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Café-débat de Poissy
Restaurant La Mama
le 11 février à 20H30







Peut-on voyager autour de sa chambre ?
proposé par Claire
Ça s'passe boul'vard Haussman à cinq heures
Elle sent venir une larme de son cœur
D'un revers de la main elle efface
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe
Pourquoi ces rivières
Soudain sur les joues qui coulent
Dans la fourmilière
C'est l'Ultra Moderne Solitude
Ça s'passe à Manhattan dans un cœur
Il sent monter une vague des profondeurs
Pourtant j'ai des amis sans bye-bye
Du soleil un amour du travail
Pourquoi...
Ça s'passe partout dans l'monde chaque seconde
Des visages tout d'un coup s'inondent
Un revers de la main efface
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe
On a les panoplies les hangars
Les tempos les harmonies les guitares
On danse des étés entiers au soleil
Mais la musique est mouillée, pareil
Ultramoderne solitude (Alain Souchon)
Lien social : « ensemble des relations personnelles, des normes, des valeurs et des règles communes qui relient les
individus » Pierre-Yves Cusset
Le lien social n’est-il pas plus fragile aujourd’hui, sous la pression d’une société vouée à la consommation, victime d’un individualisme triomphant ? Se défait-il inexorablement dans une société où l’égoïsme et l’indifférence ont remplacé les anciennes solidarités actives (familiales, de voisinage) ?
Un fait divers, relaté dans le Courrier des Yvelines, semblerait le confirmer ou l’illustrer : dans un des immeubles de Beauregard à Poissy , un homme a été retrouvé mort dans son appartement dans un état avancé de décomposition. Il était mort depuis plusieurs semaines et personne ne s’était aperçu de son « absence », ni les voisins, ni la famille.
Peut-être n’avait-il aucune relation de voisinage, et avait-il rompu tout contact avec sa famille, c’est possible.
C’est peut-être cela qui est dramatique, qu’un isolement pareil soit possible. N’être connu, ni reconnu par personne.
Nous semblons tous pris dans un réseau de relations familiales ou sociales qui nous préserve de l’isolement, si ce n’est de la solitude. Car on peut se sentir très seul alors même qu’on semble très entouré. Le sentiment de solitude peut naître du manque de communication avec l’entourage, du sentiment de ne pas être à sa place ou d’être incompris(e), comme il peut naître tout simplement de l’angoisse existentielle ; en effet nous sommes nés seuls et nous mourrons seuls. Ce sentiment qui nous étreint et qui fait couler ces « larmes » dont parle Alain Souchon est lié à la conscience de notre finitude, à la complexité de notre humaine condition.
L’ultramoderne solitude n’est donc pas seulement ce sentiment mais plutôt une situation d’isolement qui peut frapper tout un chacun après un deuil, une séparation ou la perte d’un emploi.
L’organisation sociale repose en grande partie sur la séparation des sphères publiques et privées. La sphère publique recouvre « l’ensemble de l’espace ouvert à tous dans la société » par opposition à la sphère privée « dont l’accès et la visibilité sont beaucoup plus restreints », à mi-chemin entre les deux le monde du travail et des associations où des interactions s’établissent, la sphère privée recouvrant essentiellement la vie familiale et amicale. Il suffit que l’individu perde sa place dans des univers où traditionnellement se nouent et s’entretiennent les relations, voire les deux pour se retrouver terriblement isolé. Cet isolement peut être renforcé par l’âge, la retraite, la perte d’êtres chers et l’éloignement des enfants et des petits-enfants, ou par une difficulté personnelle à communiquer.
L’éclatement des familles dans les années 60-70 , l’indépendance financière des femmes grâce au travail rémunéré, ont laissé plus de liberté à l’individu dégagé de la tutelle parfois pesante des parents et des grands-parents. Cette liberté s’est accompagnée d’un certain isolement renforcé par l’anonymat des grandes villes.
Le droit de choisir son travail, son lieu de vie, sa compagne ou son compagnon s’est accompagné d’une plus grande incertitude et d’une plus grande fragilité des individus face aux aléas du destin.
