Mothé, Le Métier de militant, Seuil, 1973.

         Henri Mendras (éd.), La Sagesse et le désordre, Gallimard, 1980.

        Jacques Ion, La Fin des militants, Éditions de l'Atelier, 1997.

        Tim Jordan, S’engager ! les nouveaux militants, activistes, agitateurs…, Editions Autrement, mars 2003.

        Jacques Ion, Spyros Franquiadakis, Pascal Viot, Militer aujourd'hui, Autrement, 2005.
        Olivier Fillieule (éd.), Le Désengagement militant, Belin, 2005.

        Xavier Crettiez & Isabelle Sommier, La France rebelle : Tous les mouvements et acteurs de la contestation, Editions Michalon, 2006.

        Daniel Cefaï, Pourquoi se mobilise-t-on ?, Editions La Découverte – Mauss, 2007.

         Laurent Jeannau et Sébastien Lernoult, Les Nouveaux Militants, Les Petits Matins, 2008.

           Raymond Aron, L'Opium des intellectuels, Calmann-Lévy, 1955.

        Albert Camus, Discours de Suède, Gallimard, 1958.

        Christophe Charle, Naissance des « intellectuels » (1880-1900), Éditions de Minuit, 1990 (réédition en 2001).

        Christophe Charle, Les Intellectuels en Europe au XIXe siècle : essai d'histoire comparée, Seuil, 1996.

        Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de garde, Liber, 1997 (réédition en 2005).

        Paul Nizan, Les Chiens de garde, Rieder, 1932 (réédition en 1998).

       Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, Les Intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Armand Colin, 1986 ; 3e éd. 2002.

 (source : Wikipédia)

Par Café-philo de Poissy
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 20:16

     Participer à un mouvement collectif, suppose participer à un moment de sa vie à un mouvement associatif ou politique mais également à un simple mouvement de protestation, plus éphémère. Cela suppose de la part de celui qui prend part à ces mouvements, un certain engagement.

L’engagement définit une attitude qui consiste à intervenir dans la vie de la cité, à se sentir concerné par tout ce qui s’y passe. C’est un mode de vie, et une façon de se poser en tant qu’acteur en refusant d’être un spectateur passif.. En effet, il est hors de question, pour celui qui s’engage, que les choses se fassent sans lui.

Mounier disait déjà que nous sommes em-barqués dans le monde, et que quoi que l’on fasse, même le fait de ne rien faire, sera considéré comme un acte. L’homme est co-existant à la société dans laquelle il vit, et c’est en ce sens qu’Aristote pouvait définir l’Homme comme un animal social. Nous sommes en interactions constantes avec le milieu dans lequel nous vivons ; ne pas protester contre une injustice, laisser faire, est une façon d’y participer, qu’on le veuille ou non. Même si nous sommes dé-bordés par la complexité du monde dans lequel nous vivons  et qu’il est impossible d’être sur tous les fronts, il n’en reste pas moins que nous sommes responsables au sens où l’entendait Sartre. La liberté c’est parfois simplement le pouvoir de dire non.

            Aussi cette participation peut être plus large que ce que l’on entendait traditionnellement par militantisme jusque dans les années 70. Le militantisme, qui a été longtemps un militantisme de classe, soutenu par l’adhésion à un parti politique ou un syndicat, a beaucoup évolué aujourd’hui. On parle désormais d’un militantisme post-it, qui est « l’engagement éphémère » pour une cause particulière. Par exemple, les récentes manifestations de lycéens ou les actions engagés par les professeurs chercheurs ont été à l’origine de blogs, de structures et d’associations, qui se déferont certainement lorsque ces derniers auront obtenu ce qu’ils demandent.

            Cette conception de la citoyenneté est peut-être également la conséquence de ce que l’on a appelé la fin des idéologies, dans des sociétés où l’individualisme est beaucoup plus fort. Il ne s’agit plus de sacrifier sa vie à une cause, ou ses idées à l’appareil d’un parti. Pour autant, l’engagement n’est pas mort mais il a pris une autre forme. Luttes pour secourir les sans-papiers, manifestations contre les OGM, création d’associations, sont autant de formes d’engagement aujourd’hui qui permettent d’agir en conformité avec ses convictions personnelles.

            Il n’est donc pas nécessaire de renoncer à une pensée autonome dans un mouvement collectif ; tout d’abord parce que chaque parole peut être écoutée, il n’y pas de censure, et d’autre part parce que ces mouvements sont si différents et si variés, qu’il est bien rare de ne pas trouver une association ou un mouvement qui reflète ses valeurs ou ses idéaux. Cette pléthore d’initiatives est-elle un mal, dilue-t-elle les énergies ? C’est ce qu’il faudrait examiner plus tard.