La pression du groupe social est moins forte ; le couple par exemple se forme à partir du sentiment amoureux et se désagrège une fois que ce sentiment a disparu (1), or la cellule familiale est encore à la base de l’organisation sociale, et rien ne vient la renforcer ou la remplacer lorsqu’elle se retrouve défaillante. D’autant plus que les parents sont loin et ne peuvent pas toujours aider leurs enfants dans les périodes difficiles. Et « on sait que des séparations …signifient pour bien des hommes, qui n’obtiennent pas la garde des enfants, une altération significative du lien qu’ils peuvent entretenir avec leurs enfants. Quant aux femmes, les séparations accroissent significativement leur risque d’isolement relationnel ».
D’une part, l’accroissement des divorces et des familles mono-parentales s’accompagne d’une grande fragilité économique et d’une paupérisation d’une partie de la population- ce sont encore le plus souvent les femmes - d’autre part, ces difficultés économiques peuvent rendre plus sensibles les difficultés relationnelles et accroître l’isolement.
Les célibataires d’un certain âge savent bien qu’on les invite moins que lorsqu’ils étaient en couple parce que cela introduit une dissymétrie dans les relations. En effet souvent la communication s’organise par « paires », voire par sexe. Toute forme de ségrégation n’a pas disparu dans nos sociétés modernes. Il suffit d’observer les conversations mondaines : les femmes « bavardent », pendant que les hommes « discutent » : on retrouverait presque le fumoir du XIXe siècle.
D’après les études d ‘Arbonville et Bonvallet en 2003, la vie solitaire augmente(1). Il est de fait qu’en 2004, 14% des français vivaient seuls contre 6,1% en 1962. Mais vivre seul ne veut pas dire être isolé relationnellement car il y a nombre de célibataires qui ont une vie sociale importante et diversifiée. Ce qui n’est pas toujours le cas des personnes vivant en couple et qui ont tendance à se replier sur la sécurité d’une relation établie.
Bien sûr, les sociologues observent ces nouveaux comportement et tentent de les analyser, d’isoler certains facteurs, l’amour « kleenex », les ruptures dans les figures traditionnelles de l’engagement, l’individualisme de nos sociétés, toutes chose induisant une grande fragilité du lien social.
Cette fragilisation du lien social est due pour partie à l’acquisition de libertés nouvelles qui ont bouleversé les modèles traditionnels régissant la vie des individus . Ceux-ci ont « peu à peu acquis une capacité à se définir par eux-mêmes », se libérant « des dépendances qui les liaient étroitement au collectif, qu’il s’agisse de la famille, du clan, de la communauté villageoise ou de la société dans son ensemble ». L’individu est donc moins porté par les traditions et les institutions, ce qui peut causer un certain désarroi. Quel modèle adopter ? Quelles valeurs choisir ?
Pour autant, retournerions-nous en arrière ? Certainement non , si les modèles du passé ont quelques vertus, ils ne sont pas non plus dépourvus de vices. Reste alors à inventer … Les hommes et les femmes qui pianotent devant leurs ordinateurs, qui « tchattent » sont-ils peut-être à la recherche de cela.
Annick.
(1) En 1960, 9,6 divorcés pour 100 mariages, 37 divorces pour 100 mariages en 2001.
Source : Pierre-Yves Cusset « Les évolutions du lien social, un état des lieux »
Bibliographie
Singly F(de), 2003, Les uns avec les autres. Quand l’individualisme crée du lien., Paris, Armand Colin
· Essai (poche). Paru en 09/2005
2009
Il n’est pas rare d’entendre parler de « crise du lien social », de la
nécessité de « retisser » ce lien. Le terme désigne alors un désir de vivre ensemble, de relier les individus dispersés, d’une cohésion plus profonde de la société. Pour le sociologue, cette
notion est au fondement de sa discipline tant l’homme est, dès sa naissance, lié aux autres et à la société non seulement pour assurer sa protection face aux aléas de la vie, mais aussi pour
satisfaire son besoin vital de reconnaissance, source de son identité et de son existence en tant qu’homme.
Cet ouvrage explicite le sens d’une notion centrale depuis Durkheim, présente une typologie des liens sociaux et de leurs possibles fragilités. Il propose de repenser le lien social aujourd’hui,
pour mieux relever les défis contemporains de la solidarité.
PUF Que sais-je ?
Avec ce sujet, nous n’aurons probablement pas trop de mal à tomber d’accord sur la définition des termes ! Il faudra pourtant nous demander ce que ce « nous » signifie : une collection d’individus qui écrivent chacun leur propre histoire ou une collectivité, par exemple une nation ou même l’ensemble des êtres humains qui écrivent l’Histoire avec un grand H. Mais, après tout, les deux ne sont-ils pas nécessairement liés ?
Quoi qu’il en soit, il est clair que nous abordons là les thèmes de la liberté, de la responsabilité et de la destinée humaine.
Mais, prenons les choses une à une. Tout d’abord, un individu écrit-il son histoire et dans quelle mesure ?
Les avis peuvent diverger du tout au tout. Pour les déterministes, tout est déjà « décidé ». L’individu ne fait que vivre une histoire qui est déjà écrite. Ce point de vue radical peut prendre diverse formes par exemple « scientifique » (on n’échappe pas à ses gènes) ou religieux (c’est la volonté de Dieu). On peut rapprocher cette position de celle de certains psychologues qui estiment que « tout se joue avant six ans » : ceci signifiant que le rôle de l’éducation sociale et parentale est déterminante (on n’échappe pas à son passé).
D’autres pensent que, certains paramètres sont prédéterminés mais qu’il reste une marge de manœuvre. Par exemple l’astrologie décrit les traits de caractère, les goûts,les préférences, etc. des différents signes du zodiaque, affine avec le thème de chacun mais estime que tout individu a sa propre façon de vivre ces caractéristiques. D’autres psychologues on un point de vue différent et affirment que « nous pouvons toujours faire quelque chose avec ce que nos parents ont fait de nous » ! Ce dernier point de vue explique la naissance de la psychanalyse avec Freud, puis des divers courants de psychothérapie. En effet, pourquoi entreprendrait-on une démarche de ce genre si rien ne pouvait changer !
Si l’on veut être plus précis lorsque l’on parle du courant de pensée qui défend l’idée que l’individu n’est pas libre de ses choix, il faudrait parler de « nécessitarisme » plutôt que de déterminisme qui au sens propre du terme s’applique dans le champ scientifique et qui implique que les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Le nécessitarisme étant un déterminisme psychologique.
Dans le même ordre de pensée, il faut, bien entendu, évoquer le fatalisme. On pense, bien entendu, au fatalisme religieux avec l’Islam, mais aussi avec le jansénisme et une partie du protestantisme. Ainsi, Weber évoque dans son ouvrage « l’Ethique du protestantisme » le fait que la grâce divine étant donnée ou non à chacun indépendamment de son comportement, les individus travaillent pourtant avec ardeur et s’appliquent à gagner beaucoup d’argent. Ils n’espèrent pas ainsi gagner leur paradis mais « vérifier » qu’ils font partie de ceux qui bénéficient de la grâce. Les nécessiteux en étant, à l’évidence, dépourvus !
Le fatalisme est aussi une doctrine stoÏcienne, encore que les StoÏciens n’excluent pas la liberté. En effet, ils considèrent que, même si tout est déterminé, chaque individu réagira au destin à sa propre façon. Au siècle des lumières, Diderot développera aussi des idées proches mais plus radicales avec le Nécessitarisme moderne. Pour lui, ce sont des causes extérieures à nous qui « nous font agir », il n’y a ni a ni ne peut y avoir d’êtres libres.
La position fataliste est intéressante en ce sens qu’elle peut produire des effets contradictoires: par exemple une bravoure à toute épreuve puisque la mort cueillera indifféremment sa proie sur le champ de bataille ou dans son lit. On lui attribue généralement l’attitude contraire à savoir la paresse : à quoi bon s’agiter si tout est écrit.
Bien entendu, ces différents points de vue ont été critiqués, parfois de façon plaisante. Cicéron, par exemple se moque du fatalisme en évoquant le malade qui mourra ou guérira de sa maladie quoi qu’il fasse. Dans ces conditions, pourquoi appeler le médecin ! Quand à Niels Bohr, il remarque que même les fatalistes les plus radicaux regardent avant de traverser !