L’engagement politique pose des problèmes d’un autre ordre, puisqu’il existe un appareil, des dirigeants, et à voir la cacophonie qu’il y règne parfois, une certaine démocratie. Toutefois ces divergences constantes d’opinions, ces luttes entre des personnalités contrastées nuisent considérablement à l’action politique.

Ce ne sont ici que quelques pistes, d’ordre très général, et nous avons quelques semaines pour les explorer

Une critique du militantisme post-it,  par Lilian Mathieu.


Article de Lilian Mathieu à propos des nouvelles formes de militantisme

 

Article sur le militantisme humanitaire.


 

 

A propos du militantisme post-it :

Jacques Ion, sociologue, chercheur au CNRS

« Le nombre des militants traditionnels a certes diminué mais l'engagement n'a pas pour autant disparu, constate Jacques Ion, sociologue chercheur au CNRS. D'après lui, nous serions passés d'une forme d'engagement militant à un engagement distancié. L'engagement militant est le modèle proposé par l'auteur pour expliquer le monde associatif des années 60. Les groupes étaient alors organisés sur le modèle fédéral. Les personnes adhéraient à des organisations dont elles étaient déjà proches par le milieu social ou professionnel, ce que l'auteur appelle "appartenances et sociabilités primaires". Ce modèle était marqué par une forte délégation et la logique du nombre y apportait force et légitimité. A l'inverse, dans le modèle de l'engagement distancié, les individus sont plus indépendants de leur milieu d'origine. Ils s'impliquent au sein de leurs associations tout en gardant la maîtrise de leurs engagements. Dans leur action militante, ils valorisent davantage leurs ressources personnelles. Ce mouvement est marqué par une grande "individuation". Leurs objectifs sont limités pour une durée déterminée et ils privilégient dans leurs actions une efficacité immédiate. » Source : http://www.esj-lille.fr/atelier/magan2/militant/art1_2b.htm

 


 

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comment agir et suivant quels principes? - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 20:13

"Notre époque qui parle si fort d'engagement ne s'engage pas tant qu'elle le dit. Elle cultive la ressemblance de l'engagement, qui est l'engagement pour la cause qui va sûrement triompher". J. Guitton

"Dans chaque nouvelle situation, il faut qu'à nouveau il (le polittique) s'interroge sur ses fins, qu'il les choisisse et les justifie sans secours. Mais précisément, c'est dans ce libre engagement que réside la morale." (Simone de Beauvoir, L'existence et la sagesse des nations.

" On parle toujours de s'engager, comme s'il dépendait de nous : mais nous sommes engagés, embarqués, pré-occupés. C'est pourquoi l'abstention est illusoire. (E. Mounier", Le personnalisme.)

" Un homme n'existe pas à la manière de l'arbre ou du caillou : il faut qu'il se fasse ouvrier(...) : il est engagé, il faut parier, et l'abstention est un choix. Totalement engagé et totalement libre". (Jean-paul Sartre, Situations II)

Par Café-philo de Poissy
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 19:40
      
Le mot est dérivé du latin vas, vadis (caution, gage), le préfixe en (latin in) marquant l'action de mise en gage.

A) Primitivement (engagement limité aux choses) : action d'engager au sens de mettre en gage", "remettre comme gage". Engagement de bijoux au mont-de-piété.

B) Par extension, (engagemnt affectant la personne) :
1) Action de s'engager (engagement actif ou subjectif), c'est-à-dire de contracter une obligation soit légale, soit morale, ou encore ce à quoi l'on s'est engagé. L'engagement mutuel des époux. Contracter un engagement dans la marine.
2) Situation de celui qui se trouve engagé (engagement passif ou objectif), situation de laquelle découlent des obligations qu'il doit assumer, bien qu'il ne les ait pas contractés par une libre décision.
"Certains engagements se forment sans qu'il intervienne aucune convention, ni de la part de celui qui s'oblige, ni de la part de celui envers lequel il est obligé. (code civil, art, 1870)

C) Aujourd'hui s'est répandue, dans le domaine politico-social, une mystique de l'engagement, lequel peut se caractériser comme l'action.
1) Mettre ses forces et sa pensée au service d'une cause.
2) Prendre une très nette conscience réfléchie de la situation, en particulier de la situation sociale, dans laquelle on se trouve engagé et d'en assumer les intérêts ou obligations.
3) Aller de l'avant comme si l'on était certain de la valeur absolue de son choix, tout en sachant qu'on risque se tromper.