Et si nous écrivions notre histoire ?
Nous avons vu que même les nécessitaristes et certains fatalistes reconnaissent à l’être humain un certain degré de liberté. Même si notre liberté n’est pas entière, est-il possible d’exclure notre responsabilité dans le déroulement de notre vie ?
Dans la mesure où il semble difficile d’affirmer autre chose que notre propre point de vue sur le sujet, il me paraît plus intéressant de nous demander ce qu’il vaut mieux croire pour augmenter notre bien être et nos chances de vivre une vie qui ait du sens pour nous. Et comme il semble que les hypothèses que nous posons influencent les résultats que nous obtenons, Je voterai résolument pour la responsabilité qui, suppose, bien sûr la liberté d’écrire son histoire, même si, il faut bien avouer que la chose n’est pas aisée pour tous ni à tous moments.
Si le « nous » est pris dans un sens collectif, nous pouvons aussi nous demander si nous écrivons notre Histoire. A l’évidence, ces différents courants de pensée peuvent s’appliquer à cette question. Elle en pose néanmoins une autre. Notre attitude individuelle de tous les jours contribue-t-elle à écrire l’Histoire ?
Il y a fort à parier que les adversaires du fatalisme radical qui sont probablement plus nombreux aujourd’hui que leurs tenants déclareront que oui, notre attitude a une influence sur le cours de l’Histoire. En effet, si ce n’est pas le résultat final de l’action de chacun d’entre nous, qui donc est en mesure de l’écrire ? Nos hommes politiques, nos dictateurs, nos gourous sont-ils arrivés où ils sont par hasard ?
Il est clair que, même si nous avons conscience « d’y être pour quelque chose », cette responsabilité est tellement diluée que grande est la tentation d’imiter Ponce Pilate… Les autres ou le « destin » seront les grands responsables …
Josiane
Etre humain, ça s'apprend ?
Piloté par Angélique
Un fonctionnement un peu différent désormais puisque les articles du blog seront rédigés quasi-exclusivement par ceux qui ont choisi
les sujets(pour l'instant les animateurs du café-débat). Dans le cas où ils seraient dans l'impossibilité de le faire, il n'y aura pas d'article. Veuillez nous en excuser par
avance.
Les commentaires sont ouverts.
le 8 octobre :
Une réalité peut-elle être virtuelle ?
Restaurant La Mama à 20H30 au premier étage.
Piloté par Isabelle
1) Recherche sémantique
2) Le virtuel et les nouvelles technologies
Un fonctionnement un peu différent désormais puisque les articles du blog seront rédigés quasi-exclusivement par ceux qui ont choisi les sujets(pour l'instant les
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Avec internet et les jeux vidéos, nous sommes entrés dans ce que certains nomment "l'ère du virtuel" . Nous pouvons avoir une existence dans ce monde virtuel sur des sites tels que Face book, Second life, où nous pouvons acheter, nous faire des amis, visiter des musées, des maisons,créer des entreprises etc. Sur la wii, nous pouvons être performant au tennis alors que nous sommes nuls à ce sport dans la vie . De quelle genre de réalité s'agit-il exactement ? Quelle différence y-a-t-il entre un utilisateur d'une technologie moderne et un "no life" qui vit dans le virtuel au point de ne plus sortir de chez lui . Passer sa vie sur Second life nous conduit-il à devenir un "no life" ? Le monde virtuel s'inscrit-il dans la continuité de notre culture où instaure-t-il une rupture avec les valeurs et les idéologies de l'époque moderne ?
Définition, d'après Fuchs, Le Traité de la réalité virtuelle, 1996 :
La réalité virtuelle est une simulation informatique invasive, visuelle, sonore et/ou haptique, d'environnements réels ou imaginaires.
Sa finalité est de permettre à un ou plusieurs personnes une activité sensori-motrice et cognitive
dans un monde artificiel, créé numériquement, qui peut être imaginaire, symbolique ou une simulation de certains aspects du monde réel.