Ceci posé, comment l'engagement pour une cause dans un mouvement collectif limite-t-elle inévitablement ma liberté d'action au profit de l'action commune ?
Pour autant, cet engagement nécessite-t-il une inféodation aux idées d'un parti, ou d'un mouvement quel qu'il soit, puis-je garder une pensée autonome et donc un esprit critique ?
Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comment agir et suivant quels principes? - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /2009 07:27
Tous les moyens de l'esprit sont enfermés dans le langage, qui n'a point réfléchi sur le langage, n'a point réfléchi du tout. Alain




Le langage est-il un moyen de maîtrise et de domination ?


1) Le langage est-il un moyen de maîtrise et de domination ? orchestré par Jean-Jacques.
2) Langage et maîtrise.
3) Définitions
.

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : L'Homme et le Monde
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /2009 07:21
Par Café-philo de Poissy - Publié dans : L'Homme et le Monde - Communauté : Les philosophes épars
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /2009 22:51

    


     Blablabla, blablabla
…Le langage, qui a pour fonctions essentielles, l’expression de la pensée et la communication entre les hommes, souffre d’une terrible ambiguïté. Certains pensent que le langage, à travers ses manifestations, comme la parole par exemple, ne permet pas la maîtrise du réel. Elucubrations, abstractions inutiles, les écrits comme les paroles sont souvent accusés d’être des prétextes à l’inaction. En ce qui concernerait une quelconque maîtrise, elle serait maîtrise des éléments formels du langage et donc d’une langue qui permet de pouvoir parler. Le signifiant renvoie bien à un signifié, certes, permet la représentation, mais ne donne pas le réel. Donc maîtrise oui, mais purement formelle, et domination d’un système, ou d’une structure qui n’impliquent pas d’ action sur eux.

D’autre part le langage n’est qu’un instrument, un moyen en vue d’une fin :

« Saussure définit le langage comme n’étant que la faculté propre à tout homme en tant qu’homme, de pouvoir parler, et de faire usage de la langue. Selon Saussure, le langage, à proprement dit, serait uniquement humain et donc articulé. De plus, cette définition sous-entend que l’homme serait amené à l’utiliser comme un instrument puisqu’il en ferait « usage ». Par conséquent, la seule vocation du langage serait de servir l’individu et, à une échelle supérieure, l’ensemble de la société humaine. Le langage serait donc considéré que par l’usage que l’on en fait, c’est-à-dire seulement comme un moyen. »

Toutefois la maîtrise , dans ce domaine, n’est-elle pas illusoire ? Qu’en est-il des lapsus, et des troubles du langage ? Le langage semble alors échapper à l’individu, le dépasser, et lui montrer un inconnu de lui-même qui est son inconscient.

« Selon Freud, le lapsus serait l’expression d’un désir de l’inconscient et par conséquent, comme le « moi » conscient de l’homme ne peut pas continuellement dominer l’inconscient, celui-ci agirait aux dépens de l’homme, par exemple à travers le langage. De même, les troubles du langage, tels que la dysphasie, illustrent le fait que l’homme ne peut pas toujours maîtriser son expression verbale car ces troubles apparaissent indépendamment de sa volonté et ne parviennent pas à être soignés par l’être humain »

 

Le langage, à travers sa fonction esthétique, a également un pouvoir d’évocation ; il tente de convoquer des réalités, qui pour échapper à la pensée et à l’expression, n’en sont pas moins vécues par l’écrivain et le poète comme des réalités sensibles seulement à l’intuition.

Le monde n’est pas complètement rationnel, et le langage qui dans ses relations avec la pensée logique et scientifique tente d’expliquer et d’ordonner le réel , échoue parfois à en rendre compte. Il semble y avoir des réalités qui échappent au langage et à sa maîtrise, comme le langage lui-même échappe à la maîtrise de l’homme.

 

Pourtant le langage, parce qu’il permet la représentation et le concept, rend possible la science et son action sur le monde. Les protocoles d’expérimentation, les lois physiques, les interminables feuilles de calcul ne sont possibles que grâce au langage.

Le langage exprime la pensée, car on ne comprend bien que ce que l’on énonce.Car « prise en elle-même, la pensée est comme une nébuleuse où rien n’est nécessairement délimité. Il n’y a pas d’idées préétablies, et rien n’est distinct avant l’apparition de la langue. »C’est ce que l’on entend couramment. Parfois pourtant, la pensée semble ne se couler qu’avec peine dans le vêtement  qu’on lui donne. Wittgenstein disait ainsi que « Le langage travestit la pensée. Et notamment de telle sorte que d’après la forme extérieure du vêtement l’on ne peut conclure à la forme de la pensée travestie ; pour la raison que la forme extérieure du vêtement vise à tout autre chose qu’à permettre de reconnaître la forme du corps. »

De ce langage limité, le monde ne sort-il pas limité lui aussi ?