L'expression « réalité virtuelle » remonterait à Antonin Artaud qui définit ainsi le théâtre dans son essai Le théâtre et son double, 1938
Second Life, un des des exemples de réalité virtuelle les plus connus:
Second Life est un monde virtuel en 3D, créé en 2003 par Linden Labs. Il s'agit d'un monde vierge à coloniser, à peupler, à développer et à construire ensemble. On arpente ce monde dans la peau d'un « avatar » (sorte de double à personnaliser) où rien n'est construit à l'avance, aucune règle n'est prédéfinie. Il a été défini comme « Un environnement social imprévisible et dynamique ».
Ce n'est pas un jeu de rôle car il n'y a pas de mission à accomplir. Le lien avec la réalité est l'argent. En effet, l'argent gagné dans ce jeu peut être converti en dollars.
Second Life n'est donc pas qu'un jeu copiant la réalité, il en constitue une extension.
Second Life et l'ère du cyborg : les relations entre « l' âme » et le corps :
Il propose aux usagers les moyens d'accéder à une seconde vie . Mais quelle vie? Une double vie? Une autre vie? Pour quoi faire? Comment s'articulent la vie réelle et la vie virtuelle?
Pour Françoise Choay, historienne de l'architecture, le recours à la 3D et à la création assistée par ordinateur soulève la question de notre condition d'homme. « Nous vivons de moins en moins par notre corporéité ». En effet, l'échelle d'action de l'usager d'un ordinateur connecté au réseau et inscrit à Second Life se résume au pouvoir des doigts qui tapent sur les touches du clavier et des yeux qui regardent ce qui se joue sur l'écran de l'ordinateur. De fait, les potentialités du corps de l'usager sont mises en sourdine : le corps est atrophié, la seule gymnastique possible est une variation de position entre le clic, l'attente et la frappe sur le clavier Pour F. Choay, on retrouve cette posture chez certains architectes qui projettent dans la réalité un monde d'images virtuelles : ils ne font plus appel à tous leurs sens, à leur corps entier, oubliant leur main qui dessine, négligeant la sensibilité de leur peau, les mouvements de leurs jambes, de leurs bras. C'est tout le problème pour F. Choay pour qui « nous n'accédons à la condition d'homme, au statut de vivants dotés de la parole et du pouvoir symbolique, que par la médiation de cet objet naturel qu'est notre corps ». Or, Second Life ne promet pas et ne permet pas de basculer physiquement dans un monde de données.
En revanche, la puissance de déplacement de l'avatar est sidérante: il peut voler et se téléporter. Ces capacités héritées du jeu vidéo permettent de découvrir et de percevoir différemment un environnement issu de données. Cependant, contrairement au jeu vidéo, les avatars possèdent une dimension psychologique complexe et trouble : dés lors que le dialogue s'établit, le mystère de la rencontre humaine se joue.
Ainsi, il semble que les rapports entre l'humanité de l'homme et son corps soient au coeur de ce débat. Cette question apparaît également dans la réflexion sur l'homme/machine, les clones, les cyborgs qui constituent d'autres extensions du corps humain, voire d'autres alternatives. L'homme a toujours rêvé que la conscience échappe à la décomposition, à la mort corporelle, le corps étant le signe d'une insupportable finitude, un frein au désir d'absolu et d'éternité censé caractériser l'homme. Cette conviction expliquerait que la plupart des sagesses, occidentales ou orientales, invitent à faire abstraction du corps afin d'en émanciper l'âme ou de coincider avec le Tout. Il n'est donc pas étonnant que les hautes technologies qui contribuent à dématérialiser les corps, en les convertissant, par exemple, en flux d'informations ou en les réduisant à leur structure microphysique, rencontrent ces sagesses et s'en réclament parfois. Le dualisme de la pensée et de la matière affirmé par Descartes est la forme moderne qu'a prise la disqualification ancestrale du corps. Avec Descartes, l'homme ne devait qu'à son âme d'échapper à l'animal, son corps représentant ce qu'il y avait de plus « inessentiel », obstacle à l'autonomie, à l'émancipation de la raison. Il semble donc que nous ayons eu depuis toujours l'obsession de mettre à la raison ce corps qui nous impose des limites, de le discipliner jusqu'à l'effacer. Ce désir de dépasser la corporéité qui nous rive au sol et nous condamne à mourir un jour est paradoxal car il mettrait un terme au désir qui a besoin du corps pour se manifester.
Cette question est cruciale à l'heure actuelle où les développements technologiques laissent augurer une relève de
l'humanité par quoi nous serions dispensés de naître, de souffrir et de mourir : fin de la naissance, grâce aux perspectives ouvertes par le clonage et
l'ectogenèse; fin de la maladie, grâce aux promesses des biotechnologies et de la nanomédecine; fin de la mort non voulue, grâce aux techniques dites d'uploading, téléchargement de la conscience
sur des matériaux inaltérables dont les puces de silicium ne sont que la préfiguration.
Le transhumanisme dessine un avenir où le corps n'aura plus sa part, ni non plus aucun des déterminismes (psychobiologiques ou sociaux) qui nous enchaînent à la nécessité et font de nous de simple données naturelles. Le fantasme de l'homme remodelé, puis intégralement fabriqué, fait plus que jamais partie de l'imaginaire d'aujourd'hui. Il est dans la continuité des illusions générées par la modernité.
Virtuel et psychalalyse:
Alors que la vie réelle est structurée par le travail, la vie personnelle et les affaires familiales, les nouvelles technologies activent en chacun l'illusion que les pulsions et les désirs n'ont aucun obstacles à franchir pour être gratifiés. En ce sens, Second Life offre un exemple de perception de la réalité qui rencontre une trace profondément enfouie et oubliée dans les représentations d'un plaisir sans limites. Ce n'est pas un hasard si Internet est devenu en quelques années un objet d'addictions. Ce nouveau média propose des formats de communication et de recherche d'informations sans clôtures, les plus accros témoignant du sentiment de liberté, d'autonomie, de puissance qu'Internet leur procure.
Second Life appartient à ces univers offerts par les nouvelles technologies qui, dans la continuité des chats, conjuguent la virtualité
des dimensions matérielles physiques (l'espace et le corps) avec l'actualité du temps réel et des conversations écrites. Dans l'environnement d'un monde multimédia en 3D, l'avatar mime les
comportements de la vie quotidienne, donne la sensation d'être en présence d'autre participants. L'individu derrière son écran éprouve un sentiment de continuité entre ce qui est vu et
projeté sur l'écran et ce qui est ressenti au même moment dans la réalité. Comme dans le rêve, on se voit dans une réalité dédoublée, ce qui pose la question de l'imaginaire et du désir au
coeur des relations entre jeu et réalité, perceptions et représentations, dedans et dehors.
Le désir se définirait comme la recherche psychique et pulsionnelle interne qui vise à retrouver la jouissance première dont la trace est
inconsciemment fixée. Dans l'addiction avec Internet, et particulièrement avec Second Life, c'est que ce monde virtuel offre une perception de la réalité qui restaure des sensations, des
émotions agréables que les véritables accros ne ressentent plus dans d'autres contextes.
Ces perceptions plongeraient leurs racines dans l'unité duelle de la mère et du nourisson. Dans ce monde dont on a perdu le
souvenir conscient, l'unité du moi-mère constitue l'horizon de notre univers infini, où les besoins n'ont pas à s'exprimer qu'ils sont déjà satisfaits, sources d'un plaisir perceptif et sensoriel
illimités. Arraché à ce sentiment de béatitude, disait Freud, le sujet ne cessera plus d'aspirer à retrouver, quitte à l'halluciner, cette présence enveloppante à
l'origine de la jouissance de notre être au monde. En ce sens, Second Life est une métaphore de l'expérience de communication sensorielle originelle qui fonde le lien à l'objet de
dépendance et l'envie d'y retourner afin de jouir sans fin des sensations et des émotions qu'il procure.
Or, dans Second Life, la réalité extérieure ne vient pas barrer ce désir impossible de fusion.
L'internaute retrouverait sans limites, dans le plaisir régressif d'être connecté en permanence, une représentation du maternel oublié.
Isabelle
Bibliographie à venir!



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