Et Wittgenstein de rajouter « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. »

 

 

Cependant, il y a un domaine où le langage peut assurer une forme de maîtrise et de pouvoir ; c’est celui des rapports sociaux.

Selon Lévi-Strauss, « Le langage est l'instrument essentiel par lequel nous assimilons la culture de notre groupe ». Le lexique, les expressions sont symptomatiques des façons de penser, et de concevoir les relations avec les autres (la politesse par exemple). Il traduit la hiérarchie sociale autant que la provenance des individus.

 La fonction de différenciation sociale du langage est plus visible chez les adolescents mais existe également entre les différentes classes sociales ; aussi maîtriser le langage, ses codes, permet de s’élever socialement. On le voit parfaitement dans le film « Ridicule » de Patrice Leconte, ou les saillies et les mots d’esprit sont un moyen d’accéder au pouvoir. Un mot d’esprit peut être aussi meurtrier qu’une flèche.

            Et, pour finir, la maîtrise du langage, assure l’accession au pouvoir. Par l’art de la persuasion et de la rhétorique, l’homme peut convaincre les autres, par le mensonge si nécessaire. Mais cette maîtrise, comme toute maîtrise, est parfois éphémère ou illusoire.

Et parfois, comme le dit Pascal, « il est bon d’être interdit ».

 

Saussure, Cours de linguistique générale, chap IV §1.

Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, prop. 4002

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : L'Homme et le Monde - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 15:50
 1) Poprement et absolument, il est la faculté d'exprimer la pensée au moyen de sons dans la production desquels intervient la langue (muscle). Faculté qui découle de celle de penser.

2) Par extension :système ou ensemble de signe, phonétiques ou autres et particulièrement visuels, servant à l'expression du sentiment et de la pensée ou à l'indication d'une conduite. Langage par gestes. langage des animaux.

Il y a également un langage intérieur dans lequel les signes ne sont que pensés ou imaginés. (parole intérieure)

Dictionnaire de la langue philosophique, Paul Foulquié. PUF

Par Café-philo de Poissy - Publié dans : L'Homme et le Monde - Communauté : Cafés-débats
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /2009 22:09
  "Sur terre, dit Homère, les humains passent comme des feuilles : si le vent fait tomber les unes sur le sol, la forêt vigoureuse au printemps, en fait pousser bien d'autres..." cité par Roland Quilliot

1) Venue de Benoît D, bénévole d’accompagnement dans une unité de soins palliatifs à la maison médicale Jeanne Garnier, et présentation des missions de l'établissement.
2)Les arguments dans le débat sur l'euthanasie.
3)Mourir en Afrique par Viviane
4)L'accompagnement de la mort dans les sociétés extra-européennes par Viviane.
5) Le combat ordinaire contre la maladie : témoignage d'Angélique.
6) Définitions et code de déontologie médicale.
7)Les soins palliatifs : une alternative à l'euthanasie?
8) Les religions monothéistes et l'euthanasie.
9)Des histoires de vie  : Ramon Sampedro, Vincent Humbert

10)Témoignage de Viviane, accompagnante des malades en fin de vie.
11)Législation des droits des malades en fin de vie.
12)Une question de confiance de Christian Lehmann. (roman)
13) Bibliographie
14) Les enjeux philosophiques, texte de présentation.
15) Interview de
Christian Lehmann, médecin, romancier et essayiste.
Par Café-philo de Poissy - Publié dans : Comprendre l'humain...
- Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

  • : Café-débat de Poissy
  • Café-débat de Poissy
  • : culture philosophie débat d'idées Culture
  • : Bienvenue à tous sur le blog du café-débat de Poissy qui entame sa huitième année d'existence. Ces séances ont lieu le 2e jeudi de chaque mois au restaurant "La Mama' de Poissy. Chaque mois un thème est sélectionné, sur lequel nous réfléchissons tous ensemble. C'st un moyen aussi de retrouver la convivialité des discussions autour d'un café, renouer avec la tradition des débats d'idées. Chacun vient avec ce qu'il est, ce qu'il pense, ce qu'il sait, sa curiosité et son envie d'échanger.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • : 29/02/2008
  • Contact

Recherche

Bergson, Nietzsche et cie...

 

 
                                           

Derniers Commentaires

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